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11/12/2016

Cameron dans la tourmente après les révélations des Panama papers

Euro & Finances

Cameron dans la tourmente après les révélations des Panama papers

David Cameron avec Herman Van Rompuy en 2013.

[Herman Van Rompuy/Flickr]

David Cameron fait partie des personnalités politiques mises en cause par les révélations des Panama papers, tout comme Marine Le Pen ou Vladimir Poutine.

En 2013 David Cameron a écrit au président du Conseil européen pour suggérer un contrôle limité des fonds fiduciaires. Une initiative dénoncée par l’opposition après la révélation des placements offshore de sa famille par les Panama papers.

Dans sa lettre officielle adressée au président du Conseil européen de l’époque, Herman Van Rompuy, datée du 14 novembre 2013 et toujours consultable sur le site officiel du gouvernement britannique, le Premier ministre britannique estimait « important de reconnaître les grandes différences entre les entreprises et les fonds fiduciaires ».

Les fonds fiduciaires (« trusts » en anglais) constituent un moyen de gérer de l’argent ou des biens et sont souvent mis en place au Royaume-Uni pour favoriser le versement de rentes à des proches, comme les membres d’une famille.

La lettre de David Cameron a été rédigée au moment où l’Union européenne mettait en place de nouveaux moyens de contrôle face à l’évasion fiscale, le Premier ministre britannique notant alors que « certains voudraient que l’Europe aille plus loin pour éviter l’abus des fonds fiduciaires et des arrangements privés associés ».

Le dirigeant conservateur avait souligné que « la solution face aux mauvais usages potentiels des entreprises – comme les registres publics centralisés – pourrait bien ne pas être appropriée dans tous les cas ».

David Cameron avait aussi mis en avant les progrès importants accomplis face à l’évasion fiscale et rappelé avoir mis la lutte contre le blanchiment d’argent au cœur de la présidence britannique du club des pays riches du G8.

Aujourd’hui, l’opposition travailliste juge néanmoins que cette lettre, largement reprise dans la presse britannique, « contredisait complètement » les affirmations du gouvernement qui a promis de faire le maximum pour boucher les failles du système fiscal international.

« Le Premier ministre est incapable de bouger le petit doigt pour sauver notre industrie sidérurgique, mais il peut intervenir soudainement pour saper les efforts européens pour traquer l’évasion fiscale », a dénoncé le secrétaire d’État au Trésor dans le cabinet fantôme des travaillistes, Richard Burgon, au moment où la sidérurgie britannique connaît une crise historique.

Les fonds cachés des Cameron

Le Premier ministre est personnellement attaqué depuis la révélation sur le fait que son père, Ian Cameron, décédé en 2010, avait dirigé un fonds de dépôt immatriculé aux Bahamas dont les profits ont échappé au fisc britannique pendant trente ans grâce à un montage complexe via le cabinet d’avocats panaméen Mossack Fonseca.

Après avoir assuré n’avoir « aucune action, aucun trust offshore, aucun fonds offshore, rien de tout cela », David Cameron a cependant admis bénéficier du fonds créé par son père, dont il détenait  plus de 37 000 d’euros de titres. Le 7 avril, il a cependant expliqué avoir vendu ces titres en 2010, au moment où il est devenu Premier ministre.

Les petites affaires des hommes politiques

Les Panama papers ont déjà fait une victime politique : Sigmundur Davíð Gunnlaugsson. Cet ancien Premier ministre islandais a été forcé de démissionner après la révélation de l’existence d’une société crée par sa femme et lui dans les Îles Vierges britanniques.

En France, les documents examinés par Le Monde, et des dizaines d’autres journaux dans le monde entier, ont mis à jour un « système offshore sophistiqué » élaboré par des proches de Marine Le Pen. Ce système est notamment  lié au financement des campagnes du FN.

>> Lire : Le Front National mêlé au scandale Panama papers

À l’UE, le commissaire à l’énergie et au climat, Miguel Arias Cañete a été mis en cause. Sa femme et ses fils seraient en effet actionnaires d’une société panaméenne qu’il n’a pas mentionnée dans sa déclaration de conflit d’intérêts. Le commissaire avait déjà subi les foudres du Parlement européens, où les eurodéputés, inquiets de ses conflits d’intérêts (déclarés) et peu convaincus par son engagement pour le climat avaient failli le recalé lors de sa nomination.

>> Lire : Le commissaire Cañete mis en cause dans les Panama Papers

De l’autre côté de l’Atlantique, le procureur fédéral argentin a ouvert une enquête sur le président Mauricio Macri, dont le nom figure sur les registres de sociétés offshor . « Je suis serein. J’ai respecté la loi je n’ai rien à cacher », a pourtant affirmé Mauricio Macri.

Le président russe, Vladimir Poutine, a pour sa part balayé les accusations contre son entourage, assurant que le scandale des Panama papers était orchestré par les États-Unis et que malgré un an de recherche, personne n’a trouvé son nom dans les documents. Selon le Consortium international des journalistes d’investigation, son ami de longue date, le musicien Sergei Roldugin, aurait cependant transféré près de 2 milliards d’euros entre des banques et des sociétés écrans.

>> Lire aussi : Les Panama Papers poussent l’Allemagne à agir contre l’évasion fiscale

Contexte

Les Panama papers ont levé le voile sur des sociétés offshore pratiquant l’évasion fiscale. Parmi les personnalités politiques impliquées dans l’affaire se trouvent Vladimir Poutine, le président ukrainien Petro Porochenko, David Cameron, le Premier ministre islandais Sigmundur Davíð Gunnlaugsson, et le commissaire européen en charge de l’action pour le climat, Miguel Arias Cañete.

Ces fuites surviennent alors que la lutte contre l’évasion fiscale est l’une des priorités de la Commission Juncker. Le scandale des Luxleaks, qui révélait l’évasion fiscale pratiquée par de nombreuses entreprises siégeant au Luxembourg et sanctionnée par l'État, a éclaté juste après la prise de fonction de la Commission. Le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, ancien ministre des Finances et Premier ministre du Luxembourg, a également souffert de cette affaire.

Le 18 mars 2015, l'exécutif a donc présenté un paquet de mesures censées améliorer la transparence fiscale, notamment en introduisant un système d'échange automatique d'informations sur les décisions anticipées, ou rescrits fiscaux.