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06/12/2016

Le comité d’experts sur les Panama papers divisés

Euro & Finances

Le comité d’experts sur les Panama papers divisés

Joseph Stiglitz

[UNIDO/Flickr]

Le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz et l’expert anti-corruption suisse Mark Pieth ont quitté le comité d’experts créé après le scandale des Panama papers en raison de divergences de vues sur la transparence de leur travail.

« Nous croyons qu’il est essentiel que nos conclusions soient rendues publiques et que les membres du Comité soient autorisés à en discuter librement », expliquent l’Américain Joseph Stiglitz et le Suisse Mark Pieth, après avoir reçu fin juillet une lettre du gouvernement panaméen leur indiquant que seul le président du Panama pouvait décider de publier ou non ces conclusions. Les deux experts ont démissionné vendredi.

Joseph Stiglitz, professeur à l’Université Columbia de New York qui a remporté le prix Nobel en 2001, a déclaré à l’AFP qu’il était était « choqué » et « très déçu » de la situation. Les deux experts étaient « très réticents » à l’idée de démissionner, a-t-il révélé.

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« Lors de notre première réunion, nous avons fait comprendre clairement que nous ne pourrions pas accomplir ce travail à moins qu’il n’y ait un engagement du gouvernement à rendre notre rapport public, et il a refusé de prendre cet engagement », a-t-il dit. « Nous étions vraiment choqués. Comment voulez-vous avoir un comité sur la transparence qui lui-même ne soit pas transparent. »

Dans leur communiqué, les deux spécialistes ont estimé que les restrictions sur la définition du champ de leur travail, la possibilité de s’exprimer librement et les garanties que le rapport serait publié « s’apparentaient à de la censure ». Selon eux, le comité devrait se dissoudre.

Le comité était composé de sept membres, trois étrangers, Joseph Stiglitz, Mark Pieth et un Costaricain, et quatre Panaméens. Il avait été mis sur pied par le Panama pour réaliser un audit de son système financier notoirement opaque et lui permettre de s’adapter aux standards de l’OCDE. Le comité était censé rendre un rapport à la fin de l’année.

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« La pression du monde des affaires »

Les Panama papers, publiés en avril rassemblent plus de 11,5 millions de documents du cabinet d’avocats panaméen Mossack Fonseca, révélant les détails financiers de nombreux comptes offshore ouverts au Panama et susceptibles d’être utilisés pour échapper au fisc.

Lors de la première réunion du comité à New York début juin, la nécessité d’un engagement du gouvernement panaméen à publier les résultats du rapport faisait consensus, ont dit Joseph Stiglitz et Mark Pieth. Mais la semaine dernière, ces derniers ont reçu une lettre du gouvernement revenant sur cette promesse.

Dans un entretien avec le journal suisse SonntagsZeitung, Mark Pieth, qui est professeur de droit à l’Université de Bâle, qualifie cette lettre d’« assez grossière ».

Avec Joseph Stiglitz, il se refuse à rédiger des « rapports secrets ». La transparence est la première règle pour une place financière propre, a ajouté Mark Pieth.

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« Nous avons eu un problème avec le gouvernement du Panama, pas avec les autres membres du groupe », a expliqué le professeur, regrettant le manque d’engagement des autorités panaméennes en faveur de plus de transparence. « Le gouvernement fait des promesses, mais elles ne sont pas suivies d’effets, il n’y a pas de mise en œuvre ».

« Le gouvernement du Panama subit la pression du monde des affaires, il est en train de reculer », a-t-il encore regretté.

Le comité devait évaluer les pratiques en cours dans le système financier panaméen et proposer des mesures pour renforcer la transparence et la lutte contre la fraude fiscale et le blanchiment d’argent.

Panama a demandé le mois dernier à l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) son rattachement à la convention multilatérale sur l’échange d’information fiscale.