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01/10/2016

La nouvelle Commission remet en cause les prévisions budgétaires de la France

Euro & Finances

La nouvelle Commission remet en cause les prévisions budgétaires de la France

Les commissaires finlandais et français à Bruxelles, le 4 novembre © Commission européenne

Pierre Moscovici et Jyrki Katainen ont fait état d’une situation macroéconomique dégradée en Europe. Ils prévoient pour la France un tableau nettement plus sombre que celui de Bercy. Dont la palme de l’endettement européen, pour 2016.

« Les circonstances économiques ne sont pas exceptionnelles » : c’est dans cette courte phrase que les nouveaux commissaires Jyrki Katainen et Pierre Moscovici ont rappelé à l’ordre les pays les moins vertueux de l’UE , lors de la présentation des prévisions économiques d’automne de la Commission. Cela signifie en effet que les contraintes du 6-pack et du 2-pack, les deux paquets législatifs décrivant le cadre budgétaire des pays de la zone euro, s’appliqueront pleinement, et que la clémence n’est pas à l’ordre du jour pour l’avis pays par pays attendu en novembre sur les budgets 2015.

>>Lire : Le dérapage du déficit français brise la promesse faite à Bruxelles

Et ce malgré des prévisions globalement pessimistes : l’exécutif bruxellois a revu à la baisse la plupart des indicateurs, soit la croissance et l’inflation, mais pas le chômage : tous les voyants sont un peu plus au rouge.  Et les responsables sont désignées par les chiffres : la dégradation de la situation en France et en Italie explique l’essentiel de la dégradation de la situation.

>>Lire  : La zone euro, boulet de l’économie mondiale selon l’OFCE

L’exécutif prévoit une croissance de seulement 0,8% pour 2014 dans l’UE, de 1,1% l’année prochaine. Il faudra atteindre 2016 pour que la croissance accélère à 1,7%, un rythme que l’on attendait pour 2015 il y a tout juste 6 mois.

Ce qui a des conséquences sur les prévisions françaises : la croissance y est attendue à 0,7 % en 2015 pour un déficit qui devrait atteindre 4,4 % du PIB, puis 4,7 % en 2016, soit le niveau le plus élevé de la zone euro. Pour Bercy, la croissance 2015 devrait atteindre 1 %.

Les derniers ajustements du budget français n’ont pas été pris en compte

Si les statistiques de la Commission décrédibilisent celles de la France, présentées fin septembre ce n’est pas seulement que Bruxelles n’accorde aucun crédit au scénario français. C’est aussi que les dernières réductions de dépense du budget français pour 2015 n’ont pas été prises en compte. « Ce qui nous laisse une petite marge de manœuvre pour échanger avec Bruxelles et obtenir un délai dans la réduction du déficit » estime-t-on du côté français.

Un plan d’économie supplémentaire de 3,6 milliards d’euros a été annoncé la semaine dernière, in extremis.

>>Lire : La France et l’Italie modifient leur budget pour amadouer Bruxelles

Ce que le secrétaire d’État au budget, Christian Eckert, a également souligné hier à l’AFP.

« La Commission de Bruxelles parle de 2016 et 2017 sans connaître les mesures qui ne sont pas encore votées dans la loi de finances 2015, et encore moins dans celle de 2016. Je pense qu’il faut beaucoup de prudence et d’humilité par rapport aux prévisions ».

Des précautions qui avaient aussi été prises par Jyrki Katainen lui-même, lors de la présentation des statistiques mardi matin.

« Personne ne sait exactement quelle confiance accorder à ces projections ! Mais nous les avons fait à partir des meilleures statistiques disponibles » a assuré le vice-président de la Commission en charge de la croissance, du travail et de l’investissement. Il a aussi insisté sur le fait que c’était aux États membres de faire mentir ces prévisions, et que si des réformes étaient entreprises les résultats seraient différents.

 

Réactions

« L'Europe fait des prévisions, elle doit aussi faire des choix », a déclaré le président français François Hollande lors d’une conférence de presse au Canada, mardi.  « Ce ne sont pas les prévisions qui doivent changer nos politiques, ce sont nos politiques qui doivent changer les prévisions », a-t-il ajouté.

Dans ce contexte de moindre croissance en Europe comme le prévoit la Commission, « la politique budgétaire doit être assouplie par rapport à cet objectif de croissance tout en faisant le choix nécessaire en matière de discipline, de sérieux budgétaire », a lancé M. Hollande.

 

Contexte

Le déficit de la France est en train de devenir le problème numéro un de la zone euro. Alors que plusieurs pays se sont serrés la ceinture en supprimant des postes de fonctionnaires à la pelle et en réduisant les salaires, la France n'a rien fait de tout ça. Et continue d'afficher un déficit public très élevé, d'autant que l'absence de croissance pénalise les recettes fiscales.