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23/01/2017

Le spectre d’une démission de Schäuble divise la coalition allemande

Euro & Finances

Le spectre d’une démission de Schäuble divise la coalition allemande

Wolfgang Schäuble [Conseil européen]

Les conflits au sein de la coalition allemande provoqués par la position de Wolfgang Schäuble en faveur du Grexit se sont exacerbés depuis que Sigmar Gabriel a accusé son homologue des Finances d’être déraisonnable. Un article d’EurActiv Allemagne

« M. Schäuble provoque le parti social-démocrate (SPD) », a déclaré son chef de file, Sigmar Gabriel, sur ZDF television. Proposer un Grexit temporaire à Bruxelles était « déraisonnable », a-t-il critiqué.

Wolfgang Schäuble et la chancelière sont aussi en « grand désaccord », a-t-il assuré. Contrairement à Angela Merkel, Wolfgang Schäuble est en faveur d’un retrait à court terme de la Grèce de la zone euro, le temps que le pays se remette de la crise. Une proposition du ministre des Finances qui a scandalisé les sociaux-démocrates.

Dans une interview pour Der Spiegel, Wolfgang Schäuble a rappelé qu’un ministre pouvait se retirer s’il ou elle se voit forcé de faire quelque chose. Le ministre des Finances a pourtant déclaré qu’il n’en avait pas l’intention.

Le vice-président du SPD, Ralf Stegner, a récemment critiqué les déclarations de Wolfgang Schäuble, qui pourraient être interprétées comme une menace indirecte de démission. « Jouer sur de prétendues intentions de démissionner » est « tout aussi inefficace que son engouement pour un Grexit », a déclaré Ralf Stegner au journal Süddeutsche Zeitung.

Le comportement de Wolfgang Schäuble montre que « le centre-droit a perdu ses repères en matière de politique européenne », a affirmé Ralf Stegner.

>> Lire : Merkel évoque la possibilité d’un aménagement futur de la dette grecque

S’adressant à Der Spiegel, Wolfgang Schäuble a reconnu que lui et Angela Merkel ne voyaient pas le cas grec de la même manière ces dernières semaines. « Avoir des opinions divergentes fait partie de la démocratie », a-t-il rappelé.

Dans le même temps, le ministre des Finances a rejeté l’idée d’une « nouvelle domination allemande ». « L’Allemagne est bien placée au niveau économique, c’est indéniable, mais contrairement à la France ou au Royaume-Uni, l’Allemagne ne fait pas partie du Conseil de sécurité des Nations Unies. Pour cette simple raison, nous ne pouvons pas dire que nous nous trouvons dans une position de suprématie politique. »

Wolfgang Schäuble s’est montré très critique vis-à-vis de Sigmar Gabriel, qui a refusé d’admettre qu’il avait adhéré à son plan pour que la Grèce quitte la zone euro pour une période de cinq ans.

« Tout parti fait face à ses propres problèmes », a souligné Wolfgang Schäuble. Mais dans un « gouvernement de coalition, il faut faire preuve de respect envers les autres. Vous ne pouvez pas essayer de résoudre vos problèmes en portant de fausses accusations sur les autres », a déclaré le ministre des Finances.

« Nous avons plus que jamais besoin de Wolfgang Schäuble »

L’alliance de centre-droit a quant à elle soutenu le ministre des Finances. S’exprimant sur la station de radio Deutschlandfunk, le leader du groupe parlementaire, Volker Kauder, a appelé les personnes impliquées à mettre le « débat sur le Grexit » derrière eux et à se concentrer sur les négociations avec la Grèce.

Au journal Süddeutsche Zeitung, l’eurodéputé Manfred Weber, président du Parti populaire européen (PPE), a déclaré « qu’au lieu de s’en prendre au ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, qui se bat pour un euro stable, Sigmar Gabriel, chef de file du SPD,  devrait plutôt discuter avec ses homologues français.

>>Lire : Merkel face à un vote délicat au parlement allemand

Le cas grec est la preuve qu’un « strict respect des règles du pacte de stabilité et de croissance n’est pas la priorité », a commenté Manfred Weber.

Sans règle, sans respect et sans contrôle, l’Europe n’aura pas un « avenir prospère », a-t-il prévenu. Les socialistes européens ne sont pas très sérieux à ce sujet, a déclaré Manfred Weber, et les socialistes français en sont la preuve.

Le gouvernement français doit « depuis longtemps respecter les engagements de réforme et d’austérité », a-t-il souligné. L’Europe ne devrait pas détourner le regard, même si c’est un grand pays qui enfreint les règles ».

Pour Hans Michelbach, membre de l’Union chrétienne-sociale (CSU), le ministre des Finances est indispensable. « Nous avons plus que jamais besoin de Wolfgang Schäuble », a déclaré Hans Michelbach au journal Rheinische Post de Düsseldorf. « Wolfgang Schäuble réussit à impliquer ceux qui doutent d’une Europe unie », a déclaré le président du syndicat CSU pour les petites et moyennes entreprises.

Aux côtés de 59 autres députés de centre-droit, Hans Michelback a voté « non » à des négociations avec la Grèce pour un troisième plan d’aide.

>> Lire : Le Bundestag donne son feu vert aux négociations sur un troisième plan d’aide à la Grèce

Contexte

Le 17 juillet, le Bundestag a donné son feu vert à de nouvelles négociations pour un troisième plan d’aide à la Grèce. 65 députés de centre-droit ont refusé de soutenir Angela Merkel.

Le 15 juillet, le parlement grec a adopté une partie des réformes et des mesures d’austérité avancées par les créanciers internationaux. Un vote qui a ouvert la voie à des négociations sur un troisième plan d’aide dans le cadre du Mécanisme européen de stabilité (ESM).

L’assemblée extraordinaire du Bundestag était un impératif puisque le gouvernement fédéral n’est autorisé à négocier un nouveau plan d’aide que s’il obtient l’accord du parlement.