Bruxelles s’interroge sur l’excédent commercial allemand

Les excédents commerciaux de l’Allemagne font l’objet  d’une enquête approfondie de la part de Bruxelles. Une première pour le pays, habitué au tableau d’honneur.

Ce ne sont ni le déficit publique ni le poids de la dette que la Commission européenne dénonce. A l’occasion de la publication de son rapport sur le mécanisme d’alerte pour 2014, l’exécutif européen a épinglé l’Allemagne pour son excédent commercial et lancé une enquête approfondie.

Une première depuis la mise en place, il y a deux ans, du mécanisme d'alerte destiné à surveiller la formation de déséquilibres macroéconomiques au sein de l'Union européenne.  A ce titre, la Commission surveille déjà le déficit public de plusieurs pays tels que la France ou l’Italie. Mais le bon élève allemand était jusqu’alors resté à l’abri des remontrances de Bruxelles.

L’excédent commercial allemand montré du doigt

L'Allemagne affiche cette année un excédent courant de 7% du produit intérieur brut (PIB), un niveau que Bruxelles juge excessif et pouvant constituer une menace pour la stabilité de la zone euro.  En septembre, l'excédent commercial a atteint 19,7 milliards d'euros, soit plus de 8% du produit intérieur brut de 2012.

Depuis 2007, l’excédent commercial « dépasse le seuil tous les ans » a par ailleurs  indiqué la Commission. Et la tendance devrait se poursuivre. La Commission a ainsi pointé du doigt le fait que  cet excédent n’est pas « un phénomène conjoncturel de courte durée ».

« Une augmentation de la demande intérieure d'un grand pays excédentaire comme l’Allemagne aura une incidence (…) sur les exportations des pays voisins » rappelle Bruxelles. Une manière de rappeler Berlin à son rôle de locomotive de la croissance européeenne. 

Autre pays épinglé sur son excédent commercial, le Luxembourg. « Des examens approfondis seront (…) effectués sur l'Allemagne et le Luxembourg afin d'examiner plus attentivement leur position en matière de commerce extérieur et d'analyser leur évolution sur le marché intérieur, et en conclure, si oui ou non, ces pays sont confrontés à des déséquilibres » a déclaré la Commission dans un communiqué.

L’enquête approfondie, une pratique courante

Les enquêtes approfondies sont cependant monnaie courante à Bruxelles. Olli Rehn, le commissaire européen en charge des affaires économiques, a rappelé qu’en 2012, treize Etats avaient fait l'objet d'enquêtes approfondies de la part de la Commission. Ils sont 16 cette année, puisqu'en plus de l’Allemagne et du Luxembourg, la Croatie se retrouve également sous le coup de la procdure pour sa première année au sein de l'UE.

L'enquête approfondie doit rendre ses résultats en mars 2014. Berlin encourt une amende représentant 0,1% du PIB, si la Commission estime que la politique commerciale du pays déséquilibre l’UE et que l'Allemagne n’applique pas les recommandations. Un scénario pour l’heure peu envisageable.

La Commission n’a pas fini de distribuer les bons et les mauvais points aux Etats membres cette semaine. Le 15 novembre, l’exécutif européen doit  se prononcer sur les budgets de tous les Etats de la zone euro. Elle fera aussi le point sur les programmes économiques des pays qui ont obtenu un délai pour réduire leur déficit, parmi lesquels figure la France.

Réactions

L'eurodéputé socialiste Liêm Hoang-Ngoc, membre de la commission des affaires économiques et monétaires a estimé : « Les déséquilibres en termes de performances économiques et sociales minent les fondements même de la zone euro : si la Grèce ne peut pas vivre éternellement à crédit, l'Allemagne ne peut pas non plus se satisfaire d'exporter sa forte production de biens vers ses partenaires tout en affichant plus de 8 millions de travailleurs pauvres ». 

Olli Rehn, vice-président de la Commission chargé des affaires économiques et monétaires et de l'euro, a déclaré à ce sujet: «L'Union européenne a engagé le processus difficile de correction des déséquilibres macroéconomiques accumulés durant la décennie qui a précédé la crise. Des progrès substantiels ont déjà été faits et les réformes portent leurs fruits. Toutefois, le processus de rééquilibrage est loin d'être terminé et il façonnera le paysage économique pendant des années. Dans le cadre de la procédure concernant les déséquilibres macroéconomiques, la Commission fournit des orientations aux États membres afin qu'ils adoptent les politiques adéquates pour corriger les déséquilibres et jeter les bases d'une croissance durable et de la création d'emplois

Contexte

La procédure du mécanisme d’alerte concernant les déséquilibres macroéconomiques (PDM) fait partie de la législation européenne  de 2011 dite du  «six-pack»

Réponse à la crise économique et financière, elle vise à renforcer la surveillance budgétaire et macroéconomique dans l'UE ainsi qu'à assurer une coordination des politiques économiques intégrée dans l'Union sur le long terme.

Pour assurer la mise en œuvre de cette procédure, des sanctions financières peuvent être imposées aux États membres de la zone euro.

Prochaines étapes

15 novembre: la Commission européenne rend son avis sur les budget des Etats membres de la zone euro

Mars 2014:  la Commission européenne rend les résultats de ses enquêtes approfondies.

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