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25/09/2016

L’UE et Rome s’accordent sur les créances douteuses italiennes

Euro & Finances

L’UE et Rome s’accordent sur les créances douteuses italiennes

Matteo Renzi. European Parliament, Wednesday (2 July). [EurActiv]

Après plus d’un an de négociations, Rome et l’Union européenne sont parvenus à un accord pour aider les banques italiennes à faire face à leurs créances douteuses qui les fragilisent et freinent la reprise en Italie.

Une bonne nouvelle pour un secteur qui alimentait les inquiétudes et dont les actions s’étaient effondrées en début de semaine dernière à la Bourse de Milan.

A l’issue d’un marathon de près de cinq heures de discussions à Bruxelles, le ministre italien des Finances Pier Carlo Padoan a annoncé mardi 26 janvier à des journalistes qu’un accord avait « été trouvé sur un mécanisme de garantie pour les crédits en souffrance ».

Pas de « Bad bank »

Les créances douteuses en Italie s’élèvent à quelque 200 milliards d’euros –leur plus haut niveau depuis 20 ans– et sont considérées comme un frein à la reprise économique, car elles empêchent les banques de faire des prêts aux entreprises ou aux familles.

« Je salue l’accord auquel nous sommes parvenus aujourd’hui avec le ministre Padoan sur les termes de la mise en place d’un mécanisme de garantie pour aider les banques italiennes à faire face à leurs créances douteuses », s’est félicitée dans un communiqué la commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager.

>>Lire : L’UE peine à calmer la panique qui se saisit des banques italiennes

« Les garanties (publiques pour aider les banques à se débarrasser de ces crédits) seront établies au prix du marché et ne constituent donc pas une aide d’État », qui serait illégale en vertu des règles européennes de la concurrence, a-t-elle souligné.

Le gouvernement italien avait dû auparavant renoncer à son projet de grande « bad bank » –une structure de défaisance chargée de récupérer une partie des crédits en souffrance, afin d’apurer les bilans des banques italiennes– qui aurait été incompatible avec les règles européennes sur les aides d’État.

Selon la Commission européenne, les créances douteuses ne seront pas transférées dans une seule et unique « bad bank », mais dans « des entités séparées et gérées individuellement ».

Relations tendues

Et les banques italiennes seront assistées « dans le processus de mise en sécurité et de transfert des crédits détériorés », actuellement comptabilisés dans leurs bilans, vers ces entités, a-t-elle indiqué dans son communiqué.

Et de préciser qu’elle contrôlera la réalisation de ce schéma pour s’assurer qu’elle ne contient pas d’aide d’État.

La Commission continue par ailleurs de travailler avec l’État italien sur ce thème pour l’aider à trouver un mode de gestion « durable » des crédits en souffrance.

Selon Mme Vestager, cet accord « devrait contribuer à améliorer la capacité des banques à prêter et stimuler la croissance économique (…) avec d’autres réformes entreprises et planifiées par les autorités italiennes »

>>Lire : Premiers pas d’un fonds privé pour renflouer les banques

Ce week-end, M. Padoan avait jugé que la résolution de la question des créances douteuses aurait « un impact significatif sur la croissance ». En 2015, le Produit intérieur brut (PIB) italien a progressé de 0,8% et Rome table sur une hausse de 1,5% en 2016.

L’accord trouvé mardi soir survient dans un contexte de relations tendues entre la Commission européenne et Rome, qui critique l’influence allemande sur l’Union européenne.

Le chef du gouvernement italien, Matteo Renzi, s’est à plusieurs reprises emporté contre l’UE, notamment à propos de la crise migratoire et de la flexibilité budgétaire.

>>Lire : L’affrontement entre Rome et Bruxelles s’envenime

M. Padoan a d’ailleurs rencontré le commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici, à Bruxelles avant de rencontrer Mme Vestager. Mais rien n’a filtré de cet entretien qui n’a duré qu’une trentaine de minutes.

Après avoir rendu un avis mitigé en novembre, la Commission européenne doit donner au printemps son verdict final sur le budget italien 2016 qui prévoit moins d’impôts et davantage de mesures de relance, et donc un creusement du déficit public à 2,4% du PIB.

Ce projet de budget est certes dans les clous européens, mais la Commission s’inquiète du possible déraillement du processus de désendettement, alors que la dette publique italienne est l’une des plus élevées d’Europe.