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25/09/2016

Manuel Valls renouvelle son soutien à l’axe franco-allemand

Euro & Finances

Manuel Valls renouvelle son soutien à l’axe franco-allemand

Manuel Valls à l'université d'été du Parti socialiste en 2012 - ©Mathieu Delmestre/PS

Le premier ministre Manuel Valls s’est adressé au patronat français à l’occasion de l’université d’été du Medef en instistant sur l’importance de la réduction des déficits publics en France, un sujet qui préoccupe l’Allemagne

Le discours de Manuel Valls devant le patronat français réuni à Jouy-en-Josas à l’occasion de l’université d’été du Medef n’a pas fait l’impasse sur le sujet de discorde du moment: les politiques économiques et budgétaire en France et au sein de la zone euro et le rôle de l’Allemagne.

La question de la poursuite des politiques de rigueur afin de respecter le pacte budgétaire européen et celle de la de la relance de la croissance ont largement agité la classe politique française ces derniers jours et mené à la démission du gouvernement et l’éviction des ministres contestant la politique de réduction des déficits.

Main tendue à l’Allemagne

Face à un public de chef d’entreprises et d’entrepreneurs, le Premier ministre Manuel Valls a insisté sur l’importance du tandem franco-allemand. « l’Europe a plus que jamais besoin d’une entente forte, durable et productive entre la France et l’Allemagne », en refusant tout « un face-à-face absurde avec l’Allemagne ». 

Des déclarations destinées à clore définitivement la polémique qu’avait soulevée il y a quelques jours le ministre de l’Economie sortant, Arnaud Montebourg, en accusant l’Allemagne d’être « obsédée » par la réduction des déficits publics en Europe. 

>>Lire : Le nouveau gouvernement français donne des gages à l’Europe libérale

Au lendemain d’un remaniement marqué par une orientation plus libérale donnée au nouveau gouvernement, Manuel Valls a tenu a rappelé l’importance de l’investissement en Europe afin de faire redémarrer une croissance toujours faible en zone euro, en s’appuyant notamment sur les récentes déclarations du patron de la Banque centrale européenne.

« Comme l’a souligné Mario Draghi à Jackson Hole, la semaine dernière, nous pouvons avoir des politiques budgétaires européennes plus favorables à la croissance » a affirmé le premier ministre.

Rappelant l’engagement du nouveau président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, en faveur d’un plan d’investissement de 300 milliards d’euros sur 3 ans, Manuel Valls a appelé la Commission a en préciser les contours, ainsi qu’a « s’engager en faveur de l’investissement public et privé ».

Réduction des déficits

Malgré son plaidoyer en faveur de la relance via l’investissement, le premier ministre a fermement rappelé les engagements européens de la France en matière budgétaire.

« Il doit y avoir une réduction des déficits publics en Europe et tout particulièrement en France » a-t-il souligné.

Mais s’il est indispensable, l’assainissement des finances publiques « doit être adapté à la situation économique actuelle » a-t-il nuancé

« Il ne s’agit pas de se défausser en demandant de changer les règles, en laissant filer les déficits, en s’exonérant des réformes nécessaires, ou bien encore en montrant du doigt l’Allemagne. Il s’agit de regarder les choses en face : aujourd’hui, la faiblesse de l’inflation, l’absence de croissance, alors que la crise frappe depuis 6 ans, sont des circonstances exceptionnelles » a-t-il poursuivi, expliquant que « créer de l’austérité » mettrait « en danger le projet européen ».

Les gouvernements européens doivent présenter à la Commission européenne leur projet de budget 2015 en octobre prochain et l’exécutif de l’UE se prononcera sur leurs progrès en matière de réformes en fonction de ses propres prévisions économiques qui seront publiées en novembre.

Faute de croissance , la France ne pourra pas atteindre l’objectif de ramener son déficit à 3 %  d’ici 2015, et devra probablement négocier un nouveau délai avec l’exécutif européen. 

La Commission veille au grain

De son côté, la Commission européenne a salué la volonté du nouveau gouvernement français de poursuivre les réformes structurelles et l’a encouragé à les accélérer pour doper la croissance.

« Il n’y a pas de temps à perdre », a déclaré Simon O’Connor, porte-parole du commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires Jyrki Katainen, au lendemain du remaniement.

« Nous pensons qu’il est important que le premier ministre ait confirmé l’intention de son gouvernement de maintenir le cap des réformes », a-t-il ajouté lors d’un point de presse.

« Les réformes sont essentielles pour stimuler la croissance et l’emploi en France et pour assurer que cette croissance reste soutenable », a poursuivi le porte-parole. « Il est urgent pour la France, mais pas seulement pour la France, également pour les autres pays qui sont dans une situation similaire, d’accélérer le travail qu’ils font, les réformes structurelles. »

Plaidoyer en faveur du nucléaire

Enfin, le premier ministre n’a pas hésité à sortir des clous de son discours pour affirmer son soutien à la filière nucléaire française, alors que le projet de loi relatif à la transition énergétique pour la croissance verte doit être très prochainement examiné à l’Assemblée nationale.

« Je considère que la filière nucléaire est plus que jamais une grande filière d’avenir pour notre pays » a-t-il soutenu.  

Le projet de loi sur la transition énergétique conserve une réserve une place importante au nucléaire. Sa part du nucléaire dans la production d’électricité en France doit en effet passer de 75 % à 50 % d’ici à 2025. 

Contexte

L'aile gauche du Parti socialiste est très critique sur la politique économique du gouvernement français depuis le printemps dernier. Le ministre de l'Economie, Arnaud Montebourg, a de son côté pris l'habitude de régulièrement fustiger les politiques européennes, qu'il s'agisse de la politique de la concurrence ou de politique monétaire. La cohésion gouvernementale était sérieusement remise en question par les divergences fondamentales du Parti socialiste en matière de politique économique, et le Premier ministre Manuel Valls a du former un nouveau gouvernement mardi 26 août 2014.