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07/12/2016

Bruxelles et Pékin s’accordent sur la contribution chinoise au plan Juncker

Euro & Finances

Bruxelles et Pékin s’accordent sur la contribution chinoise au plan Juncker

La Chine est le premier pays non européen à avoir annoncé sa contribution au plan Juncker, lors de la visite de Jyrki Katainen à Pékin en septembre dernier.

[EBS]

La Commission européenne et la Chine ont finalisé les détails techniques permettant à Pékin d’abonder le plan Juncker à hauteur de 10 milliards d’euros.

En septembre dernier, Bruxelles et Pékin ont mis en place un groupe de travail chargé de trouver le meilleur moyen d’acheminer les fonds que la Chine était prête à prêter à l’Europe. Selon les responsables européens, le montant se situerait entre 5 et 10 milliards d’euros.

La Chine est le premier pays non européen à avoir annoncé sa contribution au plan. Restait à savoir comment faire de cette participation une réalité.

>> Lire : La Chine pourrait devenir le principal investisseur étranger du plan Juncker

Après des mois de discussions entre les deux parties, l’UE et les autorités chinoises ont décidé que Pékin contribuerait au Fonds européen pour les investissements stratégiques (FEIS) via le fonds souverain « Route de la soie ».

Cela signifie que la Chine devra respecter les mêmes règles applicables aux investisseurs privés, a expliqué un responsable de la Commission. En investissant dans le cadre de ce programme, l’Empire du Milieu devra également respecter toutes les règles du marché public, le droit du travail ou les règles liées à l’environnement. « La Chine ne se verra attribuer aucun traitement de faveur », a-t-il insisté.

Sélection des projets

C’est maintenant au gouvernement chinois de commencer à sélectionner des projets parmi ceux déjà choisis par le FEIS. Le FEIS, bras armé du plan Juncker, vise à mobiliser au moins 315 milliards d’euros en investissement privé d’ici à 2018. Jusqu’à présent, l’instrument a permis d’attirer 82 milliards d’euros d’investissements, selon les responsables européens.

Si la Chine décide finalement de contribuer à hauteur de 10 milliards d’euros, le pays deviendrait le plus grand contributeur du plan Juncker depuis son lancement à l’automne dernier. À ce jour, la plus grande contribution nationale vient du Royaume-Uni, avec 8,5 milliards d’euros.

Pour la Commission européenne, le ralentissement de l’économie chinoise n’affectera pas l’appétit du pays pour investir en Europe puisque Pékin a encore besoin d’investir dans des projets attrayants pour maximiser ses rendements.

>> Lire : Le ralentissement chinois risque d’affecter la zone euro

Même si la Chine est le premier pays non européen à avoir annoncé sa contribution, d’autres investisseurs étrangers ont montré un intérêt pour le FEIS depuis que les négociations ont démarré avec Pékin. Des représentants de l’exécutif ont assuré que des investisseurs des États-Unis, du Canada, et du Moyen-Orient prenaient déjà part au plan Juncker, mais n’ont pas voulu donner de détails sur les projets ou de chiffres.

Mieux que prévu

L’exécutif est satisfait des résultats observés depuis que le plan d’investissement a été mis sur pied il y a sept mois. La Commission considère que la participation des petites et moyennes entreprises est un véritable succès.

Environ 3,4 milliards d’euros ont été alloués à des PME en Europe grâce à 150 intermédiaires financiers (tels que les banques ou les fonds spéculatifs). Environ 130 000 petites entreprises dans 25 États membres en bénéficient.

« C’est mieux que prévu, car nous avons atteint en un an ce que nous pensions atteindre d’ici 2018 », a commenté un responsable européen.

La Commission européenne aimerait toutefois dynamiser sa campagne de communication pour attirer plus de projets afin de mettre fin à cette fausse image de complexité liée à le FEIS.

La promotion de certains exemples de réussite, comme le plan d’efficacité énergétique en France, ou une usine pour recycler le titane, pourrait avoir un effet de contagion et attirer plus de projets innovants, pense l’exécutif.

Étant donné le progrès continu réalisé jusqu’à présent, la Commission envisage d’étendre le plan d’investissement au-delà de 2018, comme cela avait été considéré lors du lancement.

Les États membres, dont l’Italie, la France et le Royaume-Uni voient cette idée d’un bon œil, assurent les responsables européens.

Contexte

Jusqu’à présent, neuf États membres ont annoncé qu’ils contribueraient au fonds de garantie qui totalise 21 milliards d’euros. Soutenu par le budget européen, il permettra d’éponger d’éventuelles pertes dans les projets. En juillet, le Royaume-Uni est le dernier à avoir annoncé sa contribution après l’Allemagne, l’Espagne, la France, l’Italie, le Luxembourg, la Pologne, la Slovaquie et la Bulgarie.

L’investissement chinois dans l’Union a déjà suscité la controverse par le passé. En Grèce, le groupe COSCO (armateur chinois) est accusé de ne payer qu’une fraction des salaires européens et de ne pas respecter les droits européens, relate le syndicat des dockers. Ailleurs, les ouvriers chinois ont été placés dans d’énormes projets d’infrastructure. Reste donc à savoir si l’implication de la Chine permettra de créer des emplois pour les Européens, comme le plan Juncker l’envisage.

Le Royaume-Uni a obtenu le soutien financier de la Chine pour construire une centrale nucléaire à Hinkley. En échange d’une garantie de prêt de 2 milliards de dollars, le Royaume-Uni autorise des entreprises chinoises à construire une centrale nucléaire supplémentaire à Bradwell, dans le comté d’Essex.

Pour le syndicat GMB, qui représente les travailleurs du nucléaire, cet échange est une « trahison » pour les ouvriers britanniques. « La technologie nucléaire chinoise n’est pas prouvée et aucun gouvernement britannique ne devrait envisager de les laisser l’utiliser dans une nouvelle centrale nucléaire à 95 km de Londres » a déclaré Brian Strutton, secrétaire national de GMB pour l’énergie, cité par le Guardian.