EurActiv.fr

Actualités & débats européens dans votre langue

21/01/2017

Le référendum grec divise la zone euro

Euro & Finances

Le référendum grec divise la zone euro

Athens, 27 June.

[georgetikis/Flickr]

La confirmation de la tenue d’un référendum par le Parlement grec dans la nuit de samedi à dimanche plonge les partenaires européens de la Grèce dans l’embarras. La France se dit prête à reprendre les négociations, l’Allemagne s’inquiète du risque de contagion.

Le Parlement grec a approuvé dans la nuit de samedi à dimanche la tenue le 5 juillet prochain d’un référendum pour ou contre les propositions de réformes réclamées par les créanciers d’Athènes en échange du déblocage de nouvelles liquidités.

Le projet soumis par le gouvernement à la ratification des 300 députés de la « Vouli » a recueilli 178 voix contre 120, selon le décompte en direct du vote, peu avant 03h00 du matin.

>>Lire aussi notre couverture en direct : Une solution pour la Grèce ?

Lors du débat qui s’est déroulé au préalable, le Premier ministre Alexis Tsipras s’est dit convaincu d’une victoire «retentissante» du non qui, a-t-il dit, renforcera son pays dans les négociations avec les «institutions» (Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire internationale).

Les Européens perplexes

L’idée de cette consultation, proposée par le Premier ministre Alexis Tsipras, a entraîné la confusion dans les sphères européennes, où les avis sont partagés quant à sa signification.

>>Lire : Les poids-lourds de l’UE jouent leur crédibilité sur la Grèce

Si toutes la parties prenantes de l’Eurogroupe, qui s’est tenu samedi 26 juin à Bruxelles, à 18 et en l’absence des représentants grecs l’ont regretté, cette consultation populaire n’est pas analysée de la même façon.

« Ce qui s’est passé aujourd’hui ce n’est pas la sortie de la Grèce de la zone euro, c’est la suite d’un débat dans des conditions que nous n’avons pas souhaitées » a ainsi souligné samedi Michel Sapin, le ministre des Finances français, à l’issue de la réunion de l’Eurogroupe.

« La Grèce reste dans l’euro. La Grèce, son destin, c’est de rester dans l’euro et aucun pays et surtout pas la France, ne souhaite la sortie de la Grèce de l’euro. Seules des décisions, des votes, des choix sont toujours possibles démocratiquement de la part de la Grèce, pourraient faire qu’il en soit autrement » a insisté le ministre français.

Du côté allemand, les préoccupations affichées par le ministre des finances, Wolfgang Schauble, se sont avérées différentes.

« Nous devons faire tout notre possible pour lutter contre toute menace de contagion», a ainsi déclaré le ministre allemand samedi. L’Allemagne a appelé la Grèce à imposer le contrôle de capitaux, et à isoler les banques grecques pour éviter que les retraits massifs constatés dans le pays n’aient d’incidence sur le système bancaire du reste de la zone euro.

Tout en reconnaissant que seule la Grèce – ou peut-être les banques elles-mêmes – peut entamer sans délai un tel arrêt, les ministres ont déclaré que la Banque centrale européenne, dont les gouverneurs se réunissent dimanche 28 Juillet, devrait utiliser ses pouvoirs pour stabiliser les marchés.

>>Lire : La zone euro veut s’épargner les paniques bancaires

Les alliés conservateurs de la coalition au pouvoir en Allemagne souhaitent clairement voir la Grèce sortir de la zone euro, et le problème se pose de façon identique dans d’autres pays : les pays scandinaves, les Pays-Bas, l’Irlande et le Portugal qui sortent eux-même d’un plan de restructuration de leur dette douloureux plaident pour cette hypothèse.

Le ministre des Finances autrichien l’a d’ailleurs clairement affirmé.

« Une sortie de la Grèce de la zone euro paraît désormais presque inévitable », a déclaré dimanche le ministre autrichien des Finances, Johann Georg Schelling.

La Grèce devra en premier lieu demander à quitter l’Union européenne et il reviendra alors aux autres pays de se prononcer sur ce départ, a-t-il déclaré au journal autrichien Die Presse.

«Il est clair que, quelles que soient les circonstances, aucun pays ne peut faire chanter la Commission européenne et les autres pays de la zone euro», a déclaré le ministre.

La Grèce également divisée

En Grèce, les principaux partis de l’opposition grecque se sont élevées contre l’initiative de Tsipras qu’ils jugent dangereuse pour l’avenir de la Grèce. Ainsi qu’il l’avait fait la veille dans sa première réaction à l’annonce d’un référendum, Antonis Samaras, chef de file du parti de droite Nouvelle démocratie et prédécesseur de Tsipras au poste de Premier ministre, a réaffirmé lors du débat que cette consultation populaire déboucherait sur une sortie de la Grèce de la zone euro.

« Dans ce référendum, ce n’est pas vraiment sur l’accord qu’on va se prononcer, c’est sur le maintien de notre pays dans la zone euro», a-t-il dit.

La Grèce au main des gouverneurs de la BCE

La Banque centrale européenne qui se réunit dimanche doit décider de la suite des évènements, et notamment de la politique à mener face aux besoins de fonds des banques grecques. La BCE qui a déjà outre-passé son mandat purement monétaire en prenant dans le passé des décisions excédant ses compétences selon certains, notamment en mettant en place une politique monétaire plus souple afin de répondre au manque de croissance, pourrait jouer un rôle majeur dans cette crise en fonction de son interprétation des faits. Elle pourrait estimer que l’Eurogroupe lui a donné un signal suffisamment clair pour couper les vivres aux banques gecques, ce qui forcerait le gouvernement à les fermer lundi. Ou elle pourrait, à l’inverse, choisir de continuer à les soutenir, en bravant l’opinion qui semble majoritaire au sein de l’Eurogroupe.

Contexte

Le parti anti-austérité Syriza a remporté une victoire écrasante lors des élections anticipées du 25 janvier dernier en Grèce, mais n'a pas obtenu une majorité absolue au parlement.

Son chef de file, Alexis Tsipras, a affirmé que le « cercle vicieux de l'austérité » était terminé, déclenchant ainsi des réactions variées au sein de l'UE.

Les proposition de réformes avancées par Athènes n'ont pas convaincu l'Eurogroupe et les créanciers du pays, et la Grèce, qui ne peut plus honorer ses dettes, se retrouve dans une situation plus précure que jamais.

>> Lire : La victoire de Syriza brave l'austérité en Europe