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25/08/2016

Le recul de l’euro réjouit et inquiète à la fois

Euro & Finances

Le recul de l’euro réjouit et inquiète à la fois

En un an l'euro est passé de 1,37 à 1,18 dollars

Les industriels se réjouissent du recul de la monnaie unique qui leur permet d’exporter plus facilement. Mais la menace de déflation, qui est particulièrement dommageable aux États endettés, inquiète la BCE qui pourrait envisager des rachats de dette souveraine dès le 22 janvier.

Le recul impressionnant de l’euro, passé de 1,36 à 1,18 dollars  depuis juillet dernier, fait des heureux. Pour les industries exportatrices, la baisse de la monnaie unique est en effet une aubaine, comme l’a rappelé le PDG d’Arianespace mardi 6 janvier. « Bravo à Mario Draghi, bravo à la Banque centrale européenne, car cette politique monétaire nous permet de nous battre à armes égales », a déclaré Stéphane Israël lors de la conférence de presse de voeux du fabricant de fusées.

Stéphane Israël  avait occupé le poste directeur de cabinet du ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg au début du quinquennat de François Hollande.

>>Lire aussi : Arnaud Montebourg dénonce un euro trop fort et trop cher

Mario Draghi, le président de la BCE, pourrait commencer à employer des tactiques similaires à celles de la Réserve fédérale américaine, à savoir injecter en masse de la liquidité bon marché en espérant que cela redonnera des couleurs à l’économie.

Gains de compétitivité

Mais au moment où la BCE semble s’orienter vers un véritable assouplissement quantitatif (QE), la Fed prend le chemin inverse, ce qui pourrait la conduire à relever cette année les taux d’intérêt, faisant baisser l’euro face au dollar sous 1,20 dollar, au plus bas depuis neuf ans.

 « L’un des gains de compétitivité que nous avons aujourd’hui avec nos amis américains, c’est simplement le cours euro-dollar », a ajouté le dirigeant d’Arianespace, faisant référence à SpaceX, la fusée américaine qui concurrence Ariane avec des tarifs réduits.

Louis Gallois avait coutume de dire qu’une appréciation de 10 centimes de l’euro face au dollar effaçait 2% de marge du groupe d’aérospatiale et de défense EADS, maison mère d’Airbus.

« A chaque fois que l’euro baisse, la compétitivité d’Ariane s’accroît et c’est très très bien que la monnaie européenne soutienne ainsi le lanceur européen», a souligné de son côté Stéphane Israël.

Inquiétudes face au risque de déflation

Le recul de l’euro était clairement un des objectifs de la BCE. Mais en l’absence d’inflation et de croissance, la BCE devrait prolonger une politique de détente monétaire en 2015. Lors de sa réunion du 22 janvier prochain, les gouverneurs de la banque centrale devrait étudier plusieurs options de rachat de dette souveraine, une méthode d’assouplissement monétaire également connue sous le nom de « quantitative easing ». Le rachat puis l’annulation de dette souveraine a été massivement utilisé aux Japon et aux Etats-Unis depuis la crise financière, mais jamais en Europe.

Mais c’est pourtant là où elle se fait aujourd’hui de plus en plus nécessaire. La déflation a en effet un impact particulièrement dommageable pour les Etats très endettés, et ils sont plusieurs en Europe -France, Italie, Espagne, Grèce par exemple. Alors que l’inflation réduit le poids de la dette, la déflation le renchérit. Surtout, le phénomène d’un recul des prix prolongé risque d’inciter les consommateurs à thésauriser dans l’attente de prix encore plus bas, ce qui compromet le dynamisme de la consommation, de l’investissement et donc de la croissance.

Des rachats de dette souveraine encore plus urgents

Selon le journal néerlandais Het Financieele Dagblad, la Banque centrale européenne (BCE) étudie trois options en matière de rachats de dette souveraine avant sa réunion de politique monétaire du 22 janvier, rapporte mardi le quotidien Het Financieele Dagblad, qui cite des sources non identifiées.

Selon le journal néerlandais, une des options envisagées par les responsables européens serait d’injecter des liquidités dans le système en permettant à la BCE de racheter des obligations souveraines en proportion de la participation de chacun des Etats membres dans le capital de la banque centrale.

Une deuxième option à l’étude serait que la BCE ne rachète que de la dette souveraine notée triple A, ce qui ramènerait leurs taux de rendements à zéro ou en territoire négatif, dans l’espoir que cela pousserait les investisseurs vers les dettes souveraines plus risquées ou vers les obligations d’entreprises.

La troisième option est semblable à la première, mais ce serait les banques centrales nationales qui rachèteraient la dette, ce qui ferait que le risque reviendrait “en principe” au pays en question, selon le quotidien.

La BCE a refusé de commenter ces informations même si elles semblent confirmer les récents commentaires de Peter Praet, membre de son directoire, au journal allemand Börsen Zeitung.

 

>>Lire aussi : La BCE passe la seconde sur l’assouplissement monétaire

Contexte

La Banque centrale européenne a abaissé, début mai 2013, son taux directeur à 0,5%, ce qui représentait alors le niveau le plus faible de son histoire. Très inquiète de l'inflation dans la zone euro, la BCE a toujours mené, depuis sa création, une politique monétaire rigoureuse qui a un impact sur le taux de change de la monnaie unique. Alors que les Etats-Unis conduisent une politique monétaire plus laxiste, l'euro a tendance a s'apprécier, ce qui pénalise les exportateurs européens.

Le 4 septembre 2014, le taux directeur a de nouveau été abaissé de 0,15 % à 0,05 %, ce qui montre un nouveau changement de braquet dans la politique

Son taux directeur est le taux de refinancement auquel elle prête aux banques de la zone euro.

Prochaines étapes

22 janvier : réunion des gouverneurs de la BCE