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19/01/2017

La pauvreté progresse dans les rues d’Athènes

Euro & Finances

La pauvreté progresse dans les rues d’Athènes

Les sans abris sont de plus en plus nombreux en Grèce.

[ linmtheu/Flick]

Chômage et austérité ont fait grimper le nombre de SDF en Grèce, où les services publics sont à la dérive.

 « La Grèce ne mourra jamais. Mais les Grecs, eux, meurent, c’est comme ça ». Andreas, à la rue depuis six mois à Athènes, est victime comme beaucoup d’une crise qui a fait doubler le nombre de personnes menacées de pauvreté.

Aux côtés de Michalis, un autre sans domicile fixe, il tue le temps dans un square d’Athènes. Au-dessus du banc qu’ils partagent, à côté d’une église orthodoxe, un drapeau grec claque au vent. Derrière eux, la librairie « Les temps modernes » a baissé le rideau.

« Que vous dire de la situation ? », demande, fataliste, cet ancien ouvrier en bâtiment de 45 ans, qui a perdu son travail avant que le secteur du BTP ne s’effondre.

« Pas de maison, pas de salle de bains, pas de vie », résume Michalis, dans un mélange d’anglais et de grec. Ce barbu au doux sourire couche dehors depuis trois ans.

>> Lire : La Grèce ne peut pas faire face à plus d’austérité, selon un expert de l’ONU

D’un sac à dos, il sort ses quelques possessions. Un livre du poète Giorgos Seferis, premier prix Nobel de littérature de la Grèce en 1963, et porte-voix de la résistance à la dictature des colonels; et un bout de papier sur lequel Michalis griffonne au stylo rouge ses propres pensées, sous ce titre: « Solitude ».

Depuis que la crise grecque a éclaté en 2010, et que les plans de rigueur se sont succédés, les salaires et les retraites ont fortement baissé. Le chômage, lui, a flambé, touchant plus d’un quart de la population active, et la moitié des jeunes.

Souvent la solidarité familiale prend le relais, mais Andreas et Michalis, se passant un joint sur leur banc, disent ne pouvoir compter que sur eux-mêmes, et sur les initiatives de solidarité qui se multiplient, de la part des églises, des entreprises, des associations et de simples particuliers.

Comme cette soupe populaire du quartier de Monastiraki : sous l’Acropole, un petit groupe de bénévoles, dont des sans-abri, prépare une énorme marmite de spaghetti.

Depuis quatre ans, ils offrent des repas chauds, mais aussi de la compagnie et un brin d’espoir.

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Dimitris Fouraski, 50 ans, a passé trois ans à la rue après avoir perdu son emploi dans une fabrique de pneus. Mais il a désormais trouvé à se loger dans un immeuble vacant, et veut croire à l’avenir.

Lacunes des services publics

« Je crois en Dieu mais je n’attends rien de lui », dit-il. Il veut aussi croire au jeune Premier ministre de gauche radicale Alexis Tsipras, qui vient de faire passer au Parlement une dure série de réformes, condition préalable à une nouvelle aide européenne à la Grèce.

Pour Yiannis Kondogiannakis, de l’ONG Praksis, ces nouvelles mesures de rigueur risquent de rendre la situation des plus démunis « encore plus difficile ».

« Nous avons de grandes lacunes dans les services publics de base », explique M. Kondogiannakis, qui dirige un centre d’accueil de jour offrant nourriture, aide médicale, laverie et douche.

Son centre accueille désormais jusqu’à 130 personnes par jour. Et là où auparavant il venait en aide surtout à des migrants, M. Kondogiannakis estime que désormais entre 40 et 50 % des personnes qu’il accueille sont des Grecs.

Un peu plus loin dans le centre d’Athènes, Foteini Kyzouli montre ce qu’elle a reçu d’un centre géré par la municipalité et l’église orthodoxe: deux portions de petits pois, des pommes de terre et du pain.

Cette femme de 62 ans, qui il n’y a pas si longtemps distribuait dans la rue des prospectus indiquant aux plus démunis où trouver de l’aide, n’imaginait pas se retrouver dans cette situation.

« Je vivais dans cette illusion que la crise ne me toucherait pas », dit-elle.

Sur leur banc, Andreas et Michalis se sont lancés dans une vive discussion politique, s’indignant contre un monde où « l’argent est dieu », contre une économie « fasciste ». Avant, rattrapés par la réalité, de se mettre en quête d’un repas chaud.

« Nous n’avons pas touché le fond de la crise. Nous sommes toujours en chute libre. Où cela finira-t-il ? », se demande Andreas.

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