EurActiv.fr

Actualités & débats européens dans votre langue

28/07/2016

Hollande, partenaire commode des députés européens

Euro & Finances

Hollande, partenaire commode des députés européens

adebd6f0699bb1596515ff2ae9969ad7.jpg

A deux jours du sommet sur le budget européen, le Président s’est présenté en défenseur de la croissance et de la solidarité. Les parlementaires ont menacé de rejeter un accord qu’ils jugeraient insuffisant.

Exercice exceptionnel, le président de la République française s’est rendu, mardi 5 février, à Strasbourg pour débattre directement avec les députés européens.

Budget de la PAC en baisse 

Comme c’est le cas depuis son élection, François Hollande s’est d’abord posé en défenseur de la croissance et de l’Europe solidaire. Il s’est opposé aux Etats du nord de l’Europe – Allemagne et Royaume-Uni en tête -, qui luttent pour un budget européen 2014-2020 a minima afin de s’aligner sur les politiques d’austérité nationales.

Pour François Hollande, le futur cadre financier “doit soutenir les Européens les plus fragiles (…), le montant des chèques et des rabais doit cesser (…), un compromis est possible mais il faudra raisonner ceux qui veulent amputer budget européen au delà de ce qui est possible”. 

Jusqu’à présent, la France, tout comme ses partenaires, cherche avant tout à défendre le budget des politiques qui lui rapportent le plus. Pour Paris, il s’agit en premier lieu de la politique agricole commune. “La PAC c’est le rabais français”, a d’ailleurs lancé le chef de file des Verts, Daniel Cohn-Bendit.

Mais c’est une première, François Hollande semble prêt à accepter une réduction du budget des aides allouées à la politique agricole commune pour 2014-2020. “La France n’est pas prête à sacrifier la politique de croissance pour la politique agricole commune”, a-t-il déclaré. 

Où est le pacte de croissance ?

Non sans ambiguité, le chef de l’Etat a aussi rappelé que le redressement des comptes publics passait par une relance de l’activité et des investissements publics.

Or, son pacte de croissance, approuvé en juin par les Vingt-Sept, constitué des aides de la Banque européenne d’investissement et des fonds structurels, laisse plus d’un eurodéputé perplexe.

“J’ai beau chercher… Où sont passés ces milliards ?” lui a lancé Joseph Daul, chef de file du groupe des conservateurs (PPE, UMP). Une interrogation qui dépasse les clivages politiques et dont Daniel Cohn-Bendit s’est fait l’écho.

Le prochain cadre financier 2014-2020 et les fonds structurels qu’il comprend seront l’outil de croissance européen, a fait comprendre François Hollande. Des instruments qui auraient été mobilisés avec ou sans le “pacte”. 

“J’ai entendu le Parlement européen souhaiter qu’il y ait un niveau correct de dépenses (…) Je me sens comptable du pacte adopté en juin”, a ajouté François Hollande. Le président maintient ainsi la ligne qui lui est précisément reprochée : s’appuyer sur des dépenses déjà prévues et les maquiller sous les traits d’un plan de relance.

100 milliards de moins 

S’il est vrai que le discours français sur le budget sonne différemment de celui de l’Allemagne, difficile d’en dire autant sur les chiffres. “Si nous pensons que la nécessité est de préserver les politiques communes, nous pouvons avoir 960 milliards”, a-t-il indiqué. 

Ce montant correspond au niveau de la proposition allemande, qui circulait avant le sommet européen de novembre. C’est-à-dire 13 milliards d’euros de moins que les 973 milliards proposées par le président du Conseil européen Herman Van Rompuy, il y a plus de deux mois. Et plus de 100 milliards d’euros de moins comparé au texte initial de la Commission. 

Face au Président français, les parlementaires ont donc joué leur rôle de défenseur d’une Europe qui doit se donner les moyens de ses ambitions. Selon les traités, les députés européens ont désormais la possibilité d’approuver ou de rejeter en bloc l’accord que le Conseil européen pourrait adopter les 7 et 8 février. 

Menace de veto 

Fustigeant le budget ridicule qui pourrait être validé, ils ont brandi la menace du veto et plaidé pour que l’UE fonctionne sur le principe du versement par tranche mensuelle sur un an pour les deux années à venir, en attendant un tassement de la crise.

“La proposition actuelle est un renoncement politique, et je vous le dit tout de suite, nous allons la rejeter Monsieur le président”, a déclaré Joseph Daul, dont le groupe (conservateurs, UMP) est le plus important en nombre au sein de l’assemblée.

“Après le discours de Joseph Daul, je me demande ce que vous allez encore discuter ” jeudi et vendredi a renchérit le chef des Libéraux, le Belge Guy Verhofstadt.

“On ne peut pas trouver un compromis pour le budget pluriannuel”, a déclaré Daniel Cohn-Bendit, co-président du groupe des Verts/ALE.

“Pour nous c’est non aussi”, a même lâché la socialiste française Catherine Trautmann, qui a regretté le manque de solidarité des propositions. 

Si l’on ajoute les voix hostiles des souverainistes et des anti-européens, le projet de budget pourrait donc être mis aux oubliettes. 

Renoncement du Parlement ?

Le Président français a toutefois tenu à se présenter en allié du Parlement européen, estimant que leurs positions “ne sont pas si éloignées”. 

François Hollande a été jusqu’à ajouter que la menace du veto des députés pourrait être un “facteur favorable à la lucidité et à la prise de conscience”. Il s’est même amusé de la mission donnée, de la part des conservateurs, à un “socialiste d’empêcher que [leurs gouvernements] fassent un mauvais budget”. 

Habitués à entendre le Parlement aboyer fort sans jamais mordre, les Etats risquent de ne pas prendre la menace au sérieux.

“Parfois à la table du Conseil européen, j’entends dire que nous ferons notre affaire des groupes politiques du Parlement européen, a déclaré François Hollande. Je veux croire que ce ne sera pas le cas cette fois-ci.”