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24/01/2017

Les économies des Balkans occidentaux résistent aux crises européennes

Euro & Finances

Les économies des Balkans occidentaux résistent aux crises européennes

Les économies des Balkans occidentaux se portent bien.

Les économies des six pays des Balkans occidentaux se portent bien, malgré le Brexit, la lenteur de la reprise européenne et le contrecoup de l’élargissement, selon un rapport de la Banque mondiale.

Le rapport économique régulier de la Banque européenne couvre les développements, perspectives et politiques économiques de six pays du sud-ouest de l’Europe : l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, le Kosovo, la Macédoine, Monténégro et la Serbie.

En Europe, ces pays sont en général appelés les « Balkans occidentaux ». La Serbie et le Monténégro ont déjà commencé des négociations d’adhésion à l’UE, alors que l’Albanie a obtenu le statut de pays candidat en 2014. La candidature de la Bosnie-Herzégovine a quant à elle été acceptée la semaine dernière.

>> Lire : L’UE valide la candidature de la Bosnie-Herzégovine

La Macédoine est un cas particulier. Le pays a obtenu le statut de candidat dès 2005, mais n’a jamais pu débuter ses négociations d’adhésion, à cause du conflit sur son nom qui l’oppose à la Grèce. Au sein de la Commisison européenne et des autres institutions internationales, le pays s’appelle officiellement l’« ancienne République yougoslave de Macédoine ».

Un seul pays de la région n’a pas soumis de candidature pour intégrer le bloc : le Kosovo. Une démarche qui serait cependant difficile pour Pristina, dans la mesure où l’ancienne province serbe, déclarée indépendante unilatéralement en 2008, n’est pas reconnue par l’Espagne, la Slovaquie, la Roumanie et la Grèce.

>> Lire : Le conflit toponymique sur la Macédoine pénalise autant Athènes que Skopje

Les pays candidats ont été très déçus par la décision de Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, de ne pas faire entrer de nouveau pays dans l’union durant son mandat, qui expire en 2019. Le rapport de la Banque mondiale souligne que « les six pays poursuivent toujours fermement leurs ambitions d’intégration à l’UE ».

Le rapport décrit l’environnement mondial des Balkans occidentaux de « complexe ». Le référendum du Brexit, la crise grecque, les pressions sur les banques italiennes, les tensions politiques avec la Turquie et la crise des réfugiés qui ne faiblit pas sont autant d’éléments affectant la région, souligne le rapport.

« L’incertitude politique, institutionnelle et des politiques dans les économies avancées, les prix encore relativement bas des produits de base et des taux d’intérêt exceptionnellement bas abaissent les attentes mondiales en termes de croissance. La croissance est balbutiante partout », font remarquer les auteurs de la Banque mondiale, qui ajoutent que dans l’UE, principale cible des exportations des Balkans occidentaux, elle n’a été que de 1,9 % cette année, soit un peu moins que l’an dernier.

En comparaison, la Banque mondiale projette une croissance de 2,2 % en 2015 et 2,7 % dans les six pays balkaniques. L’investissement continue en effet de stimuler la croissance, particulièrement en Albanie, au Monténégro et en Serbie. Après plusieurs années modérées, la consommation s’est aussi accélérée, surtout grâce à l’amélioration des marchés du travail (Albanie, Kosovo et Serbie), ou de salaires et de transferts publics plus élevés (Macédoine et Monténégro).

>> Lire : La reconnaissance du Kosovo fait tanguer les négociations d’adhésion de la Serbie

Chômage élevé

Le chômage reste pourtant élevé dans la région, avec une moyenne de près de 25 % en 2016, de 17 % de la population active en Albanie à environ 33 % au Kosovo. Plus de 66 % des chômeurs n’ont pas de travail depuis longtemps, selon les études réalisées. Le taux de chômage parmi les jeunes est deux fois plus élevé que dans le reste de la population, ce qui n’augure rien de bon pour la génération future de revenus.

Aujourd’hui, près d’un jeune sur quatre dans les six pays est inactif, sans emploi, formation ou cursus universitaire. Le chômage des jeunes se maintient ainsi obstinément entre 38,8 % au Monténégro et 54,3 % en Bosnie-Herzégovine.

Incertitude politique

En outre, les cycles électoraux, souvent associés de dépenses supplémentaires ou de baisses de récolte de revenus, ajoutent à l’incertitude politique. Il semblerait cependant que l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine et la Serbie aient à présent réussi à briser ce schéma.

Le cas de la Macédoine est particulièrement souligné. L’économie commence à y être affaiblie par les conséquences de turbulences politiques prolongées et sur les inconnues liées aux élections. Le mois dernier, les partis politiques macédoniens se sont accordés pour organiser des élections parlementaires anticipées le 11 décembre, dans l’espoir de résoudre une crise qui dure depuis 18 mois et a débuté avec un scandale d’écoutes.

>> Lire : En Macédoine, les partis politiques européens mettent de l’huile sur le feu

Dans les six pays étudiés, l’investissement étranger a toutefois été relativement constant, alors que l’investissement domestique a chuté. Côté taxes, les salaires, pensions et transferts ont clairement augmenté cette année en Macédoine et au Monténégro. En Albanie, la programmation et la gestion des investissements pourraient mener à une accumulation d’arriérés.

Enfin, au Kosovo, l’instabilité politique prolongée et le manque de consensus sur des sujets sensibles, comme le tracé de la frontière avec le Monténégro, commencent à décourager les investisseurs, selon la Banque mondiale.

Le Kosovo a en effet renoncé à un vote parlementaire sur une proposition législative extrêmement controversée établissant une frontière définitive avec le Monténégro, après le boycott de la session par certains partenaires de la coalition au pouvoir. Pendant des mois, la polémique avait mené à des violences dans le tout jeune pays. Le parlement avait notamment essuyé des tirs de lance-roquette.

L’entrée en fonction d’un nouveau gouvernement constitue cependant une nouvelle chance pour les réformes structurelles nécessaires, notamment liées au droit du travail, au climat des affaires, à l’efficacité des investissements publics et à une intégration économique visant une meilleure croissance, souligne le rapport.