Les Allemands de plus en plus tentés par un Grexit

La grèce dans la tourmente. [Theophilos Papadopoulos/Flickr]

Entre inquiétude et exaspération, l’opinion des Allemands à l’égard d’Athènes s’est fortement dégradée ces derniers mois, au point qu’une courte majorité d’entre eux est désormais favorable au « Grexit ».

« Les Grecs nous ont déjà menti lors de l’introduction de l’euro en présentant de faux chiffres. Ils n’auraient jamais dû intégrer la zone euro » » tempête à Berlin Bernd Türck, un retraité de 67 ans, inquiet de voir ses « enfants et petits-enfants financer ce pays ».

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S’il se dit persuadé qu’un accord de dernière minute entre la Grèce, au bord du défaut de paiement, et ses créanciers, empêchera un Grexit, lui-même serait favorable à une telle issue comme 51% de ses concitoyens, selon un sondage réalisé entre le 9 et le 11 juin pour le baromètre politique de la chaîne publique ZDF.

Le nombre d’Allemands favorables à une sortie de la Grèce de l’euro ne cesse de progresser depuis l’arrivée au pouvoir de la gauche radicale à Athènes. « Une tendance continue depuis le début de l’année, depuis que les tensions entre la Grèce et les institutions [UE, FMI, BCE] ont flambé à la suite du changement de gouvernement », explique à l’AFP Matthias Jung, directeur de l’institut Forschungsgruppe Wahlen qui conduit ces enquêtes.

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« Un puit sans fond »

« Nous avons déjà donné assez d’argent aux Grecs ! », « C’est un puits sans fond », « Si l’Allemagne quittait l’euro, l’UE n’aurait plus de vache à traire »… Sur le site du quotidien populaire Bild, lancé dans une virulente campagne anti-Grèce, les commentaires de lecteurs témoignent d’une radicalisation de l’opinion.

M. Jung rappelle qu’en début d’année une « majorité claire » d’Allemands soutenait encore le maintien de la Grèce dans la zone euro.

Plus des deux tiers des Allemands estiment que l’UE ne doit plus faire aucune concession à Athènes, une donnée dont doit tenir compte la chancelière Angela Merkel, qui a bâti sa popularité -toujours au zénith- sur une ligne dure envers les pays en crise du sud de l’Europe.

L’impatience du peuple allemand gagne autant les rangs sociaux-démocrates que ceux des conservateurs de Mme Merkel, observe M. Jung, même si elle épargne encore une majorité de sympathisants des Verts ou de la Gauche radicale.

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La peur du Grexit

« La Grèce ne s’est pas attirée beaucoup de sympathies ces derniers mois », constatait jeudi le député conservateur Gunther Krichbaum devant des journalistes étrangers. Pour lui, beaucoup « se disent : au bout d’un moment ça suffit, on a déjà fait preuve de beaucoup de solidarité ».

Les sondages réalisés en France et dans le sud de l’Europe sont certes plus favorables aux Grecs, mais le sentiment allemand n’est pas isolé, rappelle M. Krichbaum, évoquant la Slovaquie, la Slovénie ou la Lettonie où « les minimas sociaux sont inférieurs à ceux de la Grèce ».

La crise grecque a révélé un fossé entre l’approche très réglementaire des Allemands et celle des Grecs, qui jugent illégitime de se voir imposer leur politique économique et sociale, analyse la politologue Daniela Schwarzer, du groupe de réflexion The German Marshall Fund of the United States.

Dilemme des retraites

« Quand je vois que chez nous, les retraités doivent vivre avec presque rien, ça m’énerve de voir [le premier ministre grec Alexis] Tsipras refuser de toucher aux pensions des Grecs », déplore Nicole Baumann, 55 ans, commerçante de Cologne en visite à Berlin.

Les dirigeants de Syriza ont multiplié les messages dans la presse allemande, Alexis Tsipras affirmant encore jeudi dans le Tagesspiegel que l’Allemagne n’aurait pas à subventionner les salaires et les retraites des Grecs.

Cependant le sentiment « que les Grecs ne cessent d’extorquer des concessions » grandit, explique Matthias Jung.

Personne n’est capable de prédire les conséquences d’un Grexit, mais beaucoup d’Allemands sont prêts à accepter une facture même douloureuse contre un point final au feuilleton grec, poursuit l’analyste.

Il souligne cependant l’attachement viscéral de ses concitoyens à la survie de l’euro et de l’Union européenne, synonyme de paix et stabilité depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. « J’ai peur d’un Grexit », reconnaît Sönke Wassermann, un étudiant de 22 ans. « Je n’ai pas peur pour mon existence ou mon niveau de vie, mais parce que ce serait la fin de l’idée européenne. »

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Contexte

Le parti anti-austérité Syriza a remporté une victoire écrasante lors des élections anticipées du 25 janvier dernier en Grèce, mais n'a pas obtenu une majorité absolue au parlement.

Son chef de file, Alexis Tsipras, a affirmé que le « cercle vicieux de l'austérité » était terminé, déclenchant ainsi des réactions variées au sein de l'UE.

Les proposition de réformes avancées par Athènes n'ont pas convaincu l'Eurogroupe et les créanciers du pays, et la Grèce, qui ne peut plus honorer ses dettes, se retrouve dans une situation plus précure que jamais.

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