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19/01/2017

Les négociations Grèce-UE en bonne voie

Euro & Finances

Les négociations Grèce-UE en bonne voie

L'arrivée d'Euclide Tsakalotos (à gauche) pour négocier à la place de Yanis Varoufakis (droite) semble apaiser les négociations © Parlement grec

Le groupe de Bruxelles s’approcherait d’un accord après les discussions du week-end menées par Euclide Tsakalotos.

Les discussions entre la Grèce et ses créanciers semblent s’être soudain débloquées, même si elles achoppent encore sur « les lignes rouges » fixées par Athènes, un effet positif peut-être lié à l’arrivée comme coordinateur grec du ministre Euclide Tsakalotos.

Depuis jeudi, le « groupe de Bruxelles », qui rassemble des représentants d’Athènes, de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne (BCE), du Mécanisme européen de stabilité (MES) et du Fonds monétaire international (FMI), planchent pour trouver un accord permettant aux Grecs d’obtenir le déblocage de 7,2 milliards d’euros de l’UE, en échange de réformes satisfaisant ses créanciers.

>>Lire aussi : Le FMI se montre conciliant sur la crise grecque

Fait très rare depuis l’arrivée au pouvoir du parti de gauche radicale Syriza d’Alexis Tsipras en janvier, les créanciers ont fait des commentaires positifs dimanche soir, alors que la discussion va se poursuivre au-delà du week-end, dans ce qui est qualifié par Athènes de « deuxième round » des négociations.

Une source européenne a ainsi qualifié cette prolongation de « bon signe ». Les discussions « sont constructives, j’oserais même dire encourageantes», a-t-elle même avancé.

Côté grec, on partageait cet optimisme. L’équipe grecque de négociation s’est réunie dimanche soir autour de M. Tsipras. « Nous avons relevé que des pas très importants avaient été faits dans le groupe de Bruxelles, qui rapprochent de la conclusion d’un accord », a indiqué ensuite une source gouvernementale.

Selon elle, « l’objectif de toutes les parties est d’avoir un accord en mai au niveau du groupe de Bruxelles ».

Athènes espère qu’un succès du round de discussion du groupe de Bruxelles, qui s’achève mercredi, pourrait « conduire à la reconnaissance par l’Eurogroupe (ministres des Finances de la zone euro) de l’important progrès accompli », et ainsi au versement d’argent.

La raison de cette amélioration du climat des discussions semble tenir en grande partie aux changements effectués cette semaine par M. Tsipras dans son équipe de négociateurs, avec la montée en première ligne d’Euclide Tsakalotos, vice-ministre des Affaires étrangères en charge des Affaires économiques.

Plus personne à Bruxelles, en effet, ne semble supporter le ministre des Finances et show-man Yanis Varoufakis, apparemment plus prompt à tweeter sur son sentiment d’inspirer « la haine » à ses pairs, ou à décrire par le menu dans un communiqué sa confrontation avec des anarchistes mardi dans un restaurant, qu’à se plier aux exigences délicates de la négociation bruxelloise.

La promotion comme « coordinateur de l’équipe politique de négociation » de M. Tsakalotos, peut-être plus dur idéologiquement que M. Varoufakis, mais plus neutre dans ses manières, et le remplacement de l’homme de M. Varoufakis par un proche de M. Tsakalotos comme responsable de la partie grecque au groupe de Bruxelles, ont arrangé les choses, une semaine après ce que la presse grecque a considéré comme « le naufrage » de l’Eurogroupe de Riga, le 24 avril.

Un moment critique

« Les discussions menées avec l’équipe grecque remaniée ont clairement amélioré le processus, avec un clair calendrier des discussions, plus d’experts et de détails », a souligné dimanche la source européenne.

M. Varoufakis, dont les compétences d’économiste ne sont pas discutées, n’a cependant pas disparu. Il a participé à la réunion de dimanche soir autour de M. Tsipras.

Tout n’est pas réglé entre Athènes et les créanciers. « Plus de travail est requis » sur certains points, a indiqué une autre source européenne. Les discussions achoppent sur ce qu’Athènes considère comme des « lignes rouges ».

En particulier, les créanciers, a expliqué le porte-parole de M. Tsipras, sont opposés à une loi rétablissant les conventions collectives, et veulent « une libération totale des licenciements », « à l’encontre, selon lui, du cadre institutionnel en vigueur dans toute l’Europe ».

Les créanciers veulent aussi « une nouvelle diminution des retraites, mais le gouvernement pense que ça suffit comme ça », a-t-il expliqué, faisant valoir que, « jusqu’à maintenant, le gouvernement grec a démontré une grande flexibilité », et qu’on « a besoin désormais de la même chez les créanciers ».

Alors que la Grèce doit rembourser environ un milliard d’euros en mai à ces derniers, le moment est « critique » pour les finances de l’Etat, a confirmé le porte-parole.

D’autant que l’économie grecque réelle souffre beaucoup de toutes ces incertitudes. Les patrons des quatre grandes banques grecques ont appelé individuellement dimanche, dans le quotidien Kathimerini, à une issue positive rapide des négociations.

Contexte

Athènes a obtenu est un délai de quatre mois pour son plan de sauvetage le 24 février dernier lorsque les ministres des Finances de la zone euro ont approuvé le plan de réforme grec qui revient sur des mesures clés et qui assure que les dépenses réalisées pour alléger la détresse sociale ne feront pas dérailler le budget du pays.

Le refus de l'Allemagne de la demande grecque pour une prolongation de six mois du délai de remboursement du prêt a poussé Athènes à faire des concessions, à repousser ses promesses de campagne de renverser l'austérité, d'abandonner le plan de sauvetage et de mettre un terme à la coopération avec la troïka.