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21/01/2017

Le Parlement européen veut mieux superviser le renflouement grec

Euro & Finances

Le Parlement européen veut mieux superviser le renflouement grec

Alexis Tsipras et Martin Schulz

[European Parliament]

Martin Schulz veut donner au Parlement une influence sur l’évaluation de l’accord de renflouement grec.

C’est Alexis Tsipras, le Premier ministre grec, qui a proposé d’impliquer le Parlement le 19 août. Sa demande a été discutée lors de la conférence des présidents, au début du mois de septembre. À l’heure actuelle, la « troïka » (Commission européenne, BCE et FMI) est responsable de l’évaluation de l’application de l’accord de renflouement à la Grèce, et donc des mesures d’austérité qui l’accompagne.

La proposition d’Alexis Tsipras, a reçu le soutien inconditionnel du S&D, le GUE/NGL, l’ALDE, les Verts et le président du Parlement européen, Martin Schulz. Le Parti populaire européen (PPE) et le groupe des Conservateurs et Réformistes européens (CRE) ont également fini par soutenir la proposition, malgré leur réticence initiale.

« Le président a reçu un mandat de la conférence des présidents pour déterminer, avec la Commission européenne, comment le Parlement européen pourrait être impliqué [dans l’accord de renflouement grec], afin d’améliorer le contrôle démocratique sur le programme », selon une source proche de Martin Schulz, qui a répondu aux questions d’EurActiv Grèce. La question est donc à l’examen, assure cette source.

« Le Parlement européen a toujours poussé pour un meilleur contrôle démocratique du système de gouvernance économique européen. La demande du Premier ministre Alexis Tsipras correspond à cette initiative », ajoute-t-elle.

L’Eurogroupe est illégitime

Dimitris Papadimoulis, un eurodéputé Syriza influent, a expliqué à EurActiv Grèce que l’application de cette proposition améliorerait énormément la transparence du processus de renflouement grec.

« [Jusqu’à] aujourd’hui, tout se décide dans des organes ou discussions à huit clos, comme l’Eurogroupe, qui n’ont ni légitimité institutionnelle ni responsabilité officielle », souligne-t-il.

Il y a quatre ans, au début de la crise de la dette, le Parlement a ouvert une enquête sur le rôle de la troïka dans la crise. L’initiative actuelle s’inscrit dans l’esprit de cette enquête, souligne Dimitris Papadimoulis.

>> Lire : L’enquête sur la troïka divise les eurodéputés

L’eurodéputé allemand Jo Leinen (SPD), président du mouvement européen international, a expliqué à EurActiv Grèce qu’il était impératif que le Parlement européen prenne entièrement part à la gouvernance de la zone euro, afin de pouvoir assister les États membres en difficulté.

« La méthode intergouvernementale a été autorisée à dominer [ce type de] décisions depuis bien trop longtemps. Quand des décisions technocratiques sont prises sans que le Parlement ait droit de regard, la légitimité du processus est remise en question. Notre mandat et notre devoir est de faire respecter le contrôle démocratique », ajoute-t-il.

À l’avenir, le Parlement devra être consulté lors de la signature d’accords de renflouement, et « les eurodéputés devront pouvoir examiner et, le cas échéant, rejeter des décisions qui affectent l’UE », estime-t-il.

Alexis Tsipras cherche des amis

Maria Spyraki, eurodéputée de Nouvelle Démocratie (PPE) a déclaré à EurActiv Grèce qu’elle trouvait positive l’implication du Parlement dans le programme de renflouement grec.

Elle a toutefois rappelé que l’institution qui devait se charger de l’évaluation du programme de renflouement était la Commission, et non pas le Parlement, puisqu’elle a le savoir-faire et le personnel pour cela.

« Les eurodéputés souhaitent être informés des développements concernant le sauvetage financier de la Grèce, discuter des rapports trimestriels et pouvoir soumettre des propositions au gouvernement grec et à ses créanciers internationaux », a-t-elle souligné.

Petro Fassoulas, secrétaire général du mouvement européen international, doute pour sa part des motivations d’Alexis Tsipras. Interrogé sur la décision de Tsipras, Petro Fassoulas pense qu’il a plus agi par intérêt personnel que par principe.

« Avec sa stratégie du bord de l’abîme ces derniers mois, il s’est retrouvé avec très peu d’amis à Bruxelles et voit le Parlement européen comme un allié potentiel. Le Parlement souhaite depuis longtemps être impliqué dans le programme de renflouement et le soutien d’Alexis Tsipras serait le bienvenu. »

Le Premier ministre grec veut donner à sa campagne anti-austérité une dimension européenne. Pour cela, il a besoin d’une plateforme institutionnelle, a ajouté Petro Fassoulas.

« Désormais, nous ouvrons nos oreilles »

« Désormais, Syriza est à l’écoute à Bruxelles », a déclaré l’eurodéputé Papadimoulis, soulignant que personne ne pouvait reprocher à Syriza d’avoir un plan pour revenir à la drachme.

Selon lui, l’objectif personnel d’Alexis Tsipras était d’élargir ses alliances en Europe « puisque nous avons des questions en suspens comme la dette publique ».

Comme un geste symbolique, Gianni Pittella, chef du S&D a été le premier responsable de l’UE que le Premier ministre grec a souhaité rencontrer avant le Conseil de l’UE cette semaine.

Après les élections anticipées, Gianni Pittella a déclaré a EurActiv Grèce que la décision d’Alexis Tsipras de former une nouvelle coalition avec le parti de droite, les Grecs indépendants, était une « erreur stratégique ».

>> Lire : La nouvelle coalition gouvernementale grecque agace les socialistes européens

Selon des sources du S&D, Alexis Tsipras et Gianni Pittella ont discuté du nouveau gouvernement dans « un contexte plutôt amical ». Malgré leurs différences, ils ont décidé de « renforcer leur coopération ». 

Réactions

« Lors de la conférence des présidents, j’ai demandé à Martin Schulz d’en parler à Jean-Claude Juncker. Les bases juridiques existent déjà. Ce n’est qu’une question de démocratisation des procédures. Nous pourrions ainsi l’emporter sur la troïka et devenir enfin l’institution européenne la plus représentative impliquée dans l’évaluation du programme de renflouement grec », a déclaré Gianni Pittella à EurActiv Grèce.

« Je pense que c’est une très bonne idée que le Parlement européen soit impliqué dans la surveillance des réformes grecques. L’ADLE est le groupe politique qui a proposé cela juste avant les vacances d’été. Nous sommes ravis que M. Tsipras ait accepté de coopérer », a déclaré le dirigeant de lADLE, Guy Verhofstadt.