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24/01/2017

Les pro-Syriza déplorent le manque de soutien de la France à la Grèce

Euro & Finances

Les pro-Syriza déplorent le manque de soutien de la France à la Grèce

"Soyons socialistes, soutenons Syriza" avançait Emmanuel Maurel au dernier congrès du PS © PS

Le Parti socialiste souhaite que la Grèce reste dans la zone euro. L’aile gauche du parti de gouvernement regrette la position timorée du gouvernement français.

La gauche française, notamment le Parti socialiste, se montre très préoccupés par la crise grecque et l’hypothèse d’un Grexit. Au lendemain d’un Eurogroupe calamiteux pour la position française, qui est de préserver la zone euro à tout prix, le commissaire français Pierre Moscovici, puis le ministre français Michel Sapin et enfin le président de la République ont rappelé que la porte des négociations restait ouverte. « Il y a toujours la possibilité d’un accord avec la Grèce a assuré François Hollande à l’issue d’un conseil des ministres restreint autour du sujet grec.

Une position de principe maintes fois réaffirmée, mais dont la concrétisation se fait attendre.

L’aile gauche juge le gouvernement trop timoré

Le président du Parti socialiste, Jean-Christophe Cambadelis, d’origine grecque, ne cache pas son opposition de fond à l’hypothèse d’une sortie de la Grèce de la zone euro.

Il indiquait ainsi le 22 juin sur iTélé qu’une sortie de la Grèce de la zone euro serait « un saut dans le vide ». Pour l’aile gauche du Parti, la position du gouvernement face à la crise grecque est donc trop timorée.

Préserver la relation franco-allemande

« Le problème, c’est que François Hollande veut préserver sa relation avec Angela Merkel qui s’est récemment améliorée. Mais c’est inacceptable » assure l’eurodéputé Emmanuel Maurel.

Du côté des Verts, la réaction est comparable.

«Au fond, Hollande dit à Tsípras, en toute amitié : «Fais comme nous, plie le genou devant Merkel, tu iras prendre la fessée à Berlin parce qu’on ne veut pas changer un cadre que l’on trouve absurde.» Les pays européens refusent que Tsípras puisse remettre en cause un cadre absurde et Hollande, en particulier, ne veut pas donner au Premier ministre grec ce qu’il n’a pas réussi à faire en 2012 avec le traité de stabilité budgétaire qu’il s’était engagé à renégocier. Personne ne veut assumer le fait que l’Europe s’est trompée avec la Grèce» regrette l’eurodéputé Vert dans une interview au journal Libération.

La chancelière allemande a affirmé lundi qu’une réponse négative au referendum de dimanche marquerait la sortie de la Grèce de la zone euro.

« C’est normal que les Grecs aient claqué la porte des négociations vu ce qu’on leur demandait. Sur le document rendu public par la Commission, la liste des privatisations très longue illustre très bien l’obsession libérale » renchérit Emmanuel Maurel, faisant notamment référence à la privatisation des ports du Pirée, symbole des privatisations interrompues par la gauche radicale arrivée au pouvoir en décembre dernier.

Emmanuel Maurel et les Verts ne sont pas les seuls, en France, à soutenir Syriza de pied ferme.

Le sujet avait déjà divisé le Parti socialiste lors de son congrès, à Poitiers. Les anti-Syriza s’y étaient fait huer par les militants, alors que les pro-Syriza étaient au contraire applaudis.

« Tant pis pour les épargnants allemands »

« Il faut que la France s’engage résolument du côté des Grecs, et pas du bout des lèvres. Et tant pis si cela se fait aux dépens des vieux épargnants allemands ! » assène Emmanuel Maurel, qui souligne la percée continue des extrêmes lors des élections qui se déroulent en Europe depuis un an. Dernières en date, les élections au Danemark ont vu le parti populaire danois devenir la deuxième force politique du pays.

>>Lire : Les libéraux forment un gouvernement fragile au Danemark

La position du gouvernement français semble toutefois aujourd’hui délicate. Angela Merkel a ainsi affirmé, lundi, qu’il n’était pas question de rouvrir les négociations avant le résultat du référendum. Une affirmation à laquelle la France peut difficilement s’opposer frontalement sans compromettre le réchauffement qui s’est opéré entre les deux chefs d’Etat.

>>Lire : Quand la crise russe fortifie le couple franco-allemand

« Mais en terme de politique intérieure, François Hollande aurait tout intérêt à apparaître comme le sauveur du peuple grec, ce à quoi il travaille, même si cela devient compliqué » reconnait une source au parti socialiste. D’autant qu’en face, Les Républicains ont adopté une position décomplexée contre le gouvernement de Syriza, assez proche de celle des institutions européennes paradoxalement.

La député européenne Françoise Grossetête a qualifié dans un communiqué lundi Alexei Tsipras en tant que « fossoyeur de la solidarité européenne ».

« Prendre aujourd’hui unilatéralement la décision de ne pas respecter les contreparties, c’est un déni de démocratie majeur vis à vis des citoyens français, allemands, qui ont largement contribué, et de tous les citoyens européens qu’un défaut de la Grèce plongerait dans une période d’instabilité économique et géopolitique sans précédent » a ainsi indiqué l’élue.

Réactions

Le Bureau national du Parti socialiste a adopté lundi 29 juin une résolution proposant "de partir d'une renégociation de la dette grecque soutenable quelle que soit l'aide engagée. 
Les conditionnalités demandées par les institutions créditrices ne peuvent pas réduire la croissance de la Grèce. Elles doivent s’orienter davantage vers des réformes structurelles institutionnelles. Le parti au pouvoir s’y était d’ailleurs engagé lors de sa campagne, par une réforme de son système fiscal par exemple. En outre les populations les plus touchées par la crise doivent être protégées. 
En second lieu, l’Europe doit permettre à la Grèce de se développer et retrouver les moyens de se financer pour investir. Pour ce faire, c’est une solidarité avisée qui doit voir le jour, une solidarité dont l’Europe toute entière.

Contexte

Le parti anti-austérité Syriza a remporté une victoire écrasante lors des élections anticipées du 25 janvier dernier en Grèce, mais n'a pas obtenu une majorité absolue au parlement.

Son chef de file, Alexis Tsipras, a affirmé que le « cercle vicieux de l'austérité » était terminé, déclenchant ainsi des réactions variées au sein de l'UE.

Les proposition de réformes avancées par Athènes n'ont pas convaincu l'Eurogroupe et les créanciers du pays, et la Grèce, qui ne peut plus honorer ses dettes, se retrouve dans une situation plus précure que jamais.

>> Lire : La victoire de Syriza brave l'austérité en Europe