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24/08/2016

Les politiques de la BCE aggravent les inégalités sociales

Euro & Finances

Les politiques de la BCE aggravent les inégalités sociales

Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne, avec Jean-Claude Juncker.

[Commission européenne]

La politique monétaire de la Banque centrale européenne fait polémique et un nouveau rapport met en évidence le lien entre son programme d’achat d’obligations d’État et l’écart de richesses. Un article d’EurActiv Allemagne.

En 2012, Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne (BCE) a lancé un programme de rachat d’obligations d’État, dans l’espoir de stabiliser les marchés financiers. Depuis, cette décision n’a cessé de faire polémique. Parmi ses détracteurs, Peter Gauweiler, député de l’Union chrétienne-sociale (CSU), a été jusqu’à saisir le tribunal constitutionnel allemand de la question.

Peter Gauweiler accuse la BCE d’enfreindre les règles européennes de renflouement des États. Il craint les conséquences de cette politique sur l’Allemagne. Ce cas a été transféré à la Cour de justice européenne, qui a donné raison à la BCE dans une opinion non contraignante.

>> Lire : La BCE sort le grand jeu en rachetant des obligations d’État

Reste à savoir quel impact auront les manœuvres de la BCE sur l’inégalité des richesses dans la zone euro. Jusqu’ici, peu de gens se sont penchés sur la question.

Les chercheurs de l’institut allemand pour la recherche économique de Berlin ont été les premiers à aborder le sujet. Selon leurs recherches, ce sont les foyers les plus aisés qui bénéficient le plus des politiques de la BCE, du moins à court terme.

Investissement alternatifs

« Étant donné que les actions, les obligations et l’immobilier sont principalement détenus par les citoyens aisés, et non les pauvres, il est probable que les inégalités sociales se creusent » suite au rachat d’obligation, expliquent les auteurs de l’étude. En outre, les taux d’intérêt peu élevé dans la zone euro alimentent la demande en investissements alternatifs, comme les actions et l’immobilier, ce qui fait évidemment augmenter les prix.

Cette situation ne devrait pas changer dans les années à venir. Depuis mars 2015, la BCE a acheté tous les mois l’équivalent de 60 milliards d’euros de titres privés et publics dans l’espoir de combattre la déflation. Cette opération de grande ampleur devrait continuer jusqu’en 2017, au moins.

>> Lire : La BCE condamne l’allégement des règles budgétaires

Kerstin Bernoth, l’une des auteurs du rapport, estime qu’il faudrait faire davantage de recherches pour déterminer qui seront les bénéficiaires finaux de l’opération. Il est pourtant évident que plus les familles riches achètent des titres, actions et biens immobiliers, plus la redistribution des richesses sera inégale.

À l’heure actuelle, près de 25 % des foyers aisés de la zone euro détiennent des actions ou des obligations. Ce chiffre n’est que de 2 % pour les foyers pauvres.

Taux d’intérêt

« Aussi longtemps que les taux d’intérêt restent bas et que la BCE intervient sur le marché des actions, nous serons de plus en plus confrontés à ces problèmes », prévient Kerstin Bernoth.

Pour elle, l’aggravation supposée de l’écart des richesses est dû au fait que les banques centrales ont appliqué une politique de « négligence moindre » et que l’objectif premier de la BCE est d’assurer la stabilité des prix. Ce n’est que lorsqu’elle aura atteint cet objectif que ses politiques économiques se concentreront sur l’emploi et la croissance.

L’impact réel de l’achat d’obligations doit encore être évalué, mais les Européens qui ne roulent pas sur l’or ont au moins une raison d’être optimistes : les chercheurs de l’institut de cherche estiment que si la BCE parvient à contribuer à la reprise économique à long terme, les foyers plus pauvres commenceront également à en profiter, grâce à une réduction du chômage et à des garanties sur l’inflation.

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