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28/06/2016

Le spectre de la déflation menace de nouveau la zone euro

Euro & Finances

Le spectre de la déflation menace de nouveau la zone euro

Noch zögern europäische Banken, Investitionen im Iran zu finanzieren.

[Kiefer]

Les prix à la consommation ont brutalement décliné de 0,2 % en février en zone euro, augmentant la pression sur la Banque centrale européenne (BCE) pour qu’elle soutienne davantage l’économie.

Eurostat, l’Office des statistiques de l’UE, a annoncé le 29 février une baisse des prix de 0,2 % au sein de la zone euro, alors que l’inflation avait connu une hausse de 0,3 % au mois janvier.

C’est la première fois depuis septembre 2015 que les prix à la consommation reculent: ils avaient alors baissé de 0,1 %. Le chiffre de lundi est en deçà du consensus des analystes donné par le fournisseur de services financiers Factset, qui tablaient sur une inflation nulle.

>>Lire: La faiblesse de l’inflation menace les efforts d’économie en France

« Ce retour en territoire négatif accroît la pression sur la BCE pour qu’elle annonce des mesures supplémentaires décisives de soutien à l’économie après sa réunion » le 10 mars, a estimé Jennifer McKeown, analyste de Capital Economics.

Spirale déflationniste

« Il est inutile de dire que c’est une mauvaise nouvelle pour la BCE. Ce taux d’inflation est très loin de son objectif d’un peu moins de 2 % dans l’union monétaire », a renchéri Johannes Gareis, économiste de Natixis.

L’institut de Francfort s’échine depuis des mois à relancer l’économie et l’inflation, sans grand succès jusqu’ici. Il fournit entre autres des prêts géants quasi gratuits aux banques et inonde le circuit financier de liquidités.

>>Lire : La France salue la baisse des taux de la BCE

Le risque d’une faible inflation est de voir les entreprises intégrer les prix bas dans leurs prévisions et cesser d’augmenter les salaires. Ce qui pèse sur la demande et par ricochet sur les profits et l’investissement des entreprises. Si la situation dure, cela peut déclencher une spirale déflationniste, où l’on anticipe une baisse des prix et reporte ses achats.

Allemagne, France et Italie en territoire négatif

Le 15 février, le président de la BCE, Mario Draghi, avait déclaré que son institution « n’hésitera pas » à agir lors de la prochaine réunion de son conseil des gouverneurs, le 10 mars, en cas d’augmentation des risques pour la stabilité des prix. Il n’avait pas précisé sous quelle forme la BCE agirait.

Début décembre, la BCE avait déjà décidé de prolonger de six mois son programme de rachat de dettes lancé en mars 2015, le « QE », et d’abaisser l’un de ses taux directeurs.

>>Lire : La BCE sort le grand jeu en rachetant des obligations d’Etat

Dans un entretien ce week-end dans la presse allemande, François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, avait estimé qu’un rachat d’actifs plus massif que les 60 milliards d’euros par mois du programme actuel, « était une possibilité, parmi d’autres » pour la BCE.

« Nous sommes prêts à agir, mais nous devrons d’abord regarder les données économiques », avait ajouté le gouverneur de la Banque de France, qui participera à la réunion du conseil des gouverneurs de la BCE le 10 mars.

En février, l’Allemagne, la France et l’Italie ont rejoint le club des pays en passe de « déflation », a pointé Horward Archer, analyste de IHS economics.

>>Lire : La « zéroflation » sème la perplexité chez les banques centrales

Dans la première économie de la zone euro, l’indice des prix à la consommation harmonisé (IPHC) a viré en territoire négatif, avec un recul de 0,2 % sur un an, dans la seconde et la troisième, les prix à la consommation ont reculé de respectivement 0,2 % et 0,3 % sur un an. En l’Espagne, ils ont poursuivi leur baisse de 0,9 % sur un an.

Sans surprise, ce sont les prix de l’énergie qui ont tiré vers le bas en février cet indicateur très attendu pour les 19 pays de la zone euro: ils se sont affichés en recul de 8 % sur un an, après -5,4 % en janvier.

L’inflation sous-jacente (hors énergie, produits alimentaires, boissons alcoolisées et tabac), plus révélatrice de la tendance, est tombée à +0,7 % contre 1 % en janvier. Depuis juillet, elle évoluait dans une fourchette comprise entre 0,9 et 1,1 %.

Contexte

La Banque centrale européenne a abaissé, en décembre 2015, son taux directeur à -0,3% ce qui représente alors le niveau le plus faible de son histoire.

Très inquiète de l'inflation dans la zone euro, la BCE a toujours mené, depuis sa création, une politique monétaire rigoureuse qui a un impact sur le taux de change de la monnaie unique. Alors que les Etats-Unis conduisent une politique monétaire plus laxiste, l'euro a tendance à s'apprécier, ce qui pénalise les exportateurs européens.

Son taux directeur est le taux de refinancement auquel elle prête aux banques de la zone euro.

Prochaines étapes

  • 10 mars : réunion du conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE)

Plus d'information

Eurostat