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01/10/2016

Crise de la dette et renflouement, les statistiques grecques ont-elles été manipulées?

Euro & Finances

Crise de la dette et renflouement, les statistiques grecques ont-elles été manipulées?

Giorgos Papandreou

Un porte-parole de la Commission européenne a expliqué à EurActiv que l’exécutif suit de près le dossier pénal de l’ancien directeur des services statistiques grecs.

La semaine dernière, la Cour suprême grecque a ordonné l’ouverture d’un procès contre Andreas Georgiou, l’ancien directeur de l’agence de statistiques grecque, Elstat, qui aurait gonflé le déficit budgétaire du pays.

Les accusations ont été portées en 2013, après que des employés d’Elstat, créé après le premier renflouement du pays, ont accusé plusieurs dirigeants de l’agence d’avoir artificiellement gonflé les chiffres du déficit budgétaire lors de la demande de sauvetage du pays, en 2009. Andreas Georgiou a récusé ces accusations, qui ont été abandonnées l’an dernier à la suite d’une enquête.

Selon le journal grec Kathimerini, une nouvelle procédure judiciaire aurait néanmoins été lancée au mois de juillet. Le procureur, Xeni Dimitriou, appelle également à l’ouverture de poursuites pénales. La Cour suprême n’a pas encore décidé d’accepter ou de rejeter cette demande.

L’affaire inquiète des représentants de la Commission européenne et de la Banque centrale européenne, qui avaient accepté sans vérification les données fournies par Elstat.

« La situation est claire. Ce n’est pas un dossier plaisant. La Commission et la BCE suivent cela de près et ont réagi très négativement », a révélé un fonctionnaire haut placé.

Contacté par EurActiv, un porte-parole de la Commission a rappelé que l’exécutif ne fait pas de commentaire sur les procédures judiciaires en cours dans les États membres. Il a par ailleurs fait remarquer que la protection de le pleine indépendance judiciaire de l’autorité statistique hellénique (Elstat) était l’une des étapes mentionnées dans la déclaration de l’Eurogroupe du 13 juillet 2015.

Le porte-parole a également assuré que « d’importants progrès avaient été réalisés afin de renforcer sa gestion et son indépendance ces dernières années ». « La Commission européenne suit la situation de près », a-t-il conclu.

>> Lire aussi : Une enquête dénonce la gestion de la crise grecque par le FMI

Vu d’Athènes

Du côté du gouvernement grec, on refuse également de faire des commentaires sur les affaires judiciaires.  Des sources à Athènes ont rejoint la Commission en soulignant l’importance de l’indépendance juridique d’Elstat, mais fait remarquer que cela ne signifie pas que l’agence peut ignorer l’état de droit.

Nikos Pappas, ministre d’État grec, a comparé l’enquête à « une blessure ouverte qu’il faut explorer jusqu’au fond ». Le ministre a ajouté qu’Athènes devait déterminer si le déficit avait réellement été gonflé et trouver où, afin de prendre des décisions politiques « pré-planifiées » et de mener le pays vers un accord avec les créanciers.

>> Lire : Athènes adopte de nouvelles mesures d’austérité avant l’Eurogroupe

Les partis d’opposition se sont jetés sur l’occasion pour distribuer les accusations. Kostas Karamanlis, l’ancien Premier ministre (Nouvelle démocratie), s’est par exemple félicité d’une enquête qui « ouvre enfin la voie à la résolution de l’affaire », et appelle à ce que « toute la lumière soit faite ». Il aurait également estimé que le déficit n’était pas assez élevé pour justifier une aide financière externe.

Giorgos Papandreou, ancien chef de file de Pasok, le parti socialiste grec, a pour sa part assuré que le pays devait recevoir davantage d’aide internationale pour ne pas sombrer dans la faillite. Il a également condamné Kostas Karamanlis pour avoir caché l’ampleur du déficit au reste du pays.

Le socialiste affirme que les statistiques ont été systématiquement manipulées jusqu’en septembre 2009, ce qui a causé la crise de la dette en 2010. « Tout cela s’est passé bien avant l’établissement d’une Elstat indépendante », a-t-il souligné.

Les partisans de Nouvelle Démocratie rétorquent pourtant que la décision du tribunal dévoile une intention de se venger du gouvernement de centre droit au pouvoir jusqu’en 2009.

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