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07/12/2016

L’Italie risque un bras de fer avec Bruxelles sur son déficit

Euro & Finances

L’Italie risque un bras de fer avec Bruxelles sur son déficit

Le gouvernement de Matteo Renzi a revu à la baisse ses prévisions de croissance en fin de semaine dernière.

@LucianoMortula

L’Italie a dû revoir ses prévisions de croissance à la baisse et relever celle de son déficit public pour 2017. Au risque d’un nouveau bras de fer avec Bruxelles.

Après trois années de récession, l’Italie a renoué avec la croissance début 2015, mais le rythme de la reprise, même si celle-ci se confirme, est plus lent qu’attendu.

Après une croissance de 0,8 % l’an passé, soit la moitié de la moyenne des pays de la zone euro, le gouvernement de Matteo Renzi a revu à la baisse ses prévisions en fin de semaine dernière, comme l’avaient déjà fait auparavant organisations internationales et analystes.

Rome table désormais sur une hausse de son Produit intérieur brut italien (PIB) de 1,2 % en 2016 et de 1,4 % en 2017, contre 1,6 % attendu précédemment durant les deux années.

La raison : comme le reste de l’Europe, l’Italie est touchée par le ralentissement mondial, notamment par la « stagnation des marchés émergents, alors qu’elle est un pays exportateur », explique Pietro Reichlin, professeur de macroéconomie à l’université Luiss de Rome.

>> Lire : Bruxelles ne fléchit pas sur les règles budgétaires

S’y ajoute une accumulation d’obstacles structurels ou hérités des années précédentes, souligne-t-il, comme un manque de productivité, « une politique budgétaire restrictive en raison du niveau très élevé de la dette » – d’où un niveau de taxes importantes – ou encore la difficulté pour les banques d’accorder des crédits, et donc d’accompagner la reprise, alors qu’elles sont handicapées par le poids des créances douteuses.

Dans ce contexte de croissance ralentie, le gouvernement attend un déficit nettement plus élevé que prévu pour 2017, au risque d’irriter la Commission européenne, tout en se montrant en revanche plus accommodant pour 2016 vis-à-vis des demandes de Bruxelles.

Le déficit italien devrait ainsi atteindre 2,3 % du PIB en 2016 – au lieu de 2,4 % prévu dans le budget adopté en décembre – mais 1,8 % l’année suivante, soit 0,7 point de plus qu’anticipé auparavant.

Et pas question pour le gouvernement de revoir de nouveau son budget. Selon lui, une politique budgétaire plus restrictive aurait un effet « contreproductif » en raison notamment d’un « risque de déflation et de stagnation lié au contexte international ».

Plus de flexibilité

Rome compte donc une nouvelle fois sur Bruxelles pour se voir accorder de la « flexibilité », en soulignant que le déficit reste bien en dessous des 3 % du PIB requis et que l’économie a besoin d’oxygène pour continuer à croître. « Le déficit diminue », insiste le ministre des Finances, Pier Carlo Padoan.

La Commission européenne doit se prononcer en mai, mais elle a déjà fait savoir à plusieurs reprises que l’Italie avait déjà largement bénéficié de mesures de flexibilité budgétaire, un sujet qui avait donné lieu à de nombreuses joutes verbales ces derniers mois.

>> Lire : Luis de Guindos : la croissance est plus importante que le déficit

Bruxelles craint un déraillement du processus de désendettement : la dette italienne est en effet gigantesque, s’élevant à près de 2.200 milliards d’euros.

Selon M. Reichlin, la taille de la dette semble néanmoins « sous contrôle ».

D’autant que le remboursement des intérêts de la dette en pourcentage du PIB est amené à diminuer dans les années à venir.

Après avoir représenté l’an passé 132,7 % du PIB, la dette doit descendre à 132,4 % en 2016, contre 131,4 % prévu initialement, puis à 130,9 % en 2017, selon les nouvelles prévisions du gouvernement.

« M. Renzi espère que la Commission accordera à l’Italie plus de flexibilité budgétaire comme une récompense pour les réformes menées sur le marché du travail et le système bancaire », note Raj Badiani, expert du cabinet IHS.

Le gouvernement a pris plusieurs mesures ces derniers mois pour favoriser une consolidation du secteur bancaire et aider les banques à se débarrasser des créances douteuses, des questions à l’origine de vives inquiétudes sur la place financière milanaise depuis le début de l’année.

Lundi soir, il s’est félicité de la mise en place par les institutions financières, avec le soutien de la Caisse des Dépôts, d’un fonds pour garantir les recapitalisations des banques et la cession des créances douteuses.