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01/10/2016

Discours de Mario Draghi à Jackson Hole sur le chômage en zone euro

Euro & Finances

Discours de Mario Draghi à Jackson Hole sur le chômage en zone euro

Mario Draghi © BCE

Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne (BCE) a précisé pourquoi et comment la BCE souhaitait lutter contre le chômage structurel en Europe, lors du symposium annuel de Jackson Hole (État du Wyoming), le 22 août 2014. EurActiv.fr a résumé son discours en français.

Le taux de chômage élevé affecte chacun d’entre nous. Pour les banques centrales, le chômage est au cœur des dynamiques macroéconomiques qui déterminent l’inflation. Même quand la stabilité des prix n’est pas mise en danger, un fort taux de chômage nous pousse à agir. Le problème principal est de savoir jusqu’où nous pouvons réellement avoir une influence durable sur le chômage. Tout dépend si les leviers employés sont principalement conjoncturels ou structurels.

Dans la zone euro, le chômage a été provoqué par un choc négatif de grande envergure et particulièrement soutenu sur le PIB : tout d’abord, la Grande Récession a eu des répercussions dans toutes les économies avancées. Ensuite, la crise de la dette a entraîné de nombreuses pertes d’emploi dans les pays en difficulté financière.

D’une part, la crise de la dette souveraine a entre autres empêché le recours à des outils de stabilisation macroéconomique, puisque les politiques fiscales ont été contraintes de se tourner vers les investisseurs pour les convaincre que la dette était soutenable. D’autre part, l’efficacité de la politique monétaire s’en est trouvée bouleversée.

La faiblesse de la croissance crée plus de chômage en Europe qu’ailleurs

 La conjoncture a dès lors joué un rôle important dans la hausse du taux de chômage et la situation économique délétère de la zone euro laisse penser qu’elle continuera à produire les mêmes effets. Dans le même temps, il semble qu’une partie importante du chômage soit d’origine structurelle. Le chômage de longue durée et l’inadéquation entre compétences et marché du travail tendraient à corroborer cette seconde explication.

 Il n’est pas aisé de tirer des conclusions définitives sur l’ampleur du chômage structurel dans la zone euro car des questions demeurent sur les méthodes d’évaluation. Il existe également une hétérogénéité considérable parmi les États membres en ce qui concerne la situation initiale et la manière dont les chocs liés à la demande interagissent avec les institutions du marché du travail. 

Dans ce contexte, la seule conclusion que peuvent tirer avec certitude les décideurs est que des mesures sont nécessaires sur les deux fronts : la  politique de soutien à la demande au niveau européen doit s’accompagner de politiques structurelles au niveau national.

La lutte contre le chômage structurel plus importante que l’inflation

Le facteur « conjoncturel » du chômage n’est pas le seul élément qui justifie la mise en place de politiques qui se concentrent sur la demande. Ce type de politiques est aussi pertinent en raison de l’incertitude qui règne : le risque « d’en faire trop peu », et de se retrouver avec un chômage de masse devenu structurel est  nettement plus lourd que sur  le risque « d’en faire trop »,  et de se retrouver avec une hausse exagérée des salaires et une pression haussière sur les prix. 

Dans le même temps, des politiques de demande globale ne seraient pas efficaces sans mesures destinées à soutenir l’offre. Les économies avancées fonctionnent dans une situation initiale qui comprend entre autres un faible taux d’inflation, des taux d’intérêt peu élevés et un poids excessif de la dette. Dans ce contexte, des politiques structurelles sont nécessaires afin de planifier une hausse de la croissance potentielle et de permettre à la politique budgétaire et monétaire de reprendre le dessus sur le cycle économique.

 Du point de vue de la demande, la politique monétaire peut et devrait jouer un rôle central. Le train de mesures annoncé par la BCE en juin devrait, comme attendu, stimuler la demande et nous sommes disposés à ajuster davantage notre politique. Ayant reconnu la tendance à la baisse de l’inflation, le Conseil des gouverneurs pourrait également utiliser des instruments non conventionnels pour garantir l’ancrage solide des anticipations d’inflation des entreprises sur le moyen et le long terme.

Donner de l’ampleur à une politique fiscale unifiée dans l’UE

 Dans un souci de cohérence politique, il serait néanmoins utile que la politique fiscale joue un plus grand rôle, aux côtés de la politique monétaire. La zone euro a subi les conséquences d’une politique fiscale moins efficace, si on la compare avec d’autres économies avancées, où les banques centrales peuvent jouer les filets de sécurité. Tout en respectant notre situation initiale et nos contraintes juridiques, quatre éléments importants sont à noter.

 Tout d’abord, la flexibilité prévue dans les règles européennes pourrait être utilisée afin de stimuler la faible reprise et dégager des fonds pour les coûts de réformes structurelles nécessaires. Ensuite, il y a une marge de manœuvre pour mettre en place des politiques budgétaires plus propices à la croissance, par exemple, en diminuant les charges fiscales sans influencer le budget de l’État. En outre, une coordination renforcée entre les politiques budgétaires nationales devrait en principe faciliter la mise en place d’une politique budgétaire globale propice à la croissance au sein de la zone euro. Enfin, des mesures complémentaires à l’échelle de l’UE semblent nécessaires afin d’assurer une position globale appropriée et un large programme d’investissements public.

Cependant, aucun ajustement budgétaire ou monétaire ne peut remplacer les réformes structurelles nécessaires. Le chômage structurel était déjà très élevé dans la zone euro avant la crise et nous ne pouvons plus reporter les réformes structurelles nationales pour répondre à cet enjeu.

 Accentuer l’aide au retour à l’emploi

Il existe deux types de mesures prioritaires sur le marché du travail : premièrement, des mesures pour aider les travailleurs à retrouver rapidement de nouvelles opportunités professionnelles et ainsi réduire la durée du chômage, et deuxièmement, des mesures pour augmenter les compétences de la main-d’œuvre, très importantes pour la croissance potentielle en raison des perspectives démographiques.

 En résumé, le chemin à suivre pour créer de l’emploi est une combinaison de mesures monétaires, budgétaires et structurelles, qui nécessite une stratégie cohérente à l’échelle de l’union monétaire et des États. Cela permettra à chaque État membre de notre union monétaire d’atteindre un taux d’emploi élevé et durable.

 Les enjeux pour l’union monétaire sont importants. En l’absence de transferts transfrontaliers, il est essentiel d’avoir un taux d’emploi élevé dans chaque pays pour assurer la cohésion de la zone euro au long terme. Au vu des coûts très élevés qui seraient engendrés si l’union monétaire était compromise, tous les pays devraient avoir intérêt à atteindre cette finalité.