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09/12/2016

Vers un nouveau mémorandum en Grèce?

Euro & Finances

Vers un nouveau mémorandum en Grèce?

Les créanciers internationaux tentent une nouvelle fois de pièger la Grèce.

Les créanciers de la zone euro et le FMI ont soumis au gouvernement grec un nouveau projet de plan d’austérité. Une analyse de notre partenaire, La Tribune.

Depuis le début de la crise grecque en 2010, la stratégie de la zone euro consiste principalement à reporter à plus tard les choix importants. C’est, du reste, une des clés pour comprendre la durée de cette crise.

Ce printemps 2016 ne fait pas exception. La question de la présence du FMI dans le troisième programme signé en août dernier avait été reportée à plus tard, après la « première évaluation », alors prévue à l’automne. Finalement, cette première évaluation, entamée en février, n’est toujours pas terminée. Et la question du FMI n’est pas réglée. Elle devient même une cause potentielle d’une nouvelle aggravation de la crise.

>> Lire : Le plan d’aide à la Grèce peut encore évoluer, selon un fonctionnaire européen

Les Européens pour et contre le FMI

Car ce troisième programme doit faire face à une « impossible trinité » formée des créanciers européens, du FMI et du gouvernement grec. Les premiers ont fait de la présence du FMI une condition sine qua non de leur participation. En réalité, c’est principalement l’Allemagne qui pose cette condition. Sans participation de l’institution de Washington, le gouvernement allemand – dont on connaît la fragilité actuelle – risque de ne pas pouvoir obtenir de nouveaux crédits pour la Grèce au Bundestag. Comme souvent, les alliés traditionnels de l’Allemagne, la Finlande, la Slovaquie et les Pays-Bas notamment, lui emboîtent le pas en exigeant la présence du FMI.

Les Grecs contre le FMI

Mais ces pays refusent une des conditions principales posées par le Fonds: une réduction du stock de dettes grecques dont ils sont les principaux détenteurs. Or, sans cette réduction, l’institution de Washington, non sans raison, juge la dette hellénique insoutenable et refuse d’entrer dans un nouveau plan. Parallèlement, le gouvernement grec, pourtant partisan lui aussi d’une restructuration de la dette, s’effraie des exigences budgétaires du Fonds – où il est, là, d’accord avec les créanciers européens – et demande l’exclusion du FMI du programme, estimant qu’il sera plus simple de discuter avec ses « partenaires » de la zone euro…

>> Lire : Le FMI intrigue en faveur d’un allègement de la dette grecque

La tentative grecque

Ce sac de nœud d’intérêts et d’exigences contradictoires a conduit au blocage actuel. La semaine passée, le gouvernement hellénique a tenté de forcer la décision en annonçant qu’il déposerait, cette semaine, même sans accord des créanciers, ses projets de réforme devant le parlement.

Si ces projets non validés étaient votés par le parlement, ce serait une rupture de l’accord du 19 août. Mais on ne se dirige pas vers cette voie. Il est vrai qu’Alexis Tsipras, s’il peut menacer, n’a guère les moyens d’aller plus loin, sauf à accepter une cessation de paiement cet été qu’il a refusée l’an dernier. Autrement dit, ce scénario semble peu crédible. D’autant que, parallèlement, pour amadouer les créanciers de la zone euro, le gouvernement grec acceptait une nouvelle hausse de la TVA.

>> Lire : Pourquoi le nouveau plan d’aide à la Grèce est déjà un échec

L’austérité, seul terrain d’entente

Ce week-end à Washington, les négociations se sont donc poursuivies, principalement entre FMI et créanciers de la zone euro. Dans le cadre du troisième mémorandum, la position grecque est, en réalité, secondaire dans la mesure où le rapport de force est très défavorable à la Grèce qui, en position de demandeur, n’a guère de moyens de pression.

Or, quoi de mieux pour mettre d’accord le FMI et l’Eurogroupe qu’un nouveau plan d’austérité ? D’après plusieurs sources, un nouveau plan d’économies de 3,5 milliards d’euros aurait donc été mis en place pour permettre à la Grèce d’atteindre l’objectif fixé par le mémorandum d’un excédent primaire (hors service de la dette) de 3,5 % du PIB en 2018.

>> Lire : La Grèce ne peut pas faire face à plus d’austérité, selon un expert de l’ONU

Maintenir le FMI un pied dedans et un pied dehors

L’objectif de ce nouveau plan, qui ressemble fort à un « troisième mémorandum et demi » comme le définit le site d’investigation hellénique thepressproject, est sans doute une nouvelle fois de reporter la décision à plus tard. Le FMI ne croit pas à la capacité de l’économie grecque d’atteindre cet objectif, mais si la Grèce applique ce nouveau mémorandum, alors le FMI devra revoir ses calculs, car avec un excédent primaire constant de 3,5 % du PIB, la dette grecque pourrait effectivement redevenir soutenable.

L’objectif de ce plan n’est cependant pas de rendre la dette grecque soutenable, c’est plutôt de laisser en suspens la participation du FMI pour faire accepter le versement de la prochaine tranche au Bundestag. Le FMI restera ainsi à la fois dans le « quartet » de surveillance de la Grèce et hors du financement du plan « d’aide ».  Une solution d’attente typique de la gestion européenne.

Nouveau plan d’austérité

FMI et créanciers de la zone euro ont donc trouvé un accord sur le seul terrain d’entente possible : celui d’une austérité « positive » capable de sauver l’économie grecque. Les « fuites » concernant le projet apparemment rédigé par la Commission européenne ne laissent aucun doute sur l’âpreté de ce plan.

Sur les retraites, ce plan demande non seulement des économies de 1% du PIB comme le prévoit le plan gouvernemental, mais aussi des économies supplémentaires de 2% du PIB pour « compenser » la décision du Conseil d’État de l’an dernier d’annuler des baisses de pension pour certains retraités. Dans ces conditions, on voit mal comment les retraités actuels pourraient échapper à une réduction de leurs pensions.

Hausses massives d’impôts

Deuxième étape: l’impôt sur le revenu sera fortement alourdi, avec une plus forte taxation des classes moyennes, l’intégration définitive de la taxe de solidarité réputée jusqu’ici provisoire et l’abaissement du seuil de non-imposition. Selon le projet de la Commission, ce seuil serait ramené à 8 200 euros environ, alors que les Grecs proposent 9 100 euros.

Vient ensuite un alourdissement de la TVA avec la proposition d’un passage à 23% du taux frappant le gaz, l’eau et l’électricité, dont le maintien à 13% avait été un des rares succès du gouvernement à l’été 2015. Les biens culturels passeraient d’un taux de TVA de 6% à 13% et toute une série de taxes indirectes et d’impôts seront revus à la hausse. Pour leur part, les salaires de la fonction publique seraient gelés jusqu’en 2018 et seul un cinquième des départs en retraite seraient remplacés. Enfin, le fonds de privatisation serait « indépendant » de l’État grec.

La recette de l’échec

Ces mesures sévères rendent en réalité ineptes les autres demandes « qualitatives » des créanciers et du FMI: modernisation de l’État, soutien à la croissance, amélioration de la compétitivité. Une administration au pain sec aura bien du mal à se « moderniser » tandis que, soumis à des hausses d’impôts massives et à des baisses de pension, les citoyens chercheront à fuir le paiement de leurs obligations pour sauvegarder ce qui peut l’être.

L’impact des hausses d’impôts massives sur l’économie sera fortement négatif, rendant l’objectif mesuré en pourcentage du PIB encore plus difficile à atteindre. Cette recette de l’accord entre les créanciers et le FMI est la recette de l’échec déjà utilisée sans succès de 2010 à 2013.

Refuser de tirer les leçons de ses échecs passés

C’est une nouvelle preuve que les créanciers de la Grèce n’ont rien appris de leurs échecs. Ce nouveau mémorandum est donc voué, une nouvelle fois, à lamentablement se fracasser sur la réalité hellénique. Il sera donc inévitablement suivi d’un autre. Pendant ce temps, le FMI restera spectateur et la dette ne sera pas restructurée. Cette position serait désastreuse pour la Grèce, mais parfaite pour le gouvernement fédéral allemand qui évitera les discussions sur la dette et pourra toujours se plaindre, comme à l’accoutumée, de la « mauvaise volonté grecque à appliquer les réformes ».

Refus grec

Le gouvernement grec connaît évidemment ce piège. Lundi, il a refusé les propositions qui lui ont été présentées et a réaffirmé ses lignes rouges: pas de coupes dans les pensions actuelles et un seuil d’imposition sur le revenu à 9.100 euros.

Mais la situation n’est pas éloignée de celle du week-end des 11 et 12 juillet 2015 lorsque Wolfgang Schäuble avait monté subitement les enchères et menacé la Grèce d’une exclusion de la zone euro. Les conditions très dures acceptées par Alexis Tsipras le matin du 13 étaient alors apparues comme une « victoire », la Grèce demeurant dans l’euro.

En réalité, le gouvernement grec avait vu la facture s’alourdir. Il pourrait en être de même ici: la proposition de la Commission fait singulièrement monter les enchères par rapport aux demandes précédentes. On peut donc imaginer qu’Athènes obtienne raison sur ses deux « lignes rouges », mais doive consentir des sacrifices considérables par ailleurs. Il n’est pas sûr que l’économie grecque en sorte plus solide. On en saura plus après l’Eurogroupe du 22 avril prochain.

Bilan amer pour le gouvernement grec

Le bilan pour le gouvernement grec reste néanmoins amer. Se voir contraindre comme c’est probable un nouveau mémorandum avec sans doute encore de vagues promesses de restructuration de la dette grecque. Il n’est pas parvenu à arracher une remise en cause de l’objectif chimérique des 3,5% du PIB d’excédent primaire pour 2018.

Pire même, il se retrouve encore sur la sellette pour n’avoir pas respecté un programme irréaliste, alors même qu’il a fait passer plus de 100 mesures durant l’automne avec l’approbation de l’Eurogroupe et est parvenu à dégager un excédent primaire de 0,2% du PIB en 2015. Plus que jamais, ce troisième programme prend des allures de piège pour le gouvernement grec. D’autant que la majorité parlementaire commence à murmurer. Accepter un nouveau mémorandum serait pour Alexis Tsipras mettre en danger sa position. C’est sans doute aussi ce que visent les créanciers de la zone euro.

>> Lire aussi : Une pétition appelle à éviter un « Grexit médical »