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19/01/2017

Le manque d’inflation préoccupe la BCE

Euro & Finances

Le manque d’inflation préoccupe la BCE

BCE

L’institution historiquement gardienne de la stabilité des prix se penche aujourd’hui sur leur trop faible progression.

La BCE devrait ouvrir grand la porte jeudi à un soutien encore plus vigoureux à l’économie européenne, alors que l’inflation obstinément faible dans la région ravive les doutes quant à l’efficacité de son action et que la Chine inquiète.

Le président de l’institution monétaire, l’Italien Mario Draghi, va s’exprimer dans le cadre de sa conférence de presse régulière à partir de 12H30 GMT, à l’issue d’une réunion sur deux jours de son conseil des gouverneurs.

«Après toute l’excitation autour de la Grèce cet été, la BCE avait probablement espéré une réunion très ordinaire et calme cette semaine. Malheureusement, (…) les récentes turbulences sur les marchés et avant tout le plongeon des prix des matières premières risquent de relancer le débat sur les risques de déflation», souligne Carsten Brzeski, chef économiste chez ING.

«L’attention des marchés sera principalement focalisée sur deux sujets», renchérit Marco Valli, d’UniCredit: l’inflation, et «l’incertitude croissante concernant les implications pour la zone euro des développements en Chine».

Pour son confrère Howard Archer, du cabinet IHS, «la BCE devrait s’en tenir au statu quo ce jeudi», mais M. Draghi «va propablement insister sur le fait que la BCE est pleinement préparée à agir davantage si les prix à la consommation reculent à nouveau ou même si l’inflation échoue à se redresser à court terme».

>>Lire : La faiblesse de l’inflation menace les efforts d’économie de la France

La menace de déflation, spirale négative de baisse des prix et des salaires, avait déjà contraint la BCE à lancer début mars un vaste programme de rachats de dettes – principalement publique – de 60 milliards d’euros par mois. Ce «QE», acronyme anglo-saxon désignant l’opération, prévoit le rachat de 1.140 milliards d’euros de titres d’ici septembre 2016.

Malgré des début jugés encourageants, ce programme peine à relancer l’inflation. En août, les prix en zone euro ont enregistré une maigre progression de 0,2%, très loin de l’objectif des banquiers centraux d’un peu moins de 2%.

Celui-ci pourrait ne pas être atteint avant 2018, préviennent certains observateurs, alors que plusieurs facteurs se conjuguent pour freiner le redémarrage de l’inflation.

La baisse du prix du pétrole se poursuit, et les signes qui se multiplient d’un ralentissement économique en Chine chahutent les bourses asiatiques et mondiales et pèsent sur les prix des matières premières.

Pour ne rien arranger, la forte appréciation ces derniers mois du cours de l’euro, valeur refuge dans un contexte de turbulences boursières, menace d’affaiblir la compétitivité des exportateurs européens et d’entraver le redémarrage de l’inflation en zone euro.

– QE élargi? –» 

Ces inquiétudes devraient se refléter dans les prévisions actualisées d’inflation et de croissance jusqu’à 2017 que doit dévoiler jeudi la banque centrale. Les derniers pronostics publiés en juin, qui tablent sur une croissance du PIB à 1,9% et une inflation à 1,5% l’an prochain, «semblent désormais trop optimistes», précise Johannes Gareis, de Natixis.

Plusieurs banquiers centraux européens ont déjà signalé que l’institution se tenait prête à utiliser tous les moyens à sa disposition pour faire repartir les prix.

Pas question donc de réduire la voilure du QE. En cas de coup dur, la BCE pourrait même annoncer ces prochains mois un prolongement de ses rachats au-delà de 2016 ou encore en élargir le spectre et le montant mensuel.

«Nous ne nous réveillons pas chaque matin en regardant les indicateurs économiques pour décider d’arrêter ou d’étendre le QE. Nous avons une perspective de long terme», a toutefois déclaré récemment Benoît Coeuré, membre du directoire de la BCE.

Et d’ajouter: «Nous ne nous sentirions obligés d’agir que s’il y avait un changement fondamental dans la situation économique ou si la politique monétaire était fortement altérée par les développements sur les marchés».