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19/01/2017

Dernière ligne droite des négociations, selon Tsipras

Euro & Finances

Dernière ligne droite des négociations, selon Tsipras

Alexis Tsipras le 13 juillet [The Council]

Le gouvernement grec d’Alexis Tsipras, arrivé au pouvoir il y a six mois, échappera difficilement à de nouvelles élections pour regagner une majorité parlementaire lui permettant d’appliquer l’accord avec les créanciers du pays, dont les négociations sont « dans la dernière ligne droite ».

« Des élections sont probables à l’automne », a déclaré mercredi la porte-parole du gouvernement Olga Gerovasili alors que le scénario de législatives anticipées ne cesse de se préciser depuis quelques semaines. « Cela dépendra surtout de la stabilité de ce gouvernement dans la période à venir. »

La priorité du gouvernement reste dans l’immédiat la conclusion d’un accord final avec les créanciers sur un troisième prêt au pays, de plus de 80 milliards d’euros, que le gouvernement a jugé mercredi soir « totalement faisable » avant le 20 août.

Alexis Tispras et ses ministres sont tombés d’accord sur ce point après avoir fait, lors d’une réunion, le bilan des dernières rencontres avec les créanciers. Les discussions « sont dans leur dernière ligne droite », avait affirmé un peu plus tôt le Premier ministre.

>> Lire : Vers un accord sur le renflouement de la Grèce?

Des négociations sont en cours au plus haut niveau à Athènes depuis une semaine et l’optimisme semble régner, comme rarement après six mois de relations chaotiques. Pourtant, tout le monde ne semble pas partager cet optimisme, selon certaines sources du journal allemand Bild.

>> Lire : Berlin croit de moins en moins à un accord sur la Grèce avant le 20 août

Mercredi, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, dans un entretien à l’AFP, a dit croire à la possibilité d’un accord final ce mois-ci, de préférence avant le 20 août, date d’un important remboursement d’Athènes à la Banque centrale européenne (BCE).

« Nous sommes confiants dans le fait d’être très proches d’un texte final », a fait écho Mme Gerovasili.

La veille, le ministre grec des Finances Euclide Tsakalotos, de nature plutôt réservée, avait admis que les discussions se passaient « peut-être un peu mieux qu'[il] l’attendait ».

Les rendez-vous du Hilton

C’est lui qui tous les jours rejoint à l’hôtel Hilton, où ils résident, les chefs de mission pour la Grèce des quatre institutions créancières afin de passer en revue l’ensemble des sujets qui conditionnent l’accord : recapitalisation des banques, privatisations des actifs publics grecs, réforme des retraites, du marché du travail, objectifs budgétaires des années à venir.

Selon le quotidien libéral Kathimerini, des questions restent ouvertes sur le fonctionnement du nouveau fonds chargé des privatisations, le calendrier de suppression des retraites anticipées, les prévisions de récession et de déficit primaire pour 2015, la gestion des créances douteuses qui plombent les banques.

« Il reste trois ou quatre sujets en discussion », a confirmé le ministre à la sortie de sa réunion du jour, citant le calendrier des réformes et la liste des privatisations, tandis que la recapitalisation des banques devra avoir lieu « avant la fin de l’année », mais sans ponction sur les dépôts des épargnants, a-t-il assuré.

Les banques ont de nouveau été malmenées à la bourse d’Athènes, perdant 27 % sur la séance, à peine moins que mardi et lundi, jour de réouverture de la bourse qui avait fermé cinq semaines dans le cadre du contrôle des capitaux instauré par le gouvernement.

La Banque centrale européenne (BCE) a laissé inchangé mercredi ses prêts d’urgence (ELA) en faveur des banques grecques, et ce pour les deux semaines à venir, ce qui pourrait signifier que le maintien du contrôle des capitaux a freiné la vague de retraits bancaires.

Ce nouveau prêt comprend pourtant « des pierres d’achoppement », a aussi reconnu Alexis Tsipras qui a promis de batailler sur « un calendrier et un cadre de mise en œuvre qui répartira équitablement les charges ».

Pour cela, le Premier ministre de 41 ans, toujours populaire auprès de l’opinion publique, avait dit la semaine dernière être prêt à des élections afin de regagner une majorité parlementaire qu’il a perdue depuis que plus de 30 députés de son groupe ont voté, les 15 et 22 juillet, contre les premières réformes demandées par les créanciers de la Grèce.

Malgré le soutien de 13 députés du parti de droite souverainiste Anel avec lequel gouverne Syriza (149 députés), le Premier ministre ne dispose plus du seuil minimum de 151 députés (sur 300) pour appliquer le nouvel accord sans le soutien de trois partis d’opposition (Nouvelle Démocratie, Pasok, Potami).

L’un des leaders des contestataires, l’ancien ministre de l’Énergie Panagiotis Lafazanis, a prévenu mercredi qu’il ne capitulerait pas : « quand le nouveau mémorandum [l’accord] sera soumis au parlement, je ne le voterai pas » et les autres députés de son courant eurosceptique non plus.

>> Lire : Le vote sur le plan de renflouement de la Grèce menace l’unité de Syriza

Contexte

Les dirigeants de la zone euro sont parvenus à un accord en ce qui concerne un troisième plan de sauvetage pour sauver la Grèce de la faillite après plus de 17 heures de négociations à couteaux tirés.

>> Lire : La zone euro s'accorde pour éviter le Grexit

Ce programme, qui serait le troisième plan sa sauvetage grec en cinq ans, doit à présent être validé par plusieurs parlements des pays de la zone euro, dont les parlements allemand, français et grec.  Il sera fourni par le Mécanisme européen de stabilité (MES), le fonds permanent de résolution de crise de la zone euro, qui a été mis sur pied il y a cinq ans dans le but de sauver la Grèce de la faillite.

Voici un aperçu des réformes qu'Athènes doit mettre en place :

  • Demande de soutien suivi du Fonds monétaire international après l'expiration du programme existant au début de l'année 2016.
  • Augmentation de la taxe à la consommation et élargir l'assiette d'imposition afin d 'augmenter les revenus. Les lois à ce sujet doivent être approuvées mercredi 15 juillet par le Parlement.
  • Réformes multiples du système des retraites, afin de le rendre plus économiquement viable. Les réformes initiales doivent voir le jour mercredi 15 juillet, les autres d'ici le mois d'octobre.
  • Garantie de l'indépendance des agences statistiques du pays.
  • Introduction d'ici mercredi de lois qui assureraient des « coupes budgétaires quasi-automatiques » si le gouvernement n'atteint pas ses objectifs d'excédent budgétaire.
  • Modernisation du système de justice civile, afin de le rendre plus efficace et moins coûteux, d'ici le 22 juillet.
  • Réforme du marché des produits, comprenant notamment l'ouverture des magasins de dimanche, l'allongement des périodes de soldes, des modifications du régime des pharmacies, des changements des marchés du lait et de la boulangerie, l'élargissement de l'accès aux professions protégées, notamment le transport en ferry.
  • Privatisation de l'exploitant du réseau de transport de l'électricité, ou d'autres mesures ayant le même impact.
  • Réforme du marché du travail. Ce point inclut notamment la révision des règles sur les conventions collectives, les grèves et les licenciements collectifs.
  • Renforcement de la gouvernance bancaire et élimination des prêts non performants.
  • Augmentation considérable du programme de privatisation, notamment avec le transfert de 50 milliards d'euros d'actifs grecs vers un fonds indépendant à des fins de privatisation.
  • Modernisation, renforcement et réduction des coûts de l'administration grecque. Une première proposition doit avoir été faite d'ici le 20 juillet.