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24/09/2016

Le plan Juncker fragilisé par le départ de son premier bénéficiaire

Euro & Finances

Le plan Juncker fragilisé par le départ de son premier bénéficiaire

Le plan Juncker doit financer la construction d'un ferme éolienne off shore au Royaume-Uni

Principal bénéficiaire et gros contributeur du plan Juncker, le Royaume-Uni devra renoncer aux investissements de l’UE. Des interrogations planent sur les investissements de long terme.

Après le vote sur le Brexit, l’UE va se pencher sur l’avenir du plan d’investissement européen au Royaume-Uni, qui en est le principal bénéficiaire, et un des gros contributeurs avec 6 milliards d’euros misés sur le programme.

Selon la Banque européenne d’investissement (BEI), l’utilisation des instruments tels que le fonds européens pour les investissements stratégique, le bras armé du plan Juncker, devra être redéfini dans le cadre des négociations sur le Brexit.

>> Lire : Le Royaume-Uni raflerait la mise du plan Juncker

« L’impact de la sortie du Royaume-Uni sur les activités de la Banque européenne d’investissement  fera partie le moment venu de la négociation globale » explique un représentant de la Commission.

Le plan de 21 milliards d’euros, lancé en 2015 sous la houlette du président de la Commission, Jean-Claude Juncker, doit apporter des garanties aux projets liés à l’environnement, aux infrastructures, à l’innovation ou encore aux PME en Europe, et mobiliser 315 milliards d’euros d’investissement d’ici à 2018. Et relancer l’investissement en Europe, qui n’a jamais retrouvé les niveau d’avant la crise de 2008. Le départ du Royaume-Uni risque toutefois de contrecarrer ce beau programme. La forte compétence du pays en matière de montages financiers explique largement que le plan Juncker y ait rencontré un certain succès jusqu’à maintenant.

Dans une note sur l’impact du Brexit, la BEI souligne que le Royaume-Uni a jusqu’ici été le principal bénéficiaire du plan Juncker depuis son lancement en 2015.

Une analyse de l’agence de notation Standard & Poor estimait même que le Royaume-Uni bénéficierait presque deux fois plus du plan d’investissement que les autres grands pays de l’Union.

>>Lire : Londres annonce la plus importante contribution au plan Juncker

Le Royaume-Uni a vu 3 grands projets d’infrastructures validés dans le cadre du plan Juncker dont un nouvel hôpital à Birmingham et une ferme d’éoliennes offshore en mer du Nord.

Des projets d’envergures qui ont permis à la Grande-Bretagne de capter une large partie du plan, soit 692 millions de livres de financements. Après une année de fonctionnement,le plan  a déjà approuvé 249 opérations pour un montant total d’environ 13 milliards d’euros, lesquels devraient mobiliser 100 milliards d’euros.

Projets d’envergure

Selon la banque européenne, les projets basés au Royaume-Uni qui ont déjà été signés et approuvés seront maintenus.

Mais au-delà des projets déjà engagés, le plan d’investissement pourrait bien tourner court de l’autre côté de la Manche. « Une partie importante du financement  du plan Juncker provient du budget européen. Donc aucun nouveau projet ne doit être approuvé dans le cadre du plan Juncker à partir de maintenant », a affirmé l’eurodéputé français Dominique Riquet (ALDE).

>>Lire : Le plan Juncker risque de laisser de côté les plus petits projets

Au-delà du plan Juncker, c’est toute la politique d’investissement de la BEI qui risque de se retrouver rapidement remise en cause après le Brexit.

« La Banque européenne d’investissement est un organe de l’Union européenne » a-rappelé le député européen. « Donc si vous n’êtes plus membres de l’UE, vous ne pouvez pas piloter la BEI ».  Or à l’heure actuelle, le Royaume-Uni détient 16% du capital de la banque européenne.

Investissement de longs termes risqués

Si la Grande-Bretagne pourra conserver les investissements déjà engagés, le Brexit fait peser un risque non négligeable sur les investissements de longue durée de la BEI, très importants dans le pays. Ces derniers  pourraient dans le futur « s’avérer risqués », reconnait la BEI.

Une réalité également soulignée par l’agence de notation Standard 1 Poor’s, qui a revu à la baisse sa note sur la dette du Royaume-Uni.

Si Londres négocie un statut d’Etat associé à l’UE pendant les deux ans à venir, le pays restera perdant sur le front des investissements.  « Il n’y a pas de financements de ce type dans les Etats associés à l’Union européenne comme la Suisse ou la Norvège », rappelle Dominique Riquet.

>>Lire : Le plan Juncker profite surtout aux grands États

Pour preuve, au cours des dernières années, la banque européenne a fourni 43 milliards d’euros d’investissements de long terme au Royaume-Uni, contre 1 million pour l’ensemble des pays de l’AELE (Suisse, Lichtenstein, Norvège et Islande) .

Autre crainte, l’absence de banque publique d’investissement au Royaume-Uni. «  A L’inverse du reste de pays européens, le Royaume-Uni ne disopse pas d’une structure publique d’investissmenent qui pourrait prendre le relais de la BEI du jour au lendemain » précise l’instiitution.

Contexte

La Commission a dévoilé en novembre 2014 le mécanisme de son nouveau plan d'investissement de 315 milliards d'euros.

L'argent qui alimentera ce plan sera investi prioritairement dans les pays du sud de l'Europe, durement touchés par la crise, dans un mouvement de solidarité entre les États membres.

>> Lire : La Commission dévoile son plan d'investissement de 315 milliards d'euros

L'idée sur laquelle a travaillé l'équipe du vice-président de la Commission, Jyrki Katainen, est celle de créer un nouveau Fonds européen pour les investissements stratégiques à partir de 5 milliards d'euros de la Banque européenne d'investissement (BEI) et la garantie d'une contribution 8 milliards d'euros de fonds européens existants, contribution susceptible d'être élargie jusqu'à 16 milliards.

La garantie de 8 milliards d'euros sera injectée sur trois ans et proviendra du mécanisme pour l'interconnexion en Europe (3,3 milliards), du programme de recherche Horizon 2020 (2,7 milliards) et d'une « marge budgétaire », c'est-à-dire des fonds non utilisés (2 milliards).

Le fonds pour les investissements stratégiques, de 21 milliards d'euros au départ, devrait générer quelque 240 milliards en investissements à long terme et 75 milliards pour les PME et les sociétés de moyenne capitalisation sur deux ans, entre 2015 et 2017.

La question du manque de liquidité se pose cependant, et certains eurodéputés ont qualifié le plan de « recyclage et réétiquetage » de programmes existants.