La Commission veut renforcer l’aide alimentaire et fournir des médicaments à la Grèce

Kristalina Georgieva [European Commission]

Kristalina Georgieva [Commission européenne]

La vice-présidente de la Commission européenne rappelle le rôle du budget européen, qui attribue 7 milliards d’euros à la Grèce chaque année.

La Commission européenne a beau ne pas être un des bailleurs de la Grèce, elle n’entend pas rester les bras ballants face à la crise grecque. Au-delà de l’implication directe du président Juncker, en ligne directe avec le Premier ministre grec, et des commissaires aux affaires économiques, Pierre Moscovici et Valdis Dombrovskis, toute l’équipe tente de se mobiliser.

De passage à Paris jeudi 9 juillet, la vice-présidente de la Commission en charge du budget, Kristalina Gorgieva, a souligné que l’UE dans son ensemble avait investi 400 milliards d’euros en Grèce depuis 2010, dont 184 milliards sous forme d’aide financière, et 100 milliards en provenance du secteur privé. Mais le budget européen a aussi contribué, à hauteur de 41 milliards d’euros. « C’est un investissement substantiel, celà représente 36.000 euros par personne, et nous sommes bien conscients qu’il n’a pas porté de fruits en terme de croissance. Désormais nous allons concentrer notre soutien sur quelques priorités, comme les investissements directs dans les PME par exemple, ou la jeunesse » assure la commissaire.

La Grèce bon payeur – pour le budget de l’UE

En tant que contributrice au budget de l’UE, la Grèce a en revanche toujours été très bon payeur. « Y compris le 1er juillet dernier, la Grèce a fait un paiement de 57 millions d’euros à l’UE » précise Kristalina Georgieva. La Grèce contribue à hauteur de 145 millions d’euros par mois au budget européen.

Un élément que le gouvernement grec aura à l’esprit lors des négociations de ce week-end : sur ces 5 dernières années, le pays a contribué à hauteur de 2,2 milliards d’euros par an au budget de l’UE, mais a touché environ trois fois plus, soit 7 milliards par an de financements divers (agricultures, fonds structurels). « Ces financements continueront quoiqu’il arrive. Mais nous avons aussi besoin de mettre en place des filets de sécurité pour que la situation sociale n’empire pas » assure la vice-présidente.

>>Lire : L’austérité a fragilisé de nombreux droits fondameutaux en UE

Filets de sécurité

Alors que Martin Schulz et Pierre Moscovici ont déjà évoqué l’hypothèse d’une aide humanitaire à la Grèce, la vice-présidente récuse ce vocabulaire. « Ce qui est sûr, ce que nous sommes en train de mettre en place un programme de soutien d’urgence. Nous allons nous assurer que les médicaments sont disponibles, et renforcer le programme de distribution de nourriture » précise Kristalina Gorgieva.

>> Lire : En Grèce, le taux de mortalité des nouveau-nés grimpe en flèche

La vice-présidente cite l’exemple de la crise bancaire bulgare de 1996, qui avait entraîné une subite pénurie alimentaire, la fermeture des banques ayant interrompu la logistique et incité à stocker des provisions. « Il risque d’y avoir des problèmes d’approvisionnement en produits de première nécessité, et nous y ferons face » assure la vice-présidente.

Les banques grecques sont fermées depuis le 29 juin, et doivent encore rester fermer jusqu’au lundi 13 juillet, au moins. Le programme de distribution alimentaire pour les plus démunis est doté de 790 millions d’euros pour l’année en cours, et dispose de marge de manœuvre pour des opérations d’urgence.

>>Lire : Bruxelles réfléchit à débloquer une aide humanitaire pour la Grèce

Un tiers des financements européens en « pré-financement »

La Commission songe également à moduler les financements qu’elle apporte à la Grèce. En théorie, seulement 1,5 % des montants sont accessibles en pré-financement, c’est-à-dire en année zéro. Mais dans le cas de la Grèce, notamment pour les projets concernant la jeunesse, « nous allons rendre 30 % des montants disponibles en pré-financement » assure la vice-présidente. Sur la période 2014-2020, 16 milliards d’euros sur une enveloppe de 36 milliards destinée à la Grèce a déjà été allouée.

« La Grèce va aussi bénéficier du plan Juncker, elle est un des pays à souffrir le plus du retard d’investissement » a ajouté la vice-présidente, soulignant que l’UE dispose de beaucoup de liquidités.

Contexte

Dimanche 5 juillet, la majorité des Grecs ont voté pour le « Non » au référendum sur les propositions de réformes des créanciers du pays. Le 7 juillet, un sommet de la zone euro se penchera sur les conséquences du vote.

À Athènes, des milliers de Grecs euphoriques ont envahi la place Syntagma, sous les drapeaux et feux d'artifice, à l'annonce des résultats : 61 % des électeurs avaient rejeté l'accord proposé le 26 juin.

>> Lire : Le « non » grec au référendum ébranle l'Europe