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21/01/2017

La zone euro s’accorde pour éviter le Grexit

Euro & Finances

La zone euro s’accorde pour éviter le Grexit

François Hollande et Alexis Tsipras

[Présidence française]

Après plus de 17 heures de discussions, les dirigeants des 19 pays de la zone euro sont parvenus à un accord sur la Grèce, ouvrant la voie à un troisième plan d’aide de 80 milliards d’euros. 

Après dix-sept heures de négociations ardues, les dirigeants de la zone euro ont conclu lundi matin un accord « unanime » pour négocier un troisième plan d’aide à la Grèce et éviter in extremis une sortie du pays de l’union monétaire.

« Le sommet de la zone euro a trouvé un accord à l’unanimité. Sommes tous prêts pour un programme d’aide pour la Grèce via le Mécanisme européen de stabilité(MES), avec des réformes sérieuses et un soutien financier », a indiqué le président du Conseil européen, Donald Tusk sur Twitter. 

Ce nouveau programme d’aide s’élèvera à 80 milliards d’euros, et prévoit également que le fonds de garantie des privatisations soit basé en Grèce et non pas au Luxembourg, comme initialement proposé par l’Allemagne.

« L’accord a été laborieux», a reconnu le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker. « Il s’agit d’un compromis » a-t-il défendu, affirmant qu’il n’y avait pas de « perdants ».  « C’est un accord classique européen », a-t-il martelé.Jeroen Djsselbloem, président de l’Eurogroupe s’est pour sa part félicité d’un « accord extrêmement concret sur certaines questions comme le marché du travail ».

?>> Lire notre couverture en direct : une solution pour la Grèce ?

L’accord doit maintenant être ratifié par l’ensemble des parlements de la zone euro. En France, un vote sera organisé mercredi 15 juillet à l’Assemblée nationale. 

Négociations marathon

Toute la nuit, les chefs d’État et de gouvernement des 19 pays de la zone euro avaient poursuivi leurs laborieuses tractations pour tenter de boucler un compromis permettant de maintenir la Grèce dans l’euro, à l’approche d’une réunion cruciale de la Banque centrale européenne.

À l’aube, un compromis s’était dessiné, soumis aux 19 dirigeants, sur la liste des exigences réclamées à Athènes pour renouer le dialogue en vue d’un renflouement du pays. Celui-ci n’était cependant pas suffisant pour que le gouvernement grec de gauche radicale cède, alors que des milliers de tweets l’appelaient – sous le hashtag #Thisisacoup (« C’est un coup d’État ») – à résister aux diktats des créanciers du pays.    

Le gouvernement d’Alexis Tsipras aura à présent fort à faire pour amadouer son opinion publique, à laquelle il avait promis de rompre avec l’austérité. Or, les réformes à présent réclamées par les créanciers de la Grèce, hautement impopulaires, sont encore plus sévères que celles qui ont été rejetées massivement par 61% des électeurs lors du référendum du 5 juillet. Pour se garder une marge de manœuvre, Alexis Tsipras a dû se rapprocher de l’opposition, au prix de dissensions internes à son parti Syriza, ce qui laisse craindre une nouvelle crise politique.

Pourparlers

Le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, la chancelière allemande, Angela Merkel, le président français, François Hollande, et le président du Conseil, Donald Tusk, étaient parvenus à une proposition en coulisse des discussions, qui ont été interrompues à plusieurs reprises pour permettre aux États de se consulter en groupes plus restreints.

« Il y a un accord à quatre, qui sera maintenant présenté aux 19 », expliquait une source, sous couvert de l’anonymat. Preben Aamann, le porte-parole de Donald Tusk, avait quant à lui annoncé sur Twitter que le président du Conseil avait rouvert le sommet à 19 après une interruption de plusieurs heures, « avec une proposition de compromis », sans donner davantage de précisions.

Pierres d’achoppement des négociations : le rôle du FMI et la privatisation

Un fonctionnaire du gouvernement grec estimait ce matin qu’il existait encore des problèmes à résoudre dans cette proposition de réformes qu’Athènes accepterait en échange de ce troisième plan de sauvetage financier depuis 2010.

« Il n’y a pas encore d’accord parce que deux question restent en suspens : le rôle du FMI et le fonds luxembourgeois de 50 milliards d’euros », jugeait-il.

Les propositions de la zone euro insistaient sur le rôle que devrait avoir le Fonds monétaire international (FMI) dans tout renflouement et le transfert vers un fonds au Luxembourg de 50 milliards d’euros d’actifs grecs pour leur privatisation.

« Pour le reste, on a un accord, mais pas un accord convaincu. Avec un fusil sur la tempe, tout le monde accepterait cet accord », continuait ce matin la source gouvernementale, sous couvert de l’anonymat.

« Catalogue d’atrocités »

Le texte débattu par les 19 chefs d’Etat et de gouvernement était une version améliorée d’un document produit par leurs ministres des Finances respectifs.

La réunion de l’Eurogroupe des ministres des Finances s’est terminée juste avant le début du sommet de la zone euro, avec un document de quatre pages qualifié de « catalogue d’atrocités » par Der Spiegel.

La session de l’Eurogroupe, qui a duré neuf heures et durant laquelle les ministres ont échangé coups bas et insultes, a quant à elle été décrite de « folle », et d’« infantile ».

Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a notamment échangé des propos très durs avec Mario Draghi, le patron de la Banque centrale européenne. « Je ne suis pas stupide ! », lui aurait-il notamment rappelé.

« C’était fou, une vraie scène de bac à sable », selon une source qui décrit les neuf heures de négociations samedi entre des ministres fourbus qui assistaient à leur sixième réunion d’urgence de l’Eurogroupe en trois semaines. « Les sentiments négatifs ont tout à fait pris le dessus. »

Wolfgang Schäuble et d’autres ont défendu le Grexit, explique un participant, alors que Mario Draghi était « le meilleur Européen » présent, celui qui s’est le plus opposé à l’expérience risquée que constituerait une sortie de la zone euro pour la Grèce.

Un Grexit temporaire écarté

Après des moins d’énervement avec leur ancien homologue grec, certains ministres s’impatientaient cette nuit de l’attitude de Wolfganf Schäuble : « Il a pris la place de Varoufakis », s’est irrité une source très proche des négociations. Yanis Varoufakis a démissionné de son poste de ministre des Finances grec le 6 juillet, suite aux pressions de l’Eurogroupe.

Le « catalogue d’atrocités » de quatre pages incluait la possibilité d’une sortie temporaire de la Grèce de la zone euro en cas de non accord. Cette éventualité a été vigoureusement écartée par le président français, François Hollande.

Le document stipulait également que l’équivalent de 50 milliards d’euros d’actifs grecs « seront transférés à un fonds indépendant existant, comme l’institution pour la croissance, au Luxembourg, afin d’être privatisés et de réduire la dette ».

Parmi les mesures de ce « compromis », on trouve aussi le retour à Athènes des représentants de la troïka, expulsés par le gouvernement d’Alexis Tsipras, et la nécessité pour la Grèce d’obtenir l’approbation des créanciers avant toute législation influençant les secteurs touchés par le renflouement et l’austérité.

Le document, qui a été transmis à des journalistes, a été publié par des journaux en Grèce et dans d’autres pays européens, provoquant une violente indignation.

Les unes des journaux et magazines européens sont éloquentes après ce difficile week-end. « L’Europe se venge de Tsipras », titrait le Guardian britannique, alors que Libération se demandait « À quoi joue l’Allemagne ? »

La proposition d’accord a engendré des réactions furieuses à Athènes et sur les médias sociaux du monde entier.

Les Grecs descendent dans la rue

Les manifestants sont descendus dans les rues d’Athènes et le compte Twitter d’Alexis Tsipras a été bombardé de messages l’exhortant à quitter les négociations.

Au même moment, le deuxième hashtag le plus utilisé dans le monde est devenu #ThisIsACoup (« C’est un coup d’État ») – et même premier en Grèce et en Allemagne.

Cette mention a été ajoutée à des dizaines de milliers de commentaires furieux dénonçant les propositions de réformes de l’administration publique grecque et d’exigences imposées par l’UE, et soufflées par l’Allemagne. Selon l’une des demandes européennes, Athènes devrait ainsi voter dans les jours à venir une loi augmentant les impôts et réduisant les retraites.

Des troubles politiques pourraient naitre en Grèce, où la rébellion de certains députés Syriza affaiblit le gouvernement d’Alexis Tsipras.

Lors du vote qui s’est déroulé à la Vouli dans la nuit de vendredi à samedi, 17 des 149 députés du parti ont en effet refusé de soutenir la proposition d’accord qui a permis au Premier ministre de rouvrir les négociations avec l’UE en vue d’un programme de sauvetage en échange de mesures d’austérité.

De plus, 15 parlementaires Syriza qui ont voté pour la proposition d’Alexis Tsipras samedi lui ont depuis envoyé une lettre expliquant qu’il ne devrait pas compter sur eux pour approuver toute mesure supplémentaire exigée par les créanciers du pays.