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06/12/2016

Luis de Guindos : la croissance est plus importante que le déficit

Euro & Finances

Luis de Guindos : la croissance est plus importante que le déficit

The Spanish minister Guindos questioned the concept of structural effort requested to Spain as it is a “debatable concept”.

[CONSILIUM]

« Au vu de la situation mondiale, le plus important est la croissance économique », a déclaré le ministre espagnol de l’Économie, Luis de Guindos, après le Conseil « Ecofin » du 12 février.

Soutenir la croissance à moyen et long terme est plus important « qu’un, deux ou trois dixièmes de points de déficit », a estimé Luis de Guindos.

La Commission s’est heurtée à l’Espagne et à l’Italie et à leurs objectifs budgétaires, Madrid et Rome craignant que la rigueur budgétaire de Bruxelles ne fasse qu’aggraver la récession.

Le tableau est sombre, l’Europe est plus en plus menacée, les marchés traversent des turbulences et le système bancaire sème le doute.

Dans ce contexte, l’Italie et l’Espagne tentent d’assouplir la trajectoire budgétaire tracée avec l’UE. Les troisième et quatrième plus grandes économies de la zone euro considèrent que des coupes supplémentaires dans leurs dépenses publiques pourraient entraver leur production.

>> Lire : Les États membres limitent la flexibilité du pacte budgétaire

Luis de Guindos, membre du club des pays favorables à l’austérité, mené par l’Allemagne, se considère comme « plutôt orthodoxe » en ce qui concerne la politique économique. Il estime pourtant que les ajustements économiques affectent la croissance à court terme. Ainsi, il estime que pour gagner quelque 0,6% de PIB, on sacrifierait la croissance économique, à hauteur de 1 % du PIB.

L’Espagne est censée faire passer son déficit de 4,5 % du PIB en 2015 à 2,8 % en 2016. Cela représente un ajustement d’environ 17 milliards d’euros, et 8 milliards d’euros de plus que les projections budgétaires présentées par l’Espagne pour 2016.

Titanic

De son côté, le Premier ministre italien, Matteo Renzi, a critiqué les règles budgétaires de l’EU et la Commission qui n’accorde pas assez de marge de manœuvre budgétaire à l’économie italienne.

L’ancien maire de Florence a ainsi qualifié le pacte de stabilité et de croissance de « pacte de stupidité », et a comparé l’UE à l’orchestre jouant sur le Titanic. Pour lui, l’UE ne parvient pas à trouver des solutions pragmatiques aux nombreuses crises qui affectent le continent.

L’Italie et l’Espagne sont dans le même bateau pour l’obtention de temps supplémentaire pour équilibrer leurs comptes publics.

L’Italie se trouve dans la catégorie préventive du pacte de stabilité et de croissance, où la Commission peut faire preuve de plus de souplesse dans la prise en compte de facteurs tels que les réformes structurelles, l’investissement ou le cycle macroéconomique pour accorder un délai supplémentaire afin d’atteindre des niveaux d’endettement viables.

L’Espagne, elle, se trouve dans une situation plus difficile puisqu’elle est dans le volet correctif du pacte et peine à former un gouvernement suite aux élections du 20 décembre dernier.

Les trois principaux partis du pays (PP, PSOE et Ciudadanos) ont uni leurs forces pour obtenir un délai de la part de Bruxelles. Les responsables de la Commission ont toutefois insisté sur le fait qu’il donnerait un peu de marge à l’Espagne seulement si le pays adoptait des réformes structurelles suffisantes.

En effet, selon les prévisions de la Commission, l’Espagne est loin d’atteindre ses objectifs de réduction du déficit en 2015 et 2016. Ainsi, il sera plus difficile pour le pays d’obtenir un délai pour faire passer son déficit sous la barre des 3 % du PIB sans s’enfoncer dans la procédure d’infraction.

Pas de marge de manœuvre pour l’Espagne

Selon la récente interprétation du pacte de stabilité et de croissance par l’exécutif, des réformes structurelles accompagnées d’un calendrier crédible pourraient être considérées comme un facteur déterminant pour une prolongation du délai de réduction du déficit pour les pays du volet correctif.

Pour Luis de Guindos, le concept même d’efforts structurels est « un concept discutable ». « Le plus important pour atteindre les objectifs est de maintenir la croissance économique », a-t-il insisté. Malgré l’aggravation de la situation économique, le ministre de l’Économie a estimé qu’il serait possible de connaitre une croissance à 3,5 % du PIB en 2016.

Fermeté

Les demandes de l’Italie et de l’Espagne sont restées lettre morte au sein des institutions.

« Le marché est actuellement très volatile. Il est donc très important d’assurer la stabilité financière et des finances publiques saines », a expliqué Valdis Dombrovskis, commissaire à l’euro, le 12 février. Il a ajouté que l’exécutif n’avait pas prévu de « changement majeur », vis-à-vis des objectifs à moyen terme de l’Italie.

Sur un ton similaire, le président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, a déclaré après la réunion de l’Eurogroupe du 11 février que lorsque les marchés étaient instables, il fallait faire preuve de fermeté. Et dans ce cas, cela revient à dire « tenons-nous-en à ce que nous avons décidé et essayons de remplir nos obligations », a-t-il déclaré, faisant référence au cas espagnol.

La Commission évaluera la situation de l’Espagne et de l’Italie en mai prochain, lors de l’examen des programmes budgétaires et des réformes des États membres.

La Commission a récemment a approuvé le budget du Portugal pour 2016 après de longues tractations. L’année risque d’être difficile, alors que l’UE est plongée dans la crise des réfugiés et que le référendum du Royaume-Uni remet en cause l’intégrité du projet européen.

Contexte

La communication interprétative du pacte de stabilité et de croissance, adopter par le collège des commissaires le 13 janvier était une promesse faite par Jean-Claude Juncker au groupe socialiste en échange de leur soutien pour être nommé président de la Commission.

Les experts considèrent que la nouvelle interprétation représente une avancée réelle et saluent en particulier la possibilité de faire un écart temporaire vis-à-vis de la procédure concernant les déficits excessifs, quand les réformes sont prévues, mais pas encore légalement approuvées.

La communication de la Commission européenne confirme que l'application des réformes structurelles sera considérée comme un facteur important de la procédure concernant les déficits excessifs. Comme il n'existe pas de cadre méthodologique permettant d'évaluer les conséquences budgétaires des réformes structurelles, l'exécutif européen décide d'accorder ou non le droit de faire jouer la clause de réforme sur la base du plan de réforme élaboré par l'État membre en question lors de la mise à jour annuelle des programmes de stabilité et de convergence. Ce plan de réforme doit notamment inclure des informations détaillées et vérifiables et des prévisions raisonnables sur l'adoption et la concrétisation des réformes envisagées.

Le service juridique du Conseil a publié une opinion début avril remettant en question ce point de la communication de la Commission sur le pacte de stabilité et de croissance. Le Conseil estime cependant qu'une simple annonce des réformes à venir, aussi crédible et détaillée soit-elle, n'est pas suffisante.

Face aux critiques, la Commission a insisté sur le fait que sa communication était légalement fondée et se trouvait dans le cadre de ses compétences.