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06/12/2016

Le ralentissement chinois risque d’affecter la zone euro

Euro & Finances

Le ralentissement chinois risque d’affecter la zone euro

La baisse de l'activité chinoise menace-t-elle la reprise en zone euro ?

Crédit : [Luciano Mortula / Shutterstock.com]

La zone euro ne semble pas directement menacée par un ralentissement chinois. Pour autant, ce dernier pourrait compliquer la tâche de la BCE et fragiliser à terme la croissance des Dix-Neuf. Revue de détail des ressorts d’une contagion éventuelle capable de stopper la croissance mondiale. Coup d’arrêt auquel la zone euro n’est pas préparée. Un article de notre partenaire La Tribune.

La crise boursière en Chine et la panique qui s’ensuit sur les places internationales sont d’abord le reflet de la prise de conscience qu’un ralentissement macroéconomique sans doute plus important que prévu est à l’œuvre dans l’ancien Empire du Milieu. Le déclencheur du mouvement de panique a en effet été la décision des autorités chinoises de laisser le yuan se déprécier. Un signe que les fondamentaux de l’économie chinoise sont plus dégradés que ce qui était anticipé.

Le ralentissement de la deuxième économie du monde n’est pas une nouveauté. Il est à l’œuvre depuis 2012. Mais, s’il s’accélère, quelles pourraient être les conséquences pour la zone euro ? Y a-t-il un risque de contagion macroéconomique de la crise chinoise sur une économie européenne déjà bien peu dynamique ? Et quelle peut être la courroie de transmission dans ce cas ?

L’effet sur le commerce européen

La première courroie de transmission directe est celle du commerce. Si la Chine ralentit, elle sera moins demandeuse de produits européens. Cet effet doit surtout se faire sentir dans le domaine des biens d’équipements puisque le cœur de la crise chinoise, c’est sa surcapacité industrielle. Or, ces exportations ont représenté le nerf de la croissance des années 2005-2008, notamment de celles en provenance d’Allemagne. Certes, la Chine change de modèle en cherchant à dynamiser sa consommation, mais, comme le rappelle Christopher Dembik, économiste chez Saxo Bank, « cette consommation est encore insuffisante » pour peser notablement sur les exportations des acteurs européens.

6,8 % des exportations de la zone euro, 1,3 % de son PIB

Au total, la Chine, en 2014, représentait 6,8 % des exportations de la zone euro, selon Eurostat. C’est la troisième destination des produits de la zone euro, hors zone euro. En tout, ces ventes représentent 132 milliards de dollars. Finalement, c’est un chiffre assez faible qui ne représente que 1,3 % du PIB de la zone euro. Du reste, la Chine fait encore pâle figure devant le Royaume-Uni, première destination à 13,2 % du total et les États-Unis avec 12,4 % du total. Bref, l’impact macroéconomique direct d’un ralentissement chinois sera réduit. « Ce ralentissement ne date pas d’hier et l’on a pu déjà constater que l’effet reste mesuré », souligne Christopher Dembik qui rappelle que la stratégie chinoise est, en réalité, avec « la nouvelle Route de la soie », d’axer son commerce sur l’Europe. Si le « gâteau chinois » se réduit, il n’est donc pas certain que la part européenne se réduise aussi.

Moteur de la croissance en panne

Pour autant, l’époque des croissances à deux chiffres des exportations semble définitivement révolue. La Chine a été le moteur de la croissance des exportations européennes au cours des dix dernières années. En onze ans, le montant de ces ventes à la Chine a été augmenté de 100 milliards d’euros. C’est peu, mais le coup d’arrêt à cette croissance ne sera pas sans impact sur l’économie de la zone euro. D’autant que lorsque la Chine tousse, c’est l’ensemble de l’Asie émergente qui s’enrhume ainsi que les producteurs de matières premières, l’impact sur la demande extérieure de la zone euro risque donc d’être nettement plus élevé.

Manque de dynamisme

« Le ralentissement chinois – et plus généralement celui des pays émergents – va clairement réduire la contribution du commerce extérieur à la croissance européenne », souligne ainsi Philippe Waechter, directeur de la recherche économique chez Natixis AM, qui ajoute que cela induira une « fragilité supplémentaire à laquelle il faudra faire face. » Pour lui, l’impact sera « diffus », mais il faudra y être « attentif. » « Ceci souligne le besoin pour la zone euro de déployer des moyens de disposer d’une croissance plus autonome et c’est le sens de la politique monétaire de la BCE, mais je crois que la politique budgétaire doit aussi apporter sa contribution à cette stratégie », ajoute-t-il. Un ralentissement chinois plus prononcé devrait donc encore souligner l’erreur d’une stratégie européenne fondée uniquement sur la compétitivité externe et la nécessité de renforcer la demande intérieure à l’Europe. Sinon, la croissance de la zone euro risque de demeurer désespérément faible et trop peu inflationniste. La crise chinoise n’est donc sans doute pas directement un danger immédiat, mais elle risque de maintenir la zone euro dans les basses eaux actuelles, ce qui n’est guère encourageant.

Le risque sur les taux

Mais il existe d’autres courroies de transmission, nettement plus dangereuses, ce sont les courroies financières. Pour Philippe Waechter, une très grande opacité règne sur le niveau d’endettement de l’économie chinoise. Or, pour contenir cette crise de l’endettement, la Chine est tentée de puiser largement dans ses réserves de change. Sur l’année 2015, ces réserves ont reculé de 500 milliards de dollars. Or, cette action exerce naturellement une pression vendeuse sur les marchés obligataires européens et étatsuniens, et donc sur les taux. « La BCE doit sans doute faire face à ces pressions », estime Philippe Waechter, mais, pour lui, c’est là un élément clé de la contagion chinoise. Si, sous l’effet de l’accélération des ventes chinoises, les marchés obligataires européens sont sous pression, la tâche de la BCE sera plus difficile et l’impact de son assouplissement quantitatif sur l’économie réelle, déjà loin d’être simple, encore plus diffus. « C’est le signe général d’un changement de comportement des pays qui ont, dans la décennie précédente, accumulé des réserves de devises et qui, aujourd’hui, sont contraints de changer de stratégie », explique Philippe Waechter. L’économie de la zone euro n’aurait certes pas besoin d’un tel phénomène, car, là encore, on peut mesurer combien elle reste anémique malgré les efforts de la BCE.

L’effet monétaire

À ceci s’ajoute un dernier phénomène : celui de la « guerre des monnaies ». Si la Chine se lance plus franchement encore dans la dépréciation du yuan, elle provoquera sans doute une réaction de ses principaux partenaires commerciaux asiatiques ou émergents. Là encore, ceci exercera donc une pression haussière sur l’euro face à ces monnaies. La politique de la BCE est certes une bonne ligne de défense pour le moment, mais l’effet sur la compétitivité de la dépréciation de l’euro sera nécessairement réduit dans ces régions. Là aussi, l’effet principal sera sans doute indirect. La monnaie qui profitera le plus de cette guerre des monnaies émergentes sera le dollar, qui est soutenu par le resserrement monétaire de la Réserve fédérale. Or, comme le souligne Christopher Dembik, le monde ne peut guère se permettre un dollar trop fort. Dans les pays émergents, le coût de l’endettement, qui reste largement libellé en billets verts, risque d’exploser et de provoquer des crises financières en cascade. Parallèlement, l’économie étatsunienne pourrait commencer à souffrir de ce dollar fort, la Fed elle-même s’en est émue. L’effet de contagion le plus dangereux risque donc de se jouer ici, provoquant un coup d’arrêt à la croissance mondiale. Un coup d’arrêt auquel la zone euro n’est pas préparée.

Effets limités, mais pas nuls

Les effets directs du ralentissement chinois seront sans doute très limités. Mais ce phénomène ajoute un élément de plus dans un environnement mondial globalement agité si l’on observe d’autres pays émergents, comme la Russie, le Brésil ou l’Afrique du Sud, qui traversent des crises également sévères. L’environnement dans lequel évolue la croissance européenne, fondée principalement sur les effets de transferts de pouvoir d’achat réalisés par la baisse des prix de l’énergie, est donc très chahuté et plein de menaces. Le principal et plus dangereux vecteur de transmission de la crise pourrait donc être – via une panique boursière – celui d’une confiance dans l’avenir qui n’est pas réellement encore revenue dans l’union monétaire.