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06/12/2016

Le FMI intrigue en faveur d’un allègement de la dette grecque

Euro & Finances

Le FMI intrigue en faveur d’un allègement de la dette grecque

Joe Biden a assuré Alexis Tsipras de son soutien.

Kelly Kline

La publication d’une conversation téléphonique entre membres du FMI révèle le bras de fer entre l’Allemagne et le l’institution financière sur la dette grecque. Étonnamment, le gouvernement de gauche d’Athènes trouve plus de soutien à Washington qu’à Berlin.

WikiLeaks a publié la transcription d’une conversation téléphonique entre deux personnes très haut placées au Fonds monétaire international (FMI), qui indique que l’organisation attend un « événement » de crise – à l’évidence un défaut de paiement de la Grèce – pour forcer Athènes et les négociateurs européens à accepter ses objectifs fiscaux.

>> Lire : Le FMI conditionne son aide à la Grèce à un allègement de la dette

Le dossier WikiLeaks

Selon les révélations de WikiLeaks, Paul Thomsen, qui dirige la section du FMI dédiée à l’UE, et Delia Velculescu, chef de mission du FMI pour la Grèce, envisagent de forcer la main à  l’Allemagne pour qu’elle accepte une réduction la dette grecque, à laquelle Berlin est farouchement opposée.

En l’absence d’un accord sur l’allègement, l’organisation cesserait de participer au renflouement grec, selon la conversation. Une décision qui protégerait les contributeurs non-européens au Fonds en cas de défaut de paiement.

Les deux représentants auraient également conclu que l’objectif d’un excédent de 3,5 % du PIB en 2018 négocié entre la Grèce et l’UE devrait être abaissé à 2,5, voire 1,5 % du PIB.

Pression

Ils notent par ailleurs que l’Allemagne fait face à de grandes pressions liées à la crise des réfugiés et que les États européens pourraient vouloir reporter leur décision sur la dette grecque à l’après-référendum sur le Brexit, étant donné que toutes les prises de décision européennes seront probablement suspendues un mois avant le 23 juin.

Cette conversation, qui date du 19 mars, a poussé le Premier ministre grec, Alexis Tsipras à écrire à Christine Lagarde, directrice du FMI, pour demander des explications. Le 3 avril, cette dernière a rendu publique sa réponse, dans laquelle elle réfute toute utilisation possible des prêts comme levier politique.

Le lendemain, Joe Biden, vice-président des États-Unis, a rassuré le Premier ministre grec et répété que les partenaires européens d’Athènes devraient respecter leur engagement d’alléger la dette grecque, afin qu’elle soit soutenable.

« Le vice-président et le Premier ministre Tsipras se sont accordés sur la nécessité de continuer à réaliser des progrès rapides sur les réformes économiques grecques et sur l’importance d’une coopération constructive entre la Grèce, le FMI et les institutions européennes, afin que la première évaluation du programme de réformes économiques puisse avoir lieu le plus tôt possible », explique par ailleurs la Maison Blanche.

Les créanciers internationaux de la Grèce sont justement réunis à Athènes pour discuter de cette première évaluation.

L’implication du FMI

Le gouvernement grec, principalement composé de membres de Syriza, s’est toujours opposé à la participation du FMI dans le renflouement et préférerait que le programme reste dans l’UE. Une manière de responsabiliser davantage ses partenaires européens.

Quelques jours avant le référendum grec de juillet dernier, le ministre de l’Intérieur, Nikos Pappas, avait de fait assuré que l’Europe pourrait aller de l’avant « sans le FMI ». « L’Europe a la dynamique institutionnelle nécessaire à une solution sans le FMI », avait-il assuré.

Un point de vue qui n’est pas partagé par Berlin, qui insiste pour que le FMI reste impliqué dans le plan de sauvetage, pour minimiser le risque pour ses propres contribuables. Nombre d’élus alliés d’Angela Merkel ont en effet assuré qu’ils n’approuveraient pas de nouvelles aides à la Grèce si l’organisation ne participait pas à l’application du mémorandum.

« Le FMI est un élément essentiel des programmes de sauvetage », a également estimé Jens Weidmann, président de la banque centrale allemande, le 5 avril.

Selon Skai News, Joe Biden aurait soutenu cette vision, assurant que « le FMI fait certainement partie de la solution » et qu’il était en contact avec Christine Lagarde à ce sujet.

L’origine de la fuite

Selon le Tagesspiegel, partenaire d’EurActiv en Allemagne, « le dirigeant des services secrets nationaux, un homme de confiance d’Alexis Tsipras, pourrait être la source de la ‘fuite’, qui a des conséquences importantes sur le climat de méfiance entre les créanciers et le gouvernement grec ».

Yiannis Roubatis, qui dirige les services secrets, n’a pas tardé à réagir à cette accusation, rappelant que la mission de son département était de « protéger notre sécurité et notre souveraineté nationales ».

Le S&D soutient Tsipras

Après les révélations de WikiLeaks, Gianni Pittella, chef de file des Socialistes & Démocrates au Parlement européen, a vertement critiqué le FMI. « Si cet échange est confirmé, cela remettrait à nouveau en question la crédibilité et l’autorité du FMI, qui ne devrait jamais jouer le rôle d’un organe politique ni poursuivre des objectifs politiques. Nous attendons une réfutation officielle du FMI », a-t-il déclaré.

L’eurodéputé italien, qui affiche régulièrement son soutien au Premier ministre grec, a poursuivi en assurant que la Commission et les autorités grecques avaient préparé le terrain à un accord sur l’évaluation des réformes. « Nous exhortons le FMI à ne pas créer d’obstacles injustifiés à cette évaluation », conclut-il.

EurActiv a également contacté plusieurs membres du Parti populaire européen, qui ont tous refusé de faire un commentaire et répondu qu’ils « se concentraient uniquement sur les Panama Papers ».

>> Lire aussi : Varoufakis : « les créanciers de la Grèce ont transformé les négociations en guerre »

 

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