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21/01/2017

Des incertitudes planent sur la reprise européenne

Euro & Finances

Des incertitudes planent sur la reprise européenne

Quelle accélération pour la croissance de la zone euro ?

Crédit : [retrorocket / Shutterstock.com]

L’heure est à la reprise dans la zone euro, mais elle est surtout soutenue par la consommation. La prochaine phase de la reprise devra inclure les exportations et l’investissement. Et là, rien n’est certain.

Un vent d’optimisme semble désormais souffler sur la zone euro pour le plus grand bonheur de plusieurs de ses dirigeants qui n’y croyaient plus. Mais la reprise européenne reste atypique. Pour le moment, c’est avant tout la consommation qui tire l’activité. Ce rebond de la consommation s’explique par l’effet positif de l’inflation faible. Partout, elle permet d’augmenter mécaniquement le pouvoir d’achat. En Allemagne, la progression du salaire réel en 2014 a atteint un record depuis 2008 avec une hausse de 1,7 %, alors que le salaire nominal, lui, avait progressé de 2,8 %. Dans les pays périphériques, l’arrêt des compressions salariales et budgétaires a permis de donner un peu d’air aux ménages au moment précisément où l’inflation faible rendait les baisses de revenus moins douloureuses.

Le problème, c’est la prochaine étape. En soi, cette progression de la consommation ne saurait durer. L’effet de l’inflation faible va s’affaiblir, d’autant que, comme le note la publication de prévision commune de l’Insee, de l’Istat italienne et de l’Ifo allemande, parue ce mercredi 8 avril, « la désinflation atteint un palier. » Or, il n’y a guère de vrai moteur dans la zone euro capable de maintenir une croissance durable de la consommation, sauf peut-être en Allemagne.

Vers une reprise classique ?

La vision optimiste, actuellement dominante, prévoit néanmoins que, selon le schéma « classique », les exportations vont prendre le relais de la consommation pour soutenir la croissance. L’euro faible devrait en effet favoriser ce mouvement. Les carnets de commandes se remplissant à l’export, les entreprises vont pouvoir réinvestir à la fois pour répondre à cette demande et pour moderniser un outil de travail vieillissant suite au désinvestissement pendant la crise. La faiblesse des taux va permettre d’avoir recours au crédit, tandis que les matières premières bon marché vont favoriser les marges et donner plus d’air aux entreprises pour investir. Les carnets de commandes se remplissent davantage, l’activité s’accélère, l’emploi en profite et la consommation suit. Ce schéma est défendu par l’économiste de Xerfi Alexandre Milicourtois pour qui l’anomalie d’une reprise guidée par la consommation n’est qu’une péripétie. La reprise en cours est assez classiquement celle d’une reprise tirée par les exportations.

La question de la demande

Toutefois, ce schéma idéal est soumis à certaines incertitudes et à des défis complexes. Déjà, les effets de l’inflation faible s’estompent sur la consommation. En février, les ventes au détail ont reculé sur un mois de 0,2 %, tandis que la hausse de janvier était revue à la baisse de 1,1 % à 0,9 %. Sur un trimestre, le chiffre reste solide (+1,7 %), mais la consommation pourrait s’essouffler et demander un relais de croissance. C’est là que le bât blesse. Car si l’effet euro peut donner un coup de fouet temporaire aux exportations, il ne créera pas la demande. Or, la demande venant des pays tiers reste incertaine. Dans les années 2003-2007 et 2010-11, la croissance était principalement tirée par la demande en provenance des pays émergents. Mais, cette fois, ces marchés ne semblent guère pouvoir assurer des débouchés solides.

Les émergents, moteur peu puissant

Les indicateurs avancés des pays asiatiques continuent à se détériorer. L’indice PMI HSBC manufacturier chinois est resté sous les 50 en mars, donc en territoire de contraction de l’activité. Et aucun signal ne laisse songer qu’il puisse y avoir une forte reprise en Chine et en Asie. Même le dynamique Viêt-Nam voit son expansion ralentir. Le Brésil ne sort guère de la crise, pas davantage que la Russie ou l’Afrique du Sud. La Turquie constate un retrait des investissements étrangers. Quant aux États-Unis, leur capacité à tirer la croissance européenne est moindre que jadis. En outre, la réaction de la première économie mondiale à la hausse du dollar et à une éventuelle hausse des taux de la Fed est lourde d’incertitudes. Il n’existe donc pas de moteurs puissants, comme avant la crise, pour amorcer la croissance. En veut-on une preuve ? Les commandes industrielles allemandes ont déçu ce mercredi, reculant de 0,9 % sur un mois quand les analystes tablaient sur une hausse de 1,5 %. Et la faiblesse vient de la demande étrangère…

Faible investissement

Certes, la baisse de l’euro va favoriser le remplacement des produits d’autres provenances en faveur des produits de la zone euro. Mais il n’est pas certain que cela suffise à installer le cercle vertueux de la transmission à l’investissement. Dans ses prévisions économiques, la banque allemande Helaba s’inquiète de l’investissement en équipement outre-Rhin qui « continue à se faire désirer. » « L’investissement est structurellement faible en Allemagne », ajoutent les équipes de la banque hessoise dans une note. Et la bonne santé de l’économie allemande ne change pas la donne. Or, sans investissement outre-Rhin, la croissance européenne va rester faible. Et sans effet d’entraînement de la demande extérieure, l’intérêt à investir risque également de rester faible. Selon l’Eurozone Economic Outlook de l’Inssee, l’Istat et l’Ifo, il ne devrait progresser que de 0,2 %, 0,4 % et 0,5 % au cours des trois premiers trimestres de 2015. C’est bien, mais insuffisant pour favoriser une reprise de l’emploi assez vigoureuse pour soutenir durablement la consommation.

Les entraves à la reprise

D’autant que, dans plusieurs autres pays de la zone euro, la capacité à profiter de la demande extérieure est plus faible que dans les années 2000. La crise et l’austérité appliquée depuis 2010 dans la zone euro ont détérioré le tissu productif européen, notamment en France et en Italie. Une étude récente de l’OFCE l’a mis en lumière dans le premier cas. La réponse de ces économies à la baisse de l’euro sera donc moindre et l’effet d’entraînement vers l’investissement et l’emploi réduit. De plus, les marges restent sous la pression de l’inflation faible. L’inflation sous-jacente dans la zone euro est sous les 1 % annuel depuis octobre 2013 et, en février 2015, elle s’est encore dégradée. Cette bonne nouvelle pour les consommateurs n’en est pas forcément une pour les entreprises qui n’ont pas de capacité à imposer leurs prix (« pricing power »). Certes, ce phénomène est compensé par des matières premières bon marché et une tension moindre sur les salaires, mais la situation est précaire. Une reprise de l’inflation via un renchérissement des importations pourrait affaiblir une demande déjà fragile. Une inflation faible persistante pourrait dissuader les entreprises d’investir. Enfin, les lourdes dettes publiques et l’architecture de la zone euro vont continuer à limiter la capacité d’investissement des pouvoirs publics. C’est un moteur de moins pour la reprise économique européenne. Or, c’est un moteur qui peut jouer un rôle crucial à l’amorçage d’une accélération de l’économie.

Certes, il faudra sans doute attendre les effets macroéconomiques de l’assouplissement quantitatif de la BCE pour pouvoir réellement voir se dessiner une vraie reprise, mais le FMI a mis en garde mardi contre une période prolongée de « faible croissance » pour les économies avancées. L’institution de Washington note que la croissance potentielle de la zone euro a reculé de 0,5 point au cours de la crise. Or, une faible croissance ne permettra pas de réduire le chômage et d’assurer le développement d’une demande interne suffisante pour soutenir durablement l’économie. Si le pire n’est donc pas sûr, le meilleur ne l’est pas davantage.

Cet article a initialement été publié sur le site de la Tribune