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23/01/2017

Mario Monti dénonce le déficit démocratique dans la gestion de la crise grecque

Euro & Finances

Mario Monti dénonce le déficit démocratique dans la gestion de la crise grecque

En faisant fi du « non » retentissant des électeurs grecs lors du référendum, l’Europe a clairement violé la démocratie, estime l’ancien premier ministre italien, Mario Monti. 

Lors de l’événement annuel de l’État de l’Europe, organisé à Bruxelles par Les Amis de l’Europe, le 22 octobre, Zoe Konstantopoulou, ancienne présidente du parlement grec, a sévèrement critiqué le rôle des institutions européennes dans la crise humanitaire actuelle en Grèce.

« Pourriez-vous avoir confiance en l’UE si on vous disait que le vote de votre pays et les décisions en justice de vos juges ne comptaient pas ? », souligne-t-elle.

Zoe Konstantopoulou a été présidente de la Vouli, le parlement grec, pendant le premier mandat de la coalition emmenée par Syriza et était une alliéedu Premier ministre, Alexis Tsipras.

>> Lire : L’accord grec suscite la colère de certains députés Syriza

Après l’accord conclu entre Athènes et ses créanciers internationaux cet été, la député a quitté Syriza et intégré le nouveau parti de gauche Unité populaire, sous l’égide de l’ancien ministre de l’Énergie, Panagiotis Lafazanis.

Lors des récentes élections anticipées à Athènes, le tout nouveau parti n’a cependant pas réussi à récolter les 3 % de voix nécessaires à l’obtention d’un siège au parlement.

>> Lire : Syriza et ses frondeurs s’écharpent avant le scrutin en Grèce

Une dette insoutenable

Zoe Konstantopoulou et Mario Monti, ancien Premier ministre italien, ont eu un échange animé lors du débat de l’État de l’union le 22 octobre.

Pour l’ancienne députée grecque, qui critique vertement l’UE, quand les principes démocratiques de l’UE sont ébranlés, « il est de notre devoir d’en parler clairement et honnêtement ».

« L’Europe s’éloigne constamment de ses valeurs fondamentales, la démocratie, les droits de l’Homme, les libertés et la prospérité de ses peuples et de ses sociétés », accuse-t-elle avant de rappeler : « Les Grecs ont été sacrifiés et crucifiés depuis plus de cinq ans maintenant, pour rembourser une dette qui a été jugée absolument impossible depuis 2010, ce dont l’UE et le FMI avaient conscience. Cette dette a été appelée une dette ‘publique’ alors même qu’elle impliquait au départ des banques privées en Allemagne, en France et en Grèce. »

Le référendum du 25 juin 2015, dans lequel 62 % des Grecs ont voté contre la proposition de renflouement, secondée de mesures d’austérité, avancée par la Commission européenne, le FMI et la Banque centrale européenne, s’est déroulé dans une situation d’étranglement, condamne-t-elle.

« Le référendum a eu lieu au terme d’une semaine de fermeture des banques, comme cela s’était déjà passé à Chypre en 2013 », souligne-t-elle.

 >> Lire : L’euroscepticisme gagne du terrain à Chypre

Zoe Konstantopoulou a aussi accusé l’exécutif européen d’être intervenu dans le référendum.

« Plusieurs représentants de l’UE et de la Commission ont menacé la population, leur assurant par exemple que le pays serait la proie d’un désastre humanitaire si le « non » l’emportait. Pour renouer avec la confiance des citoyens, l’UE doit retrouver son âme démocratique », estime-t-elle.

>> Lire : Le référendum grec divise la zone euro

Des torts partagés, pour Mario Monti

Mario Monti, ancien commissaire européen et Premier ministre italien de 2011 à 2013, a répondu en déclarant que l’UE n’était pas la seule responsable de la situation.

« Les choses se passeraient mieux si vous acceptiez qu’une partie de cette dette a été créée par les Grecs tout simplement, comme cela a été le cas en Italie. Il ne sert à rien de rejeter la faute sur le reste de l’Europe », a-t-il souligné.

« La Grèce a eu une succession de très mauvais gouvernements, de droite comme de gauche, pendant des décennies, et cela a engendré de lourdes conséquences. C’est exactement la raison pour laquelle vous [Syriza] avez remporté un succès aussi éclatant lors des élections de janvier [2015]. »

Mario Monti s’est aussi inquiété du fait que l’attitude de l’ancienne députée rend la solidarité européenne impossible « ce qui sera préjudiciable à la fois pour votre peuple, la stabilité et la croissance potentielle de l’UE ».

Il a admis que la Troïka avait commis un grand nombre d’erreurs « qui n’auraient pas eu lieu si l’Allemagne avait eu un peu plus confiance dans la capacité de la Commission à faire appliquer les accords et n’avait pas jugé nécessaire de se tourner vers le FMI ».

En ce qui concerne le référendum, Mario Monti a cependant une opinion très tranchée: la démocratie a été bafouée. « Nombre d’entre nous ont salué la décision d’Alexis Tsipras de se tourner directement vers le peuple avec ce référendum. Le « non » a remporté une grande majorité des voix. Il a ensuite décidé de ne pas tenir compte du résultat du référendum et d’accepter un accord très lourd pour les Grecs. Je pense que cette décision était sage et a été prise dans l’intérêt du peuple grec, mais elle était tout à fait non-démocratique. »

Mario Monti a également souligné qu’il trouvait l’opinion publique grecque très mature, comparée aux opinions italienne ou française, par exemple. « [Les citoyens] veulent que la Grèce reste dans l’euro et tous les gouvernements savent qu’il ne sert à rien d’essayer de forcer une sortie de la monnaie unique », assure-t-il. « Malgré le fait que les Italiens aient moins souffert, de plus en plus d’entre eux se tournent vers une sortie de l’euro. »

Réactions

Mario Monti a réagi à cet article. « EurActiv a eu raison de dire que j’estime que la démocratie a été violée en Grèce après le référendum. En revanche, je n’ai pas dit, contrairement à ce que relate l’article, qu’‘en faisant fi du « non » retentissant des électeurs grecs lors du référendum, l'Europe a clairement violé la démocratie’. Ce que j’ai dit, c’est que le Premier ministre, Alexis Tsipras, avait violé la démocratie en acceptant un accord encore plus lourd pour la Grèce que celui qui avait été rejeté par le référendum […]. J’ai aussi expliqué que, selon moi, à part cette déviation de la démOcratie imputable à Alexis Tsipras, et non à l’Europe, l’issue finale (enlève FINALE) de cette crise est (ETAIT) la meilleure possible, à la fois pour la Grèce et pour l’Europe. »