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04/12/2016

Passe d’armes entre l’Italie et Bruxelles sur le budget

Euro & Finances

Passe d’armes entre l’Italie et Bruxelles sur le budget

Matteo Renzi et Jean-Claude Juncker

Jean-Claude Juncker a critiqué le projet de budget italien après des attaques de Matteo Renzi ce dimanche. Derrière cette passe d’armes se trouve le référendum du 4 décembre. Un article de notre partenaire la Tribune.

À moins d’un mois du référendum constitutionnel du 4 décembre qui s’annonce plus difficile que jamais pour le président du Conseil italien Matteo Renzi, le ton montre entre ce dernier et le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. Dimanche 6 novembre, le chef du gouvernement italien avait promis que « toutes les dépenses de reconstruction des écoles » dans les communes touchées par les récents séismes qui ont frappé le centre de la Péninsule, seraient « exclues » du pacte de stabilité. « Nos enfants valent plus que les fonctionnaires du pacte de Bruxelles », avait alors lancé Matteo Renzi.

Vifs échanges sur le budget

L’Italie tente d’imposer un budget affichant un déficit de 2,4 % du PIB l’an prochain et incluant des mesures de relance de l’investissement public. C’est certes moins que les fameux 3 % du PIB du traité de Maastricht, mais ces 3 % ne sont plus le seul critère en jeu depuis 2012 et l’adoption du pacte budgétaire. Compte tenu de l’importante dette publique du pays (133 % du PIB), Bruxelles exige une réduction continue du déficit. L’Italie avait initialement proposé un déficit de 1,7 % du PIB, mais le projet de budget a renoncé à cet objectif, notamment en raison de la faiblesse persistante de la croissance. Rome a demandé une validation de ce budget à Bruxelles, principalement en raison du poids de la crise des réfugiés et des séismes.

La réponse de Jean-Claude Juncker n’a pas tardé ce lundi. Il a estimé que le coût des deux crises qui ont touché l’Italie ne représentait que 0,1 % du PIB. La commission n’entend donc vraisemblablement pas valider le budget italien. Mais elle se défend. « Les politiques d’austérité n’ont pas été poursuivies avec cette commission comme elles ont été mises en pratique par la précédente », s’est défendu l’ancien premier ministre du Luxembourg qui a demandé à Matteo Renzi de cesser ses critiques.

Campagne référendaire difficile

Le fond de ce duel verbal est la situation délicate de Matteo Renzi dans la campagne référendaire où il s’est beaucoup investi. Le « non » aux réformes constitutionnelles proposées par le gouvernement reste en tête dans les sondages, même si l’écart est faible. Le président du conseil a répété qu’en cas de victoire du « non », il démissionnerait et il y aura de nouvelles élections. Or, le parti eurosceptique du Mouvement 5 Étoiles est actuellement en tête dans les sondages. Matteo Renzi compte beaucoup sur ce budget et sur une confrontation victorieuse sur Bruxelles pour rallier des électeurs le 4 décembre. Le tout sur fond de montée de l’euroscepticisme, dont l’Italie est devenue un bastion.

Situation économique difficile

L’Italie a beaucoup souffert de la politique menée par Mario Monti, président du Conseil imposé par la BCE en novembre 2011 (et qui, aujourd’hui appelle à voter « non »). Cette politique a alourdi le poids de la dette publique qui grève la croissance italienne, a accéléré la désindustrialisation, affaibli les banques, augmenté le chômage et réduit la demande intérieure. La croissance italienne demeure structurellement plus faible que celle du reste de la zone euro. Au deuxième trimestre, la croissance a été de 0,7 % sur un an contre 1,6 % dans la zone euro. C’est la troisième plus faible de l’UEM. Cette situation ne saurait être résolue par une simple baisse du déficit budgétaire alors que le pays affiche des excédents primaires depuis une vingtaine d’années, en dehors des périodes de crise. Le pays a clairement besoin d’investissement que le secteur privé, paralysé par des banques fragilisées et de faibles perspectives de croissance de la demande interne, ne peut fournir.

Embarras à la Commission

Matteo Renzi fait donc le choix de faire plier la Commission pour inverser la tendance. Mais Bruxelles ne l’entend pas de cette oreille. La Commission, déjà très critiquée après l’absence de sanctions attribuées à l’Espagne et au Portugal en juillet, est sous pression, notamment de l’opinion publique allemande.

Elle ne peut donner l’impression de céder trop de terrain à l’Italie pour des raisons politiques, au risque de voir la presse conservatrice allemande fustiger son laxisme pour raison politique. Mais elle ne doit pas non plus donner l’impression de frapper trop fort pour ne pas provoquer une victoire du « non » comme une réaction contre l’UE. D’où son embarras. Embarras d’autant plus justifié qu’elle doit en théorie rendre son avis sur le budget italien avant le 30 novembre, quelques jours avant la date du référendum…

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