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06/12/2016

Alexis Tsipras demande l’aide de l’Europe face au FMI

Euro & Finances

Alexis Tsipras demande l’aide de l’Europe face au FMI

Alexis Tsipras et Angela Merkel le 18 mars 2016. [Council]

Le Premier ministre grec a appelé les instances politiques de l’UE à l’aider à débloquer les négociations avec les créanciers de son pays, et surtout avec le FMI, qui a de nouvelles exigences.

Le 27 avril, les services du Premier ministre grec ont indiqué que celui-ci avait demandé à Donald Tusk, le président du Conseil, de convoquer un sommet pour faciliter les négociations entre Athènes et ses créanciers.

Le gouvernement grec espérait conclure un accord avant dimanche, jour de la Pâque orthodoxe, en vue de nouvelles discussions sur un allègement de la dette, mais la réunion de l’Eurogroupe prévue le 28 avril a été annulée.

Éviter un nouveau bras de fer

Soucieux d’éviter un nouveau bras de fer entre Athènes et ses créanciers, Donald Tusk a appelé à une réunion de l’Eurogroupe « dans les prochains jours » pour écarter de « nouvelles incertitudes » autour de la situation de la Grèce.

Le premier ministre grec et le président du Conseil devraient s’entretenir à nouveau dans la journée du 28 avril.

Pour sa part, le président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, a affirmé qu’une réunion de l’Eurogroupe pourrait avoir lieu la semaine prochaine « ou la suivante, au plus tard », lors d’une conférence de presse conjointe à Paris avec le ministre français des Finances, Michel Sapin.

« Nous avons besoin de plus de temps pour travailler avec les institutions et le gouvernement grec » sur des questions légales et politiques, ainsi que sur la dette, dont Athènes demande la restructuration, a expliqué Jeroen Dijsselbloem.

>> Lire : Crise grecque : la déraison européenne

Sur les questions légales à régler, Michel Sapin a apporté des précisions. « Nous ne demandons évidemment pas à la Grèce de changer de Constitution. […] Nous lui demandons de trouver la voie conforme à son système juridique qui lui permettra de donner de la crédibilité à ses engagements », a-t-il déclaré.

Athènes tente de débloquer les fonds promis dans le cadre de son renflouement de 86 milliards d’euros, le troisième sauvetage depuis 2010, décidé l’an dernier après des mois de négociations douloureuses entre la Grèce, l’Union européenne, la Banque centrale européenne et le FMI. Sous la menace d’une sortie de la zone euro, Athènes a finalement été contraint en juillet d’accepter un nouveau prêt de la zone euro et du FMI de 86 milliards d’euros d’ici 2018, au prix de nouvelles mesures d’austérité.

Les « mesures d’urgence » fâchent Athènes

« Malgré les évolutions positives, les exigences du FMI […] minent les efforts de la Grèce et de l’Europe » avec des exigences qui dépassent les mesures de l’accord, a fustigé jeudi la porte-parole du gouvernement grec, Olga Gerovassili, lors d’un point presse.

>> Lire : http://www.euractiv.fr/section/euro-finances/news/vers-un-nouveau-memorandum-en-grece/

La Grèce estime notamment que les « mesures d’urgence » exigées la semaine dernière par la zone euro avant la reprise des négociations ont été soufflées par l’organisation.

La Grèce a déjà promis de réaliser 5,4 milliards d’économies d’ici 2018 pour atteindre les objectifs imposés par l’accord de renflouement. Les nouvelles « mesures d’urgence » exigées par l’Eurogroupe pourraient encore ajouter 3,6 milliards à ces coupes budgétaires, alors même que l’économie exsangue du pays doit faire face à une crise des réfugiés qui ne semble pas prête de se calmer.  Athènes « a déjà réalisé des économies de 2,8 milliards d’euros », a en outre rappelé le gouvernement.

Les créanciers veulent néanmoins que ces mesures soient approuvées par le parlement grec aussi rapidement que possible. Des exigences qui « dépassent les limites de la constitution grecque et du système juridique européen », assure Olga Gerovassili.

Exigences du FMI « déraisonnables »

Des sources au sein du gouvernement hellénique assurent que même Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, juge les exigences du FMI « déraisonnables ».

Le 27 avril, un fonctionnaire européen a cependant indiqué à EurActiv que le report de la réunion de l’Eurogroupe n’était « pas une catastrophe », étant donné que les équipes techniques des deux camps avaient besoin de plus de temps de préparation.

« Les mesures législatives requises par le FMI sont problématiques, mais de grands progrès ont été réalisés au niveau technique ces deux derniers jours. Nous préférons que le sommet ait lieu plus tard, mais qu’il soit mieux préparé », assure cette source. « L’économie grecque sera la grande gagnante d’une première évaluation positive [de son programme de réformes]. »

La réunion devrait avoir lieu « relativement rapidement », étant donné que l’exécutif européen ne veut pas que les discussions sur la dette grecque ne se prolongent trop près du référendum britannique sur l’Europe, le 23 juin.

Pas d’urgence, malgré les désaccords

Les négociations entre Athènes et ses créanciers sur la révision des comptes grecs achoppent principalement sur les questions des pensions et des créances bancaires douteuses.

Les gouvernements de la zone euro se sont également engagés à discuter d’un allègement de la dette grecque, l’une des seules concessions accordées à Alexis Tsipras lors des négociations de juillet dernier.

>> Lire : Le FMI intrigue en faveur d’un allègement de la dette grecque

Le gouvernement grec doit verser 2,3 milliards d’euros à la Banque centrale européenne en juillet 2016. Les finances grecques ne sont pas dans une situation d’urgence et Athènes dispose « des réserves suffisantes », a assuré Olga Gerovassili le 27 avril.

Interrogée par l’AFP, une source spécialisée dans ces questions a confirmé qu’il n’y avait pas d’urgence au moins jusqu’à fin mai, car le gouvernement a réussi à ramasser à peu près 500 millions d’euros auprès d’administrations placées sous son autorité, comme des fonds de sécurité sociale, et qu’il pourrait encore trouver auprès d’elles près de 4 milliards d’euros.

En 2015, la dette grecque équivalait à 177 % de son PIB, soit près du double de sa production économique pour la même année.

>> Lire aussi : Une pétition appelle à éviter un «Grexit médical»