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05/12/2016

Athènes adopte de nouvelles mesures d’austérité avant l’Eurogroupe

Euro & Finances

Athènes adopte de nouvelles mesures d’austérité avant l’Eurogroupe

Alexis Tsipras, le 18 mars à Bruxelles.

[Conseil européen]

Le Parlement grec a adopté de nouvelles mesures d’austérité à la veille d’un sommet de l’Eurogroupe, dans l’espoir de débloquer la prochaine vague de fonds de sauvetage et d’éviter une nouvelle crise.

Le 9 mai, les ministres des Finances de la zone euro se penchent à nouveau sur la Grèce pour tenter de trouver un accord qui éviterait une nouvelle grave crise sur les réformes et l’aide financière au pays.

Cette réunion extraordinaire survient alors que les réformes exigées en contrepartie de l’aide financière massive octroyée à l’été 2015 n’ont toujours pas reçu de satisfecit des créanciers, l’UE et le FMI, après dix mois de discussions, ce qui bloque tout nouveau versement.

>> Lire : Alexis Tsipras demande l’aide de l’Europe face au FMI

Le pays a « pratiquement atteint » ses objectifs de réformes, a estimé le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, dans une interview parue dimanche dans plusieurs journaux allemands.

Les 19 ministres des Finances de l’Eurogroupe vont aussi, sous pression du Fonds monétaire international qui en fait une condition pour s’associer au plan d’aide, débattre des moyens d’alléger l’abyssale dette grecque, qui représente environ 180 % du PIB.

Jean-Claude Juncker a toutefois rappelé qu’une réduction pure et simple de la dette n’est pas à l’ordre du jour.

La Grèce fait face à une échéance de remboursement de 2,3 milliards à la Banque centrale européenne (BCE) le 20 juillet et a donc besoin d’un accord de la zone euro pour que de nouveaux fonds puissent être débloqués.

Samedi, le ministre grec des Finances, Euclide Tsakalatos, a mis en garde ses homologues européens contre une nouvelle crise grecque, dans une lettre obtenue par l’AFP.

>> Lire : Pittella : des «requins» condamnent la Grèce à mort

Réformes controversées

Le Parlement grec a adopté – majorité contre opposition – une réforme des retraites, controversée, mais réclamée par les créanciers du pays, malgré la mobilisation syndicale et les nombreuses manifestations qui ont eu lieu en fin de semaine. La police estimait à 26 000 le nombre de manifestants à Athènes et Thessalonique le 8 mai.

>> Lire : Grève générale en Grèce avant le vote de réformes impopulaires

À l’issue de deux jours de débats, les 153 députés de la majorité gouvernementale, composée de la gauche Syriza et du parti souverainiste Anel, ont voté dans la nuit de dimanche à lundi en faveur de cette loi intitulée « un système unifié de sécurité sociale, réforme du système des retraites et règlement de l’impôt sur le revenu ». Elle comprend la réforme des retraites et s’inscrit donc dans la logique des efforts du gouvernement pour s’aligner sur les exigences des créanciers qui demandent des économies de 5,4 milliards d’euros d’ici 2018.

Les 143 autres députés présents dans l’hémicycle, tous membres de l’opposition, dont la droite de la Nouvelle-Démocratie, ont voté contre ce texte, contesté par les syndicats et qui prévoit la réduction des retraites les plus élevées, la fusion des multiples caisses d’assurance, l’augmentation des cotisations, des taxes et de l’imposition surtout pour les moyens et hauts revenus.

Les députés ont donc voté pour une plus grande harmonisation du système de retraite et l’établissement d’une retraite nationale à 384 euros. Des règles visent également la réduction du nombre de retraites anticipées.

La contribution à la sécurité sociale s’élève à présent à 20 % du revenu mensuel net des employés, donc les deux tiers seront versés par l’employeur. Les cotisations augmentent également pour les indépendants.

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Pour ce qui est des taxes, le seuil minimum d’imposition a été abaissé d’environ 9 500 à  8 800 euros par an. D’autres mesures incluent le réajustement des taux d’impôts et l’augmentation du prélèvement de solidarité, qui permet d’aider les très nombreux chômeurs.

« Tourner la page »

Dans sa lettre Euclide Tsakalatos exhorte l’Eurogroupe, qui doit se réunir lundi à Bruxelles, à donner son feu vert aux réformes engagées, « ce qui aiderait le pays [à retrouver] la confiance des investisseurs et la reprise » et signalerait que « la Grèce a tourné la page et que le pays n’est plus à risque, enfin ! ».

Les divergences restent profondes, aggravées par les différences d’appréciation entre l’UE et le FMI sur le traitement à administrer à l’économie grecque afin de respecter l’objectif d’un excédent budgétaire primaire (avant paiement des intérêts de la dette) à 3,5 % du PIB en 2018.

Un objectif jugé trop ambitieux par le FMI, sauf si des mesures d’austérité supplémentaires sont votées dès à présent. Athènes promet pourtant d’y arriver et préfère garantir que, le cas échéant, de nouvelles coupes dans les dépenses publiques seront déclenchées automatiquement si la cible n’est pas atteinte.

« Pas très crédible », ni même « souhaitable », car cela mettrait encore davantage en péril un service public déjà défaillant, a jugé Christine Lagarde, la directrice générale du Fonds,  dans une lettre aux 19 ministres.

De son côté, la Grèce semble tenir pour acquis le soutien des institutions européennes sur son mécanisme automatique permanent de correction des finances publiques.

>> Lire : La Grèce ne peut pas faire face à plus d’austérité, selon un expert de l’ONU

L’UE dans la hantise du Brexit

« Je ne vois pas en quoi un tel mécanisme, associé au paquet de réformes (déjà engagées), ne serait pas plus que suffisant » pour ouvrir la voie au déblocage d’une nouvelle tranche d’aide, a plaidé samedi Euclide Tsakalatos dans son courrier.

Avec le soutien de son homologue français, Michel Sapin, il avait rejeté en bloc en avril les demandes du FMI, qui préconisait de faire adopter par le Parlement grec de nouvelles mesures d’économies pour trois milliards d’euros supplémentaires.

Le Fonds a en revanche poussé dans le sens du gouvernement de gauche d’Alexis Tsipras en obtenant que les créanciers entament enfin le débat sur l’allègement de la dette, ardemment réclamé par Athènes.

La semaine dernière, le commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici, a assuré ne voir aucune raison de craindre un scénario de crise comparable à 2015, quand la Grèce avait frôlé la sortie de la zone euro.

« Cette année nous n’aurons pas de grande crise grecque », a voulu rassurer également le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble.

Comme l’a exprimé le président du Conseil européen Donald Tusk le 3 mai, les dirigeants de l’UE souhaitent un accord très rapidement sur la Grèce. Ils vivent ce printemps dans la hantise d’une possible sortie du Royaume-Uni de l’Union et souhaitent évacuer la négociation grecque avant le redouté vote britannique du 23 juin.