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03/12/2016

Bruxelles concède un timide geste budgétaire pour contrer le populisme

Euro & Finances

Bruxelles concède un timide geste budgétaire pour contrer le populisme

Le commissaire aux Affaires économiques, Pierre Moscovici, a déclaré qu’il aurait été «masochiste» de suspendre les fonds européens en Espagne à ce stade-là.

La Commission a fait un pas vers l’abandon de l’austérité le 16 novembre en appelant à une politique budgétaire expansionniste pour la zone euro et en pardonnant l’Espagne et le Portugal de leur infraction des règles budgétaires.

L’instabilité politique en Europe, alimentée par des forces anti-mondialisation et l’essor du populisme à travers le continent, est très inquiétante, a reconnu l’exécutif dans ses prévisions automnales publiées la semaine dernière.

La Commission considère qu’il est grand temps de changer l’approche économique de la zone euro. Cela implique notamment une approche plus conciliante vis-à-vis des infractions au Pacte de stabilité et de croissance et à davantage de dépenses publiques pour stimuler la croissance sur le continent.

« Nous avons besoin et nous avons l’occasion d’agir sur le front budgétaire à ce moment précis, pour rééquilibrer le système politique globale de la zone euro », indique la communication de la Commission pour une vision budgétaire positive de la zone euro, publiée le 16 novembre.

Étant donné le niveau d’endettement de la plupart des pays de la zone euro, et les limites exigeantes fixées par l’UE en matière de déficit et dette, l’appel de la Commission n’est toutefois pas encore le changement « radical », présenté par Pierre Moscovici hier.

Néanmoins, selon le commissaire, une orientation plus expansionniste des règles budgétaires – aussi légère soit-elle – est une réponse aux laissés pour compte de la mondialisation et à ceux tentés par les extrêmes.

>> Lire : Bruxelles envisage une application plus «intelligente» des règles économiques

Vers une union fiscale

Ce stimulus budgétaire timide est loin d’être suffisant pour relancer la croissance de la zone euro. Selon Pierre Moscovici, « il ne fait aucun doute » que cette dynamique représente un pas en avant vers l’approfondissement de la zone euro et la formation d’une « union budgétaire ».

La Commission est bien consciente qu’avec une telle politique expansionniste elle s’attirera les foudres de pays comme l’Allemagne et les Pays-Bas qui sont capables d’augmenter leurs dépenses publiques. Malgré un excédent budgétaire, Berlin s’oppose à des dépenses supplémentaires pour soutenir les économies des États membres du sud de l’UE.

Il existe un véritable paradoxe, a souligné la Commission. « D’un côté, il y a ceux qui n’ont pas de marge budgétaire et qui en réclame et d’un autre, il y a ceux qui ont de la marge, mais qui ne souhaite pas l’utiliser. » « Une approche collective est nécessaire pour surmonter le risque de scénario où tout le monde est perdant », insiste le document.

>> Lire : Tsipras propose une alliance anti-austérité

L’Espagne et le Portugal graciés

Ce léger virage vers des principes économiques keynésiens a été accompagné d’une « grâce » pour l’Espagne et le Portugal, tous deux réprimandés pour avoir enfreint les règles budgétaires de l’UE l’été dernier.

Selon le volet correctif du pacte de stabilité et de croissance, « un manque d’action efficace » de la part de Madrid ou de Lisbonne pour remettre leur budget sur les rails doit « automatiquement » conduire à la suspension d’une partie de leurs fonds européens.

Dans le cas du Portugal, la Commission considère que « les risques semblent contenus » puisque l’écart budgétaire ne dépasse que très légèrement la limite.

Quant à l’Espagne, l’exécutif estime que le pays va atteindre son objectif nominal de déficit cette année. Madrid est néanmoins toujours à la traine vis-à-vis de ses objectifs structurel et nominal pour 2017. Sans gouvernement pendant six mois, le pays ibérique n’a pas pu soumettre un projet budgétaire.

« Honnêtement, il faut être soit masochiste soit puriste pour décider d’une suspension des fonds européens », a déclaré Pierre Moscovici aux journalistes.

>> Lire : Les eurodéputés s’opposent à une sanction « immorale » de l’Espagne et du Portugal

Contexte

Dans l’analyse annuelle de la croissance de 2017, l’accent est mis sur l’importance d’assurer une justice sociale pour stimuler une croissance inclusive et sur la nécessité de renforcer la compétitivité, l’innovation et la productivité.

Les plans budgétaires pour 2017 de l’Allemagne, de l’Estonie, du Luxembourg, de la Slovaquie, et des Pays-Bas semblent respecter les exigences du pacte de stabilité et de croissance pour 2017. Ceux de l’Irlande, de la Lettonie, de Malte et de l’Autriche sont largement conformes aux obligations.

La Belgique, l’Italie, Chypre, la Lituanie, la Slovénie et la Finlande ont soumis des projets budgétaires qui risquent de ne pas être conformes et donc de dévier des objectifs d’ajustement à moyen terme.

Le budget de la France pour 2017, évalué par le volet correctif, respecte largement les obligations de la Commission. Les prévisions automnales estiment que le déficit se situera légèrement en dessous des 3 % du PIB l’année prochaine. L’exécutif estime toutefois que la France a de véritables lacunes en matière d’efforts budgétaires, comparé aux niveaux recommandés.