Réouverture de la Bourse d’Athènes sur fond de désaccord entre les créanciers

Après cinq semaines de fermeture, la Bourse d’Athènes rouvre lundi 3 août dans une ambiance qui s’annonçait mouvementée et sur fond de préparation d’un troisième plan international d’aide à la Grèce.

La Bourse avait été fermée le 26 juin, à la veille de l’annonce surprise par Alexis Tsipras d’un prochain référendum sur les nouvelles mesures d’austérité proposées à son pays. Le Premier ministre grec espérait sortir de l’impasse dans laquelle s’étaient retrouvées les négociations avec les créanciers, l’UE et le FMI, en soumettant ainsi leur offre d’accord sur le financement à la population.

Cette décision avait provoqué la panique des épargnants qui s’étaient précipités aux distributeurs de billets pour retirer de l’argent, aggravant une lente hémorragie des dépôts depuis décembre 2014. Devant le risque d’un effondrement des banques, le gouvernement avait décrété un contrôle des capitaux et la fermeture à la fois des banques, qui ont finalement rouvert le 20 juillet, et de la Bourse.

Lundi, les opérations boursières ont repris normalement pour les investisseurs étrangers, mais elles seront plus encadrées pour les investisseurs locaux. Ces derniers ne pourront pas financer l’achat de titres en retirant de l’argent sur leurs comptes bancaires en Grèce, restant ainsi soumis au contrôle des capitaux en vigueur dans ce pays. Ils pourront en revanche se servir de comptes à l’étranger ou effectuer des transactions en liquide.

L’indice ATHEX, qui avait perdu 22,82% dans les premiers échanges, avait légèrement limité ses pertes au bout de deux heures de séance, à -18,21 %.

Les valeurs bancaires, dans l’œil du cyclone en raison de la fragilité du secteur affaibli par plus de 40 milliards d’euros de retrait depuis décembre, restaient en revanche affecté depuis l’ouverture, avec des pertes de près de 30 %.

Cette dégringolade était attendue après une fermeture du marché grec durant cinq semaines pour le préserver des turbulences liées à l’impasse dans laquelle se trouvait fin juin les négociations entre la Grèce et ses créanciers UE et FMI sur la reprises du financement du pays.

« Nous nous attendons à de la pression. Les marchés ne manqueront pas de répercuter une telle interruption [des opérations à la Bourse, NDLR]. Mais nous ne devons pas nous laisser emporter », avait déclaré peu avant la réouverture de la bourse le président de la Commission des marchés, Konstantinos Botopoulos, sur la radio Skai. 

 « Schäuble se trompe »

La Grèce et ses créanciers ont conclu le 13 juillet un accord aux forceps afin de négocier un troisième plan d’aide au pays dont les discussions s’annoncent très dures, en raison notamment de divergences entre créanciers sur un allègement de la dette publique grecque, soutenu par la Banque centrale européenne, le Fonds monétaire international et la France. L’Allemagne continue pourtant de s’opposer à une telle mesure.

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Dimanche, le ministre français des Finances, Michel Sapin, a estimé dans un entretien à un journal allemand que son homologue allemand Wolfgang Schäuble « se trompait » en proposant une sortie temporaire d’Athènes de la zone euro.

« Je crois que M. Schäuble se trompe et rentre même en contradiction avec sa volonté profondément européenne. Cette volonté, c’est aussi la mienne, consiste à renforcer la zone euro », ce qui exclut une sortie temporaire de l’euro, explique M. Sapin, dans une interview à paraître lundi pour le quotidien allemand des affaires Handelsblatt.

Parler actuellement d’un Grexit, comme l’avait avancé M. Schäuble lors des négociations mi-juillet à Bruxelles, n’est « pas réaliste », a-t-il estimé, disant toutefois respecter la position du ministre allemand, qui n’est pas une position « tactique », mais « de conviction ».

« Sur ce point [le Grexit], il y a un désaccord, un désaccord clair », a encore déclaré le ministre français au journal, jugeant toutefois que l’entente franco-allemande n’était pas rompue pour autant et évoquant sa volonté, qu’il partage avec M. Schäuble, « de renforcer la gouvernance de la zone euro en matière de politique économique ».

Vendredi, le ministre grec des Finances, Euclide Tsakalotos, a eu son premier rendez-vous avec les hauts représentants des créanciers en charge d’élaborer le troisième plan d’aide, dont le FMI, qui participe aux discussions même s’il ne s’associera pas dans l’immédiat à ce nouveau renflouement.

Le gouvernement grec veut finaliser d’ici la mi-août l’accord sur un nouveau prêt de trois ans d’un montant de plus de 82 milliards d’euros.   À court d’argent, Athènes mise sur ce nouveau prêt pour pouvoir rembourser ses dettes et plus particulièrement 3,2 milliards d’euros à la BCE, à payer le 20 août.

Malgré ces déclarations tonitruantes, les politiques française et allemande ne semblent cependant pas si éloignées que ce que Michel Sapin laisse ententre.

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Le FMI ne participe pas encore

Toutefois, un haut responsable du FMI a indiqué jeudi à Washington que l’institution ne participerait pas au plan d’aide à la Grèce tant qu’Athènes n’aurait pas accepté un train de réformes complet et que les Européens n’auront pas consenti à un allégement de la dette grecque.

« Le FMI n’y participera qu’une fois que ces deux conditions seront remplies », a souligné un de ses hauts responsables sous couvert d’anonymat.

L’allègement de la dette grecque, fardeau pesant environ 170 % du PIB, est la pomme de discorde permanente entre les Européens et le FMI depuis 2010, lors du premier plan de sauvetage UE et FMI de la Grèce.

Aux termes de l’accord cadre du 13 juillet, les Européens ont posé comme condition à un nouveau prêt à la Grèce la participation du FMI, qu’Athènes a pourtant accusé de comportements « criminels » en raison de la politique d’austérité imposée au pays, et imputée surtout à cette institution.

Syriza en difficulté

Le gouvernement de gauche Syriza d’Alexis Tsipras a déjà fait adopter en urgence, les 15 et 22 juillet, les deux premiers trains de mesures préalables à la reprise des négociations imposés par ses « partenaires » européens, acceptant des hausses de taxes et de cotisations au prix d’une forte contestation interne au parti. « Nous contestons les mesures d’austérité mais nous sommes contraints de les appliquer », a-t-il répété au parlement vendredi.

Le Premier ministre a réussi jeudi à contenir la fronde en repoussant à septembre l’organisation d’un congrès extraordinaire du parti. Le Premier ministre grec a par ailleurs déclaré envisager de recourir à des législatives anticipées pour regagner une majorité parlementaire.

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Il a aussi défendu l’intégrité de Yanis Varoufakis, son ex-ministre des Finances accusé par l’opposition d’avoir voulu porter préjudice au pays en élaborant un curieux système de monnaie parallèle impliquant un piratage informatique de données.

« Le gouvernement n’avait pas de plan de Grexit, mais j’avais commandé un plan d’urgence au ministère des Finances » pour parer aux menaces de certains cercles européens qui souhaitaient fin juin, lors de l’interruption des négociations entre Athènes et ses créanciers, la sortie de la Grèce de la zone euro, a expliqué Alexis Tsipras. 

Contexte

Le 20 juillet, les dirigeants de la zone euro sont parvenus à un accord en ce qui concerne un troisième plan de sauvetage pour sauver la Grèce de la faillite après plus de 17 heures de négociations à couteaux tirés.

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Ce programme, qui serait le troisième plan sa sauvetage grec en cinq ans, doit à présent être validé par plusieurs parlements des pays de la zone euro, dont les parlements allemand, français et grec.  Il sera fourni par le Mécanisme européen de stabilité (MES), le fonds permanent de résolution de crise de la zone euro, qui a été mis sur pied il y a cinq ans dans le but de sauver la Grèce de la faillite.

Les conditions attachées à ce plan de sauvetage ont cependant suscité la colère de certains députés de Syriza et mettent donc la stabilité du gouvernement en péril.

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