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28/07/2016

L’Allemagne outrée par la clémence de Bruxelles sur le déficit français

Euro & Finances

L’Allemagne outrée par la clémence de Bruxelles sur le déficit français

Herbert Reul

[EP}

La décision de Commission européenne d’accorder à Paris deux ans supplémentaires pour réduire son déficit public a suscité les critiques acerbes du centre-droit allemand, qui dénonce une application des règles budgétaires à la carte. Un article d’EurActiv Allemagne.  

La France aura un peu plus de temps pour ramener son déficit public sous la barre des 3 % de son PIB annuel en échange de nouveaux efforts sur le front des réformes économiques et d’une réduction plus importante que prévu du déficit structurel (hors effet de conjoncture) en 2015.

La « clémence » de la Commission face à Paris, mauvais élève du respect des règles du Pacte de stabilité et de croissance depuis des années, n’a pas été du goût de tous. Au Parlement européen, Herbert Reul, le président du groupe de centre-droit allemand, parle d’une « déception amère »

>>Lire: Bruxelles exige de nouvelles réformes ambitieuses en France

« Quel dommage que la Commission cède précisément au moment où la situation devient grave. Dans le cadre du semestre européen, la Commission a mis en place de nouveaux instruments et a pris de nouvelles responsabilités pour une plus grande discipline budgétaire », a rappelé Herbert Reul de l’Union chrétienne-démocrate allemande (CDU).

Discrédit

Le fait que le commissaire européen en charge de l’économie et des finances, Pierre Moscovici, repousse encore une fois les sanctions, discrédite complètement les nouvelles règles mises en place, a-t-il ajouté.

Angelika Niebler, présidente du groupe de l’Union chrétienne-sociale en Bavière (CSU) au Parlement, a également exprimé sa déception face à la décision de la Commission. La Commission ne remplit pas son rôle de protecteur du pacte de stabilité et de croissance, a-t-elle déclaré.

« Dans le cadre juridique du Semestre européen, le rôle de la Commission européenne a été renforcé. La Commission a eu des difficultés à recevoir le soutien nécessaire pour cela au Parlement européen. Les États membres aussi étaient hésitants à ce sujet. Le fait que la Commission utilise son pouvoir de décision pour agir en faveur des mauvais élèves en matière de déficit et ce, sans aucune sanction, est une provocation », s’est indignée Angelika Niebler.

Pour Herbert Reul, il peut paraître « déroutant qu’un gouvernement rebelle comme celui de la Grèce se retrouve piégé dans un litige concernant sa dette, alors que les cas d’autres pays sont maniés avec des pincettes ».

>> Lire : Le désaccord persiste entre l’Eurogroupe et la Grèce

Si l’on continue à accorder de nouveaux délais, on ôte tout le caractère urgent de la consolidation car personne n’aura à craindre les sanctions si les règles ne sont pas respectées, a commenté l’eurodéputé de centre-droit.

« Ce que l’on craignait le plus est arrivé », a quant à lui déclaré le vice-président de la commission parlementaire des affaires économiques et monétaires, Markus Ferber, qui critique vivement Pierre Moscovici.

Moscovici accusé de double jeu 

« Le commissaire manque clairement de volonté politique pour imposer les nouvelles règles à son propre pays », a affirmé Markus Ferber. « La France avait assez de temps, mais n’a pas tenu ses engagements et a préféré parier sur ce report de délai » a-t-il déclaré. Selon l’eurodéputé CSU, « tant que la France n’a pas à craindre de graves conséquences, ce petit jeu continuera ».

Au début de la semaine, le commissaire européen allemand Günther Oettinger a déclaré au journal Handelsblatt que « l’intégrité du pacte de stabilité était menacée ». Selon lui, l’austérité et les réformes structurelles engagées par Paris ne sont pas suffisantes.

« La France n’est pas encore là où elle devrait se trouver », a rappelé Günther Oettinger. « Le respect des règles de Maastricht n’est pas toujours à la hauteur de nos attentes. C’est inquiétant », a-t-il précisé.

En Allemagne, la décision de la Commission européenne fait aussi l’objet de critiques. Le retard d’un pays dans les investissements entrave la croissance et contribue à un important excédent de la balance des opérations courantes. « Il est évident que l’Allemagne est un moteur de l’économie européenne. Les Allemands sont fiers du succès de leurs exportations, dont bénéficie toute l’Europe », a affirmé Pierre Moscovici.

Obstacle à la croissance

« La Commission européenne ne veut en aucun cas compromettre cette réussite. Néanmoins, nous ne pouvons pas fermer les yeux devant le risque élevé d’un manque d’investissements privés et publics et, techniquement parlant, devant les déséquilibres sous-jacents de l’épargne et des placements. Il s’agit là d’un obstacle à la croissance et de risques à moyen terme », a expliqué le commissaire.

À une balance courante régulière de 8 %, la tendance de déséquilibre ne peut pas s’inverser et jusqu’à présent, la réponse politique a été inadaptée.

Les recommandations de la Commission seront discutées lors de la prochaine réunion des ministres européens des Finances en mars. À cette occasion, la Commission examinera aussi les rapports nationaux avec les représentants des États membres. D’ici la mi-avril, les pays membres de l’UE pourront soumettre leurs projets de réformes nationaux dans le cadre du Semestre européen. La Commission se basera sur ces données pour soumettre des recommandations à chaque pays en mai.