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09/12/2016

Le climat s’invite dans l’union des marchés de capitaux

Euro & Finances

Le climat s’invite dans l’union des marchés de capitaux

Activiste d'Oxfam lors du sommet de l'ONU sur le climat à Durban en 2011.

Des investisseurs gérant appellent les régulateurs européens à prendre en compte le risque climatique lors de la révision de l’union des marchés de capitaux, prévue pour en 2017.

Le Groupe des investisseurs institutionnels sur le changement climatique (IIGCC), une coalition puissante d’investisseurs verts et de fonds de pension, a appelé les régulateurs européens à accélérer la transition vers une économie à faibles émissions de carbone en réformant réellement les marchés financiers du continent.

« L’IIGCC appelle depuis longtemps à un réel engagement européen sur le changement climatique, ce dont l’UE se targue déjà, et à raison. Cette position dominante doit toutefois être renforcée en permettant au système financier de soutenir réellement l’action de lutte contre le réchauffement planétaire », souligne le groupe dans une opinion  publiée le 20 septembre et appelant à une transition contrôlée vers une économie à bas carbone. « Les réglementations financières doivent permettre et faciliter les changements qui s’opèrent dans l’économie réelle. »

L’exposition à des catastrophes climatiques, comme les inondations, les tempêtes ou la montée du niveau des mers, peut avoir un impact énorme sur la valeur des propriétés et infrastructures, la destruction des actifs faisant augmenter drastiquement les taux d’assurance d’un jour à l’autre.

« Le risque climatique doit être mieux reflété dans l’évaluation des risques, afin d’encourager un changement dans la gestion des capitaux », estime l’IIGCC.  Cela inclut « un système financier établi sur une durée qui permet la gestion des défis posés par le changement climatique » et oriente les investissements vers les technologies propres. « Nous appelons les institutions à développer un plan d’action pour rendre l’union des marchés de capitaux plus durable. »

Les investisseurs ont accentué leurs avertissements sur le changement climatique, soulignant le risque systémique qu’il représente pour la stabilité financière mondiale et appelant à un désinvestissement ordonné et massif des combustibles fossiles.

« Il y aura une transition. Si nous n’encadrons pas cette transition de manière contrôlée, cela coûtera très, très cher », a mis en garde Frido Kraanen, directeur de responsabilité d’entreprise chez PGGM, un fournisseur néerlandais de services dans les domaines de l’administration de pension et de gestion des actifs, lors d’un événement organisé à Bratislava.

>> Lire : La prochaine crise financière pourrait être causée par le climat

Communication des risques

Stephanie Pfeifer, qui dirige le IIGCC, estime que la transition à une économie à faible carbone « constitue une occasion un or aux investisseurs dans les énergies renouvelables, dans l’efficacité énergétique, dans les infrastructures » et dans d’autres domaines clés. Pour assurer la transition, il est nécessaire de mettre en place des primes à l’innovation, non seulement dans le secteur de l’énergie, mais aussi dans d’autres pans de l’industrie européenne, soutient le groupe d’investisseurs.

La communication généralisée des politiques vertes des entreprises, afin que les gestionnaires de fonds puissent évaluer leur exposition au risque climatique, figure parmi les grandes recommandations de l’IIGCC. « Nous soutenons particulièrement la divulgation des risques climatique tout au long de la chaine d’investissement, des entreprises aux investisseurs eux-mêmes », estime l’IIGCC, qui appelle à l’instauration de normes les plus sévères possible à cette fin.

Des normes trop laxistes  iraient à l’encontre de l’engagement du G20 pour des méthodes claires de communication des risques climatiques et entraverait la comparaison de la communication des risques dans l’UE, rappelle le groupe d’investisseurs. En décembre 2015, le G20 a créé un groupe de travail sur la communication financière liée au climat (TCFD), mené par l’industrie. Ce groupe de travail devrait publier son premier rapport en février 2017.

L’IIGCC estime que « des évaluations obligatoires et complètes de l’exposition au risque climatique des actifs seraient prématurées à ce jour », mais que les tests de base « devraient être encouragés autant que possible ».

Ses recommandations comprennent également un renforcement du système de plafonnement et d’échange de CO2 et la décarbonisation des secteurs du transport et de la construction, des mesures « essentielles pour orienter le capital » vers les technologies propres.

Experts européens de finance verte

La Commission européenne reste pour l’instant très prudente sur ses initiatives politiques de finance verte, assurant avoir besoin de plus de temps pour déterminer les meilleurs moyens de mettre en place des normes de communication des risques.

« Le plus gros potentiel que nous voyons est l’explication par les investisseurs institutionnels de leur engagement vis-à-vis des politiques climatiques. Comment leurs livres de comptes reflètent ces considérations », a expliqué Niall Bohan, chef d’unité pour l’union des marchés de capitaux, lors d’un événement en avril.

>> Lire : L’encadrement du risque climatique chez les investisseurs européens avance à petits pas

L’exécutif européen s’est à présent déclaré prêt à aller de l’avant et a dévoilé de nouvelles priorités pour l’union des marchés de capitaux  le 14 septembre.

Vanessa Mock, porte-parole de la Commission sur les services financiers, a notamment mis en avant la création d’un nouveau groupe d’experts dont la tâche sera de « développer une stratégie européenne complète sur la finance verte ». Le premier rapport du groupe est attendu dans les mois à venir.

Plus largement, la Commission « adoptera également des orientations non contraignantes sur la méthodologie » utilisée par les entreprises pour communiquer  avec les investisseurs et les consommateurs sur les sujets environnementaux, sociaux et de gouvernance, a expliqué la porte-parole à EurActiv.

Des travaux sont également « en cours » pour permettre une meilleure disponibilité des fonds verts via le Fonds européen pour les investissements stratégiques, a-t-elle ajouté.  Il s’agirait de réserver au moins 20% du budget européen pour 2014-2020 à l’action climatique et de mettre en place une plateforme de financement de l’économie circulaire.

Infrastructures

L’opinion de l’IIGCC a d’ailleurs reconnu certains de ces efforts de la part de l’exécutif européen et s’est félicitée de la création du groupe d’experts sur la finance verte. Il souligne également les progrès réalisés sur les investissements infrastructurels directs à long terme, à présent envisagé dans le cadre d’un règlement sur les assurances appelé Solvency II.

« Nous apprécions le fait que Solvency II encourage les investissements à long terme qui combinent actifs et passifs[…]. Les actifs infrastructurels ont un profil de risque unique qui les place dans une classe d’actif à part », estime le groupe d’investisseurs.

Celui-ci appelle cependant la Commission à aller plus loin en étendant la définition aux autres investissements dans les infrastructures, comme ceux des opérateurs des systèmes de transport d’électricité.  « Nombre d’actifs ayant un contexte politique moins favorable dans les pays européens, les investissements infrastructurels dans les marchés émergents et les actifs comportant certains risques de construction ne seront pas spécialement considérés comme faisant partie de cette catégorie particulière », fait remarquer l’IIGCC.

Prochaines étapes

4 décembre 2015 : Création du groupe de travail sur la communication financière liée au climat (TCFD) au G20.

    1er avril 2016 : Premier rapport du TCFD.

   Février 2017 : Publication du rapport final du TCFD.

Mi-2017 : Révision du plan d’action de l’union des marchés de capitaux.

Plus d'information

Groupe des investisseurs institutionnels sur le changement climatique (IIGCC)

Commission européenne