Le gouvernement grec réquisitionne les fonds des organismes publics

Alexis Tsipras [matthew_tsimitak/Flickr]

Le gouvernement grec a indiqué avoir publié lundi un décret rendant obligatoire le transfert des réserves de fonds des organismes publics et autorités locales à la Banque centrale du pays pour faire face aux difficultés financières de l’État.

Avec cet acte, qui doit être validé en procédure d’urgence par le Parlement, le gouvernement souhaite couvrir « les besoins d’urgence de l’État, qui s’élèvent à trois milliards d’euros pour les 15 prochains jours », stipule le texte du décret.

Besoins « urgents »

Ces besoins « urgents » sont détaillés dans le même texte: « 1,1 milliard d’euros de salaires, 850 millions pour les caisses d’assurance sociale, 200 millions d’euros d’intérêts sur des emprunts et, le 12 mai, 746 millions à rembourser au FMI ».

Le gouvernement d’Alexis Tsipras avait lancé depuis le mois de mars un appel aux réserves financières des organismes publics sur la base du volontariat. Certains, comme l’organisme public de l’Emploi (OAED) et la région d’Athènes, avaient procédé au transfert de plusieurs dizaines de millions d’euros.

Cette opération devient désormais obligatoire pour tous, autorités locales comprises, et l’argent viré à la banque de Grèce « sur un compte spécial » pourra, « si besoin », être investi dans des titres repos. Les organismes de sécurité sociale ne sont pas concernés par cette obligation, précise le gouvernement.

Tant qu’ils restent sur le compte de la banque de Grèce, ces fonds sont rémunérés « à 2,5% contre 1% dans une banque commerciale », précise le gouvernement, ajoutant qu’ils restent à la disposition de leurs détenteurs à tout moment et sont garantis en cas de perte de capital.

Stagnation des négociations

Le précédent gouvernement droite-socialiste avait lui aussi eu recours aux fonds de certains organismes, sans imposer de transfert, pour se donner plus de marges financières dans la crise économique de longue durée que la Grèce traverse.

Le pays est à court d’argent en raison de la stagnation des négociations avec ses créanciers, UE et FMI, et du retard pris dans le paiement de la dernière tranche de 7,2 milliards d’euros des prêts.

>>Lire : La Grèce veut « un compromis honnête » avec ses créanciers

Le versement de cette tranche était prévu pour septembre 2014, mais les négociations peinaient à avancer avec la précédente majorité du conservateur Antonis Samaras et encore plus avec le nouveau gouvernement de la gauche radicale, au pouvoir depuis fin janvier, qui prône la fin de l’austérité.

Dans ce contexte, le taux de rendement des obligations grecques à dix ans s’est de nouveau tendu lundi à 13,332% en fin d’après-midi.

Depuis samedi, le « groupe de Bruxelles » composé de représentants de la Grèce et de ses créanciers internationaux s’est réuni à Paris pour faire le point sur l’avancée des négociations.

>>Lire : Le FMI se montre conciliant sur la crise grecque

« Les négociations qui vont continuer jusqu’à mardi avancent dans un bon climat » et « l’accord avec les créanciers dépend plutôt de la volonté politique », a affirmé lundi à l’AFP une source ministérielle grecque ayant requis l’anonymat.

Athènes espère toujours un accord lors de l’Euroworking group, la réunion des experts de la zone euro, prévue mercredi à Bruxelles.

Poul Thomsen, l’économiste du Fonds monétaire international (FMI) en charge de l’Europe, a estimé lundi dans un entretien au Handelsblatt, le quotidien allemand des affaires, que les négociations entre la Grèce et ses créanciers avaient connu récemment « un peu plus d’élan ».

Les discussions « sont plus intensives maintenant, on fera le point lors de l’Eurogroupe informel (réunion des ministres des Finances) » à Riga vendredi, a indiqué pour sa part Margaritis Schinas, porte-parole de la Commission européenne.

Il a assuré que l’UE travaillait constamment pour « arriver à un accord » avec Athènes.