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20/02/2017

Décalage frappant entre le moral des entreprises et la défiance des citoyens à Davos

Euro & Finances

Décalage frappant entre le moral des entreprises et la défiance des citoyens à Davos

Forum économique mondial

[WEF]

Les responsables des plus grandes entreprises sont divisés sur les bénéfices de la mondialisation, mais sont tous « extrêmement positifs » vis-à-vis des prévisions de croissance, révèle une enquête PwC.

Pour préparer son étude, présentée à Davos le 16 janvier, lors du Forum économique mondiale, la société de consultance PwC a interviewé un total de 1 379 directeurs dans 79 pays.

S’inscrivant dans la continuité du Global Risks Report (rapport sur les risques mondiaux) du Forum économique international, l’étude a souligné que le déclin des niveaux de vie de la grande majorité de la population des pays industrialisés et la méfiance grandissante à l’égard des élites politiques et commerciales menaçaient la situation politique et économique actuelle.

Malgré cette ambiance générale plutôt maussade, une mince majorité de chefs d’entreprises (51 %) se dit « extrêmement positifs » vis-à-vis des perspectives de croissance à long terme pour leurs entreprises, comparé à seulement un tiers il y a 20 ans quand l’enquête a été publiée pour la première fois.

Par ailleurs, 38 % des hauts dirigeants se sont déclarés optimistes quant à l’avenir de leur entreprise pour les 12 prochains mois, comparés aux 35 % l’année dernière.

L’enquête a révélé que les responsables s’étaient largement adaptés à l’incertitude qui continue de dominer la vie commerciale. Ils ont aussi appris à saisir les opportunités offertes par des périodes turbulentes.

La sortie du Royaume-Uni de l’UE et la victoire de Donald Trump aux États-Unis ont quant à elle révélé le mécontentement généralisé vis-à-vis des pertes d’emploi dans certains secteurs et de la hausse des inégalités dans les sociétés occidentales. La mondialisation et les nouvelles technologies ont exacerbé ces tendances, le tout associé à une profonde méfiance envers l’establishment, indique le rapport.

>> Lire : Incertitudes sur le financement de la lutte contre le chômage des jeunes en Europe

Branko Milanovic, économiste et professeur à l’université de la ville de New York, explique que « les plus gros gains de la mondialisation sont retombés entre les mains d’une petite élite de plus en plus riche dans les pays industrialisés et de la classe moyenne asiatique, de plus en plus importante. À l’inverse, les plus grands perdants sont les personnes à faible revenu dans les pays développés ».

Dans ce contexte, les chefs d’entreprise sont divisés sur le bénéfice de la mondialisation. D’un côté, le commerce a quadruplé ces 20 dernières années et la circulation sur Internet a été multipliée par 17,5 millions. L’alliance de la mondialisation et des progrès technologiques a comblé les écarts de revenus entre les pays et a sorti un milliard de personnes de la pauvreté extrême, surtout en Chine.

Pourtant, d’un autre, au lieu d’apporter la prospérité dans les pays développés, qui ont été les premiers à adopter la mondialisation, le système a entraîné des troubles sociaux dans le monde occidental. Fait révélateur : un total de 44 % des chefs d’entreprise pensent que la mondialisation n’est pas parvenue à combler l’écart entre les riches et les pauvres.

« Tout le système capitaliste sera mis sous pression par les travailleurs qui n’accepteront plus les différences de richesses actuelles », a estimé un directeur basé au Royaume-Uni.

Nouvel indicateur

Dans un rapport séparé, le Forum économique mondial a montré que les revenus médians avaient baissé de 2,4 % en moyenne dans plus de 50 pays, pour tomber à environ 2 500 dollars (2 300 euros) par ménage. « C’est au cœur du mécontentement public », a déclaré Gemma Corrigan, chercheuse au Forum.

Malgré les aspirations purement rhétoriques pour une croissance inclusive, Richard Samans, membre du directoire du Forum économique mondial, regrette le manque de « consensus pratique » chez les décideurs politiques et les chefs d’entreprises pour y parvenir.

Bob Moritz, directeur de PwC, s’est montré un peu plus optimiste en déclarant aux journalistes que 2017 devrait être l’année où les mots se transforment en actions. Selon lui, les PDG et les décideurs politiques écoutent désormais les inquiétudes des citoyens. Grâce aux médias sociaux, il existe une « prise de conscience croissante comme jamais auparavant », a-t-il ajouté.

Pour commencer, le Forum économique mondial propose d’adopter un nouvel indice sur le développement inclusif, comme indicateur alternatif au produit intérieur brut. Le revenu médian des ménages sera « au cœur » du nouvel indice sur le développement, basé sur 12 critères, a expliqué Richard Samans, tout en assurant qu’il reflèterait mieux le développement économique.

>> Lire : Comment mesurer le bien-être au-delà du PIB ?

L’étude de PwC prévient toutefois que « le mécontentement populaire ne menace pas seulement la croissance ; le bien-être social et l’égalité sont moteurs d’une performance économique à long terme ». Dans ce contexte, une croissance économique incertaine est devenue la menace numéro un des PDG, avant la surrèglementation.

Les États-Unis dépassent la Chine

Malgré un contexte politique difficile et l’incertitude régnant autour de la nouvelle administration Trump, les États-Unis ont dépassé la Chine cette année en tant que source potentielle de croissance la plus importante pour l’année à venir, selon les hauts dirigeants.

Par ailleurs, le Royaume-Uni semble plus populaire auprès des hommes d’affaires cette année qu’il ne l’était en 2016, et ce, malgré l’incertitude émergeant des négociations sur le Brexit.

Les paroles inquiétantes de Donald Trump visant les principaux partenaires commerciaux des États-Unis se sont conjuguées avec la promesse d’un nouvel élan budgétaire prenant la forme de dépenses dans l’infrastructure et des réductions fiscales.

Ces promesses ont clairement dopé l’optimisme des chefs d’entreprise sur leurs perspectives commerciales aux États-Unis.

L’étude a été publiée à la veille de l’arrivée du président chinois Xi Jinping à Davos. Il devrait y positionner la Chine en tant que défenseur de la mondialisation lorsqu’il s’adressera aux élites aujourd’hui, le 17 janvier.

Prochaines étapes

  • 17-20 janvier : Forum économique mondial à Davos (Suisse)

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