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01/10/2016

L’Allemagne aussi revoit sa croissance à la baisse

Euro & Finances

L’Allemagne aussi revoit sa croissance à la baisse

Sigmar Gabriel [blu-news.org/Flickr]

Le ministre allemand de l’Économie a revu de façon drastique ses projections pour la croissance économique de son pays. La faute aux pays de la zone euro qui s’enfoncent dans la crise, selon le ministre. Un article d‘EurActiv Allemagne. 

Les dernières prévisions de l’économie allemande s’assombrissent, selon Sigmar Gabriel, le ministre de l’Économie allemand.

La prévision de croissance du PIB de la République fédérale allemand est tombé à 1,2 % pour l’année 2014, au lieu de 1,8 % prévu initialement. Pour 2015, la croissance initiale estimée a également été revue drastiquement à la baisse par le social-démocrate, passant de 2 % à 1,3 %.

Incertitude sur les marchés européens et internationaux

« L’économie allemande est dans la tourmente à cause de la situation économique extérieure », a déclaré le ministre allemand mardi 14 octobre à Berlin.

« Les nombreuses crises géopolitiques déstabilisent l’Allemagne [. . . ]», a expliqué Sigmar Gabriel.

Il fait ici allusion au conflit ukrainien, mais aussi au conflit militaire qui fait vaciller le Proche et le Moyen-Orient. En outre, la faible économie qui caractérise les pays de la zone euro pèse particulièrement sur l’économie allemande, a-t-il ajouté.

La zone euro représente en effet le principal marché pour l’écoulement de la production allemande. Or l’atonie économique de la zone, aux yeux du social-démocrate, est à l’origine des piètres résultats des exportations allemandes cette année.

« L’Allemagne se porte bien seulement quand l’Europe est en bonne santé », a précisé le social-démocrate allemand.

Poursuivre les réformes structurelles

Le dirigeant du SPD et vice-chancelier a exhorté les pays de la zone euro, malgré la crise, de poursuivre les réformes structurelles. Il a par ailleurs salué le programme annoncé par Jean-Claude Juncker, qui prévoit un plan de relance et d’investissement de 300 milliards d’euros.

Cependant, ce dispositif doit réussir à inciter une plus grande injection de capitaux privés dans l’économie, a analysé le ministre allemand. De plus, selon lui, la stratégie de Juncker pour relancer l’économie doit également permettre la mise en place d’un système durable garantissant la compétitivité des entreprises européennes.

« Ça ne sert à rien de construire une troisième autoroute à côté des deux déjà existantes, si elle n’est empruntée par aucun véhicule », a-t-il prévenu.

Sigmar Gabriel s’est exprimé en faveur d’un renforcement des investissements en vue de porter l’économie et assurer bien-être et prospérité aux populations européennes.

L’Allemagne doit investir plus dans ses infrastructures », a admis le ministre. « Les conditions-cadres des investissements privés doivent être améliorées », a-t-il poursuivi. Ceci comprend une restructuration fiable du système énergétique et une expansion rapide de l’accès à haut débit à l’Internet. « Voici les points critiques sur lesquels va se concentrer mon travail », a annoncé l’Allemand.

Les salaires et l’emploi poursuivent leur progression

L’une des raisons premières à l’origine de la correction prévisionnelle et que les entreprises sont moins enclines à investir sur les marchés internationaux à cause de l’incertitude qui règne quant aux perspectives de ventes.

Pour l’année 2014, le gouvernement allemand a constaté que l’investissement d’équipement (machines-outils et installations de stockage) n’a augmenté que de 3 % . Jusqu’à aujourd’hui, les pronostics étaient de 6,3 %.

Mais la stabilité du marché intérieur allemand permet de contrebalancer cette tendance, a commenté le gouvernement. « Le marché du travail [allemand] reste robuste », a assuré Sigmar Gabriel. « Les salaires et l’emploi poursuivent leur progression », selon lui. Ceci permet de soutenir la consommation et de poursuivre la construction de logements parmi les ménages privés.

Le nombre de personnes employées devrait augmenter de 325 000 cette année. En revanche, la création d’emplois en 2015 ne devrait représenter que la moitié des résultats de cette année. Le taux de chômage devrait rester stable selon les estimations, soit 2,9 millions de personnes sans emploi. Le salaire net devrait de son côté augmenter de 2,6 % par travailleur en 2014 et de 2,7 % l’année suivante.

Objectif : zéro dette

De l’avis du ministre allemand de l’Économie, il n’y a aucune raison d’abandonner ou de modifier les tendances sociopolitiques, financières et économies actuelles des États membres.

Ceux qui exhortent l’Allemagne de changer sa politique financière – par exemple par des programmes économiques financés par l’emprunt – ont tort, a jugé l’Allemand. Pour lui, une telle politique ne créera pas une croissance durable, a affirmé Sigmar Gabriel.

« Une Allemagne plus endettée n’engendrera pas plus de croissance en Espagne, en France, en Grèce et en Italie », a prévenu le ministre.

La coalition entre les conservateurs d’Angela Merkel et les sociaux-démocrates de Sigmar Gabriel souhaite avoir un budget de l’État équilibré pour 2015. Cet objectif est encore atteignable sans avoir recours à un nouvel endettement, selon le dirigeant du SPD.

Un objectif remis en cause

Entre temps, plusieurs membres de l’aile gauche du Parti social-démocrate commencent à remettre en question le principe de la dette zéro.

Le Fonds monétaire international a également demandé à l’Allemagne d’investir plus dans la croissance économique.

Tharman Shanmugaratnam, président du Comité monétaire et financier international du FMI a ainsi mis l’Allemagne en garde et a affirmé que les mesures prises par le gouvernement allemand « présentaient un risque réel de provoquer un taux de croissance en dessous de la moyenne, et ce, pour une longue durée ».

« La dette zéro est une mauvaise priorité, dans un environnement économique où le chômage augmente constamment et où la crise de confiance persiste », a pour sa part prévenu Michael Fratzscher, l’Institut allemand de recherche économique (DIW).

Les projections d’automne du gouvernement allemand poseront les fondements pour l’évaluation de l’assiette fiscale qui sera estimée en novembre. Ces prévisions font office de boussole en vue de constituer les budgets publics du gouvernement fédéral, mais aussi ceux régionaux et municipaux, enfin d’estimer le budget de la sécurité sociale.