Rajoy craint qu’une victoire du FN ne «détruise» l’Europe

Le gouvernement Rajoy est optimiste sur les perspectives économiques espagnoles. [Consilium]

À l’approche des élections françaises et allemande, Mariano Rajoy, Premier ministre espagnol s’est inquiété de la possibilité d’une victoire des forces populistes, qui serait un « désastre » pour l’Europe.

Le 26 janvier, Le Premier ministre expliquait lors d’une interview radio que les efforts du gouvernent espagnol pour équilibrer sa dette étaient reconnus et appréciés en Europe. L’Eurogroupe semble en effet prêt à donner son feu vert à la proposition de budget revue présentée par Madrid.

L’entretien s’est cependant rapidement porté sur les élections à venir et Mariano Rajoy a exprimé son inquiétude vis-à-vis de la candidate d’extrême droite française, Marine Le Pen, et du parti anti-immigration allemand AfD.

« Je ne veux même pas y penser, ce serait un désastre, cela signifierait tout simplement la destruction de l’Europe », a-t-il déclaré. « Marine Le Pen a annoncé son intention d’organiser un référendum. Elle veut que la France quitte l’Europe, comme si l’Europe était la source de tous les malheurs. J’aimerais qu’elle visite le reste du monde. »

Mariano Rajoy garde pourtant espoir : « je suis convaincu que tout ira bien en Allemagne, et je suis absolument convaincu qu’il n’y aura pas de problème en France ».

Les sondages indiquent que la candidate du Front national français atteindra le second tour des élections présidentielles du mois de mai. Le soutien de l’AfD, en Allemagne, est pour sa part plus modeste et s’élèverait à entre 12 et 15%.

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Feu vert pour le budget

Les commentaires du Premier ministre espagnol devaient coïncider avec une décision de l’Eurogroupe sur le nouveau budget espagnol, soumis en décembre après quelques modifications. Le projet inclut à présent des mesures visant un déficit de 3 ,1% du PIB pour 2017, comme exigé par l’UE cet été.

L’approbation finale de l’Eurogroupe ne sera accordée qu’après l’évaluation de la Commission. Celle-ci toutefois a prévenu la semaine dernière que Madrid pourrait passer à côté de son objectif, étant donné l’optimisme du gouvernement dans ses prévisions de croissance.

Ni la Commission ni l’Eurogroupe n’ont cependant demandé de nouvelle modification du projet à ce jour. L’exécutif européen a cependant « invité » le gouvernement espagnol à « se préparer à prendre des mesures supplémentaires », dans le cas où de nouveaux risques se matérialisaient.

Les institutions européennes n’ont cependant aucune intention de faire pression sur Madrid à ce stade. L’Espagne, quatrième économie du bloc, est en effet le seul grand membre de la zone euro à ne pas voter cette année.

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Optimisme

Luis de Guindos, ministre espagnole l’Économie, a indiqué que la légère différence entre les déficits prévus par le gouvernement et la Commission était due à des prévisions de croissance « un peu plus optimistes » de la part de Madrid. L’Espagne compte en effet sur une croissance de 2,5%, alors que Bruxelles prévoit 2,3%. Étant donné la bonne évolution de l’économie espagnole ces derniers mois, le ministre s’est cependant déclaré « convaincu » que la Commission ajusterait ses prévisions.

Luis de Guindos s’est donc présenté à Bruxelles plein d’optimisme et muni d’une bonne nouvelle : le taux de chômage n’a plus été aussi bas depuis sept ans. Au dernier quadrimestre de 2016, ce taux est en effet tombé à 18,6%, un niveau qui n’avait plus été égalé depuis les derniers mois de 2009, selon les données fournies par l’institut national de statistiques.

Problèmes grecs

Les ministres des Finances de la zone euro devaient également se pencher sur le programme grec. Les institutions européennes rencontrent en effet des difficultés dans la finalisation du deuxième examen du troisième programme de renflouement du pays, qui pèse 86 milliards.

Le FMI et la Commission sont par ailleurs en désaccord quant à la voie que la Grèce devrait emprunter après 2018 et la fin du programme de sauvetage.

Euclide Tsakalotos, le ministre grec des Finances, a rencontré son homologue allemand, Wolfgang Schauble, et le président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, avant la réunion de l’Eurogroupe. Berlin est le principal créancier de la Grèce, et s’oppose à tout allègement de la dette.

Jeroen Dijsselbloem a déclaré que l’examen du programme de renflouement ne pourrait être finalisé sans davantage de discussions avec le gouvernement grec. Un représentant de l’Eurogroupe a indiqué à Reuters qu’il y avait « de bonnes chances » pour que les membres de la zone euro acceptent de renvoyer les négociateurs à Athènes pour qu’un accord soit atteint en février.

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