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22/01/2017

L’Espagne craint une perte d’influence dans l’UE

Euro & Finances

L’Espagne craint une perte d’influence dans l’UE

L’Espagne n’a jamais été aussi peu représentée dans les institutions qu’aujourd’hui. La défaite de Luis de Guindos, qui était candidat à l’Eurogroupe confirme cette perte d’influence. Un article d’EurActiv Espagne

La défaite de Luis de Guindos est un coup dur pour le Premier ministre de droite, Mariano Rajoy (Parti populaire), qui a mené une lutte féroce avec La Haye pour placer son ministre des Finances à la tête de l’Eurogroupe, dans l’espoir de regagner de l’influence politique.

Selon la chaine espagnole Tele Cinco, le contexte actuel place l’Espagne dans une position de grande faiblesse pour négocier, du jamais vu depuis 30 ans.

« Il est, sans aucun doute, le meilleur candidat », répétait à l’envi Mariano Rajoy ces dernières semaines, vantant les mérites de Luis de Guindos, ancien conseiller de Lehman Brothers en Europe, pour sa « bonne gestion » de la crise financière en Espagne.

Rajoy assure que l’Espagne n’est plus malade

Comparée à 2012, lorsque l’Espagne était au bord d’un sauvetage financier total (finalement limité à un renflouement partiel de son système bancaire), la situation a complètement changé.

« L’Espagne n’est plus le malade de l’Europe », a déclaré Mariano Rajoy, tout en rappelant à Bruxelles que l’économie ibérique pourrait passer au-dessus des 3 % de croissance cette année. Un argument qui joue en sa faveur pour les élections générales qui auront lieu cet automne. Mariano Rajoy mise aussi sur la peur d’un « scénario grec » pour l’Espagne si les conservateurs perdent face aux socialistes (PSOE) et au parti anti-austérité de gauche, Podemos, que Mariano Rajoy qualifie de « clone de Syriza ».

>> Lire : Podemos lorgne le « style Tsipras »

La défaite de Luis de Guindos ne représente pas seulement un coup sévère à la représentation ibérique dans les institutions de l’Union européenne, mais également aux efforts de Mariano Rajoy pour essayer de renforcer la présence de l’Espagne dans des grandes institutions internationales, à l’exception du siège non permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, actuellement détenu par Madrid.

Échec de la stratégie de Mariano Rajoy

Depuis que le pays a rejoint la CEE en 1986, c’est la première fois que l’Espagne n’a pas de haut représentant dans les institutions européennes.  Une triste nouvelle pour la quatrième plus grande économie de la zone euro et le cinquième pays le plus peuplé de l’UE, surtout depuis que Manuel González-Páramo, membre de l’administration de la BCE, a quitté son poste en 2012.

Actuellement, le seul poids lourd espagnol à Bruxelles est Miguel Arias Cañete, commissaire en charge de l’énergie, un portefeuille important, mais qui n’est pas non plus le plus influent au sein de l’exécutif. L’Espagne avait accepté cela car Mariano Rajoy avait pour objectif de placer Luis de Guindos à la tête de l’Eurogroupe, une stratégie qui s’est soldée par un échec pour Madrid.

Le gouvernement rejette la faute sur les socialistes et la Grèce

Selon El Mundo, journal de droite, des sources proches du gouvernement ont reproché aux socialistes de ne pas avoir soutenu Luis de Guindos dans une sorte de stratégie « antipatriotique ». « Ils n’ont montré aucune volonté de coopérer à ce sujet », ont indiqué les sources.

Luis de Guindos a lui-même suggéré que Mariano Rajoy ne s’était pas assez battu pour lui : « je suis convaincu que dans la vie, il faut toujours se battre davantage », a-t-il insisté. « L’Espagne mérite d’être plus représentée » dans l’UE, a-t-il regretté.

Selon la chaine de télé RTVE, le gouvernement espagnol aurait blâmé la Grèce pour l’échec de Luis de Guindos. Même Euclidis Tsakalotos, le nouveau ministre des Finances grec, a voté pour Jeroen Dijsselbloem, l’homme qui a dirigé les difficiles négociations avec Athènes pour la troïka.