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19/01/2017

Georgieva lorgne le poste de secrétaire général de l’ONU

Europe centrale

Georgieva lorgne le poste de secrétaire général de l’ONU

Kristalina Georgieva a rencontré le secrétaire général adjoint de l'ONU, Ian Eliasson, à trois reprises cette année. [Commission européenne]

Exclusif/ Kristalina Georgieva, la vice-présidente de la Commission, compte présenter sa candidature au poste de secrétaire général de l’ONU et remplacer Ban Ki-moon dont le deuxième mandat expire le 31 décembre 2016.

Un duel bulgare se profile pour la succession de Ban Ki-moon à la tête des Nations unies. Kristalina Georgieva, la commissaire bulgare en charge du budget, est intéressée par le poste de secrétaire générale de l’ONU, auquel sa compatriote Irina Bokova, qui dirige actuellement l’UNESCO, est également candidate.

C’est au tour de l’Europe de l’Est de diriger l’organisation internationale. Un candidat sérieux de cette partie du monde, et qui plus est une femme, serait bien placé pour occuper le poste.

La candidature de la commissaire bulgare n’est pour l’heure pas officielle. « Le Président Juncker et Mme Georgieva ont discuté de cette possibilité, mais pour le moment, Mme Georgieva se concentre sur son travail. Le Président admire beaucoup l’expérience internationale, les capacités de négociations et de travail de la vice-présidente. Par ailleurs, elle apporte un soutien inconditionnel à Jean-Claude Juncker pour gérer la Commission européenne en ces temps difficiles », a nuancé Margaritis Schinas, porte-parole du président de la Commission. 

Pour ce poste, Kristalina Georgieva sait que la concurrence est rude.  À la tête de la plus grande agence des Nations-Unies, Irina Bokova, est la candidate officielle de la Bulgarie depuis 2014. Et bien entendu, le gouvernement bulgare ne pourra choisir qu’une candidate.

Soutien de la Bulgarie

Malgré l’annonce faite en 2014, Boyko Borissov, le président bulgare, connait les intentions de Kristalina Georgieva, et ne semble pas disposé à choisir une candidate lui-même. Le 29 octobre, la chaine télé nationale lui a demandé s’il accordait un soutien total à Irina Bokova pour le poste de l’ONU mais Boyko Borissov est resté vague et au lieu de mentionner son nom, le président bulgare a répondu « elle ou une autre ».

« Elle a remporté la présidence de l’UNESCO. Maintenant, pour l’ONU, les grandes puissances doivent parvenir à un consensus et s’accorder sur une personne. Cela ne dépend pas de nous. […] Donc si elle, ou une autre, obtient le consensus, ce serait une grande nouvelle pour la Bulgarie », a-t-il déclaré.

Boyko Borissov semble donc vouloir entendre l’avis des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU – à savoir les États-Unis, la Russie, la France, le Royaume-Uni et la Chine – et décider en fonction. La tradition onusienne ne permet pas à la Commission d’intervenir.

En réalité, pour la première étape du processus, les États membres de l’ONU doivent nommer leur candidat pour le poste de secrétaire général. Boyko Borissov devra donc faire un choix officiel au printemps.

En campagne ?

Selon certains diplomates, la vice-présidente de la Commission fait déjà campagne pour le poste et la moitié de ses réunions prévues dans son calendrier d’activités seraient avec des représentants de l’ONU. « Si ça, ce n’est pas faire campagne… » a déclaré un diplomate occidental, sous couvert d’anonymat.

En effet, l’agenda de Kristalina Georgieva pour 2015 comprend plusieurs réunions avec le secrétaire général adjoint de l’ONU, Ian Eliasson, d’autres avec les responsables des agences onusiennes et une avec Ban Ki-moon en personne. En mai dernier, ce dernier a nommé la vice-présidente de la Commission membre du Groupe de haut niveau sur le financement de l’aide humanitaire.

Le code de conduite des commissaires oblige les membres de l’exécutif à informer le président de la Commission de leurs intentions de participer à une campagne électorale. S’ils comptent se présenter à une élection, ils doivent quitter leur poste à la Commission durant toute la période d’implication active dans la campagne électorale.

Selon des diplomates, lorsque Kristalina Georgieva était commissaire en charge de l’aide humanitaire et de la protection civile, elle a alloué de grandes sommes du budget européen à l’UNICEF, ce qui lui a permis de nouer une relation étroite avec son responsable, Anthony Lake. Le personnel du commissaire de l’époque à l’élargissement et à la politique de voisinage n’avait pas apprécié cela, et avait déclaré que la commissaire bulgare menait une campagne personnelle de relations publiques en distribuant l’argent du budget de la DG politique de voisinage.

Mauvaise tactique ?

En ne tranchant pas entre les deux candidates, la Bulgarie risque de ruiner ses chances d’obtenir le poste de secrétaire général de l’ONU. Revenir sur la décision prise l’année dernière de nommer Irina Bokova, une candidate largement soutenue, ne serait pas très judicieux, et la Bulgarie se tirerait ainsi une balle dans le pied.

D’autres candidats en Europe de l’Est font campagne pour le poste de secrétaire général de l’ONU. C’est par exemple le cas de Vesna Pusi?, actuellement Première ministre adjointe et ministre des Affaires étrangères en Croatie, de Danilo Türk, ancien Président de la Slovénie ou de l’actuel ministre des Affaires étrangères slovaque, Miroslav Laj?ák. Il est très probable que des candidats d’autres régions entrent aussi en lice.