EurActiv.fr

Actualités & débats européens dans votre langue

24/07/2016

Le financement du plan Juncker pose question

Euro & Finances

Le financement du plan Juncker pose question

EIB building.jpg

Le plan Juncker suscite des questions sur son architecture et son financement. Mais le monde de la finance attend avec impatience ces « project bonds sous stéroïdes ».

Appelé de ses vœux par la France de longue date, le plan d’investissement que l’UE est en train de mettre en place n’est qu’une pâle image des projets initiaux de l’Hexagone. La France souhaitait 1200 milliards sur 4 ans, le plan actuel représente 315 milliards sur 3 ans. Un montant déjà arraché de haute lutte aux partisans de la rigueur monétaire, dont le principe se retrouve dans l’architecture du dispositif. En effet, pour l’heure, seulement 2 milliards de fonds publics y sont consacrés, en provenance du budget européen.

6 milliards prélevés sur des programmes en cours

Au total, l’UE prévoit de verser 8 milliards d’euros, mais sur cette somme, 6 milliards d’euros étaient déjà budgetisés pour abonder le programme de soutien à la recherche Horizon 2020, ainsi que le mécanisme d’interconnexion européen (MIE), consacré aux transports et aux réseaux européens. Un montant sous forme de garantie, et qui comptera double (16 ) en raison de la qualité de la signature. La BEI doit de son côté apporter 5 milliards, pour un fonds de départ de 5+16, soit 21 milliards d’euros. A partir de là, le programme d’investissement de la Commission Juncker parie sur un effet « démultiplicateur » de 15.

>>Lire aussi : Le plan Juncker arrivera-t-il à générer suffisamment de liquidités ?

Un coup de poker qui s’inspire aussi de l’idée qu’un investissement privé sera économiquement plus efficace qu’un investissement public. La rentabilité étant a priori plus probable, les investissements potentiels seront plus importants.

Le schéma du plan Juncker proposé par la Commission européenneLe schéma du plan Juncker proposé par la Commission européenne

Risque de déshabiller Paul pour habiller Jacques

Mais les parties prenantes ne sont pas dupes : ce nouveau mécanisme se fera à budget constant. Ce qui suppose nécessairement de déshabiller Paul pour habiller Jacques. C’est ce que montre l’exemple du Canal Seine-Nord Europe, un des principaux projets d’infrastructure du moment, dont le financement nécessite 4,5 milliards d’euros. L’UE s’est engagée à y contribuer à hauteur de 60 %, par le biais du Mécanisme pour l’interconnexion en Europe. Or ce dernier va justement être allégé d’une partie de ses fonds par le plan Juncker, soit -3,3 milliards sur trois ans. Le mécanisme est doté d’un budget total de 23 milliards sur 5 ans.

Flou artistique

Le Canal Seine-Nord, qui fait partie des 5 priorités européennes, à l’instar du train Lyon-Turin, pourrait conserver son budget. Mais rien n’est acquis et un flou artistique demeure. Ainsi, ces deux projets majeurs pour la France n’ont pas été insérés dans la liste des projets français candidats au plan Juncker, justement parce que la France souhaite qu’ils soient financés par le Mécanisme pour l’interconnexion en Europe. L’Italie a en revanche inscrit le Lyon-Turin dans sa propre liste….

Concrètement, « sur 4 ans, cela représente 16% de moins pour les projets transports européens et 790 millions d’euros dès 2015 » souligne la député européenne Karima Delli, qui regrette que « ce qui devait être un investissement est en réalité une nouvelle coupe dans un budget européen déjà réduit à peau de chagrin, selon la logique d’austérité qui guide encore la Commission ».

Les députés européens globalement favorables à la mise en place d’un plan d’investissement regrettent en revanche de ne pas avoir voix au chapitre. Logé au sein de la Banque Européenne d’Investissement, le nouveau Fonds d’investissement sera géré par un double conseil d’administration, d’une part des experts, et d’autres part des représentants des parties prenantes (BEI, Commission).

Interrogations sur la mise en place

Au-delà des questions encore sans réponse, le plan Juncker s’est aussi attiré des critiques quant à ses chances de succès. L’agence S&P souligne ainsi, au rang des risques, celui que le plan n’attire pas suffisamment de capital, et qu’il peine à convaincre que les investissements en infrastructures permettent de relancer la croissance. La liste à la Prévert de 2000 projets présentée jusqu’à maintenant n’aide pas : au total, les Etats ont mis sur la table pour 1300 milliards de propositions d’investissement sans hiérarchiser leurs priorités, à l’exception des Pays-Bas et du Royaume-Uni.

La plan Juncker, ou les « project bonds sous stéroïdes »

Une erreur qui peut aussi s’expliquer par la précipitation du plan, annoncé 3 semaines après la prise de fonction de la nouvelle Commission. Le programme est encore en devenir et les travaux associent désormais plus d’acteurs, y compris les collectivités locales comme les régions européennes qui devraient désormais être impliquées dans le processus, après ne pas l’avoir pas été au sein des « task forces » initiales mise en place en novembre entre BEI, Etats et Commission.

Sur le fond, l’appétit des investisseurs européens pour des investissements garantis semble avoir été démontré par les « project bonds » mis en place par la BEI, qui représentent un réel succès en terme de levée de fonds. Parmi les 5 premiers projects bonds mis en place, la France héberge notamment celui d’Axione infrastructures, premier project bond sur les infrastructures numériques, il porte sur l’installation du Très Haut Débit dans des zones cibles.

Les projets qui seront financés par le Fonds européen pour les investissements stratégiques qualifiés de « project bonds sous stéroïdes »  par un fonctionnaire européen, devraient rencontrer une demande encore plus importante de la part des investisseurs, ce qui permettrait de faire baisser leur coupon. Et d’assurer leur financement, selon des spécialistes du crédit.

Contexte

La Commission a dévoilé en novembre 2014 le mécanisme de son nouveau plan d'investissement de 315 milliards d'euros.

L'argent qui alimentera ce plan sera investi prioritairement dans les pays du sud de l'Europe, durement touchés par la crise, dans un mouvement de solidarité entre les États membres.

>> Lire : La Commission dévoile son plan d'investissement de 315 milliards d'euros

L'idée sur laquelle a travaillé l'équipe du vice-président de la Commission, Jyrki Katainen, est celle de créer un nouveau Fonds européen pour les investissements stratégiques à partir de 5 milliards d'euros de la Banque européenne d'investissement (BEI) et la garantie d'une contribution 8 milliards d'euros de fonds européens existants, contribution susceptible d'être élargie jusqu'à 16 milliards.

La garantie de 8 milliards d'euros sera injectée sur trois ans et proviendra du mécanisme pour l'interconnexion en Europe (3,3 milliards), du programme de recherche Horizon 2020 (2,7 milliards) et d'une « marge budgétaire », c'est-à-dire des fonds non utilisés (2 milliards).

Le fonds pour les investissements stratégiques, de 21 milliards d'euros au départ, devrait générer quelque 240 milliards en investissements à long terme et 75 milliards pour les PME et les sociétés de moyenne capitalisation sur deux ans, entre 2015 et 2017.

La question du manque de liquidité se pose cependant, et certains eurodéputés ont qualifié le plan de « recyclage et réétiquetage » de programmes existants.

>> Lire : Le plan d’investissement de Juncker arrivera-t-il à générer assez de liquidités ?

Plus d'information