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29/09/2016

Le gaz reste la carte maitresse de la Russie face à l’Europe

Europe centrale

Le gaz reste la carte maitresse de la Russie face à l’Europe

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L'Europe des 28 reste dépendante du gaz russe malgré une stratégie de stockage et de diversification. La commissaire au climat appelle à s'affranchir de la dépendance aux hydrocarbures.

Convoqués en urgence à Bruxelles jeudi 6 mars au sujet de la crise en Ukraine, les chefs d’État et de gouvernement européens savent que le sujet ne concerne pas seulement le combat pour la démocratie d’une ex-province d’URSS.

L’Ukraine est aussi la porte d’entrée de 80 % du gaz russe en Europe. Le géant des matières premières pourvoit aujourd’hui près d’un quart du gaz consommé au sein de l'UE. Et toute menace de sanction économique à l'égard de la Russie risque de se traduire par une mesure de rétorsion sur l'approvisionnement en gaz.

En 2008-2009, lors de la dernière crise gazière majeure, certains pays d’Europe centrale s’étaient retrouvés à court de gaz en plein hiver. La question se repose aujourd’hui, et reste une pièce maîtresse dans les mains de la Russie, même si des efforts ont été entrepris pour garantir les approvisionnements.

Le flux inversé, une réponse temporaire

Les pays européens ont notamment organisé une possibilité de flux inversé : le gaz arrive principalement de l’Est vers l’Ouest, mais il peut également désormais transiter dans le sens inverse.

« Techniquement c’est possible, mais dans de très petites quantités. Il ne faut pas oublier que le gaz repose sur une logique de flux ; en théorie on peut en acheter ailleurs, notamment sous forme de gaz naturel liquéfié, puis le compresser et l’envoyer où l’on veut. Mais en pratique, il faut le temps d’acheminer les bateaux, et les infrastructures de stockage. C’est là où le bât blesse » assure Simon Issard, expert des infrastructures de gaz chez Colombus Consulting.

La Commission a aussi incité ses 28 pays membres à augmenter leurs capacités de stockage de gaz naturel. Contrairement à ce qu’il se passe pour le pétrole, pour lequel l’Agence Internationale de l’Énergie demande à ses membres de disposer de 90 jours de consommation, aucune réserve stratégique obligatoire n’est organisée.

Le stockage de gaz en question

« La question s’était posée pour le gaz en 2009, mais n’a pas été retenue, parce que tous les pays ne disposent pas de capacités de réserves naturelles » rappelle Sylvie Cornot-Gandolphe, économiste pour Cedigaz.

Le stockage de gaz naturel se pratique principalement dans des gisements vides, des cavités salines ou des aquifères. Mais les conditions géologiques ne sont pas toujours rassemblées ; dans ce cas, créer des capacités de stockage est très coûteux. En Espagne, le projet de stockage Castor actuellement en travaux représente un investissement de 1,4 milliard d’euros. Et il est actuellement à l’arrêt en raison d’activité sismique suspecte constatée dans les environs.

>>Lire L’Espagne lance le premier projet financé par des « project bonds »

« La construction de capacités de stockage s’est développée au départ pour limiter les investissements en infrastructure du réseau, qui doit brusquement acheminer beaucoup plus de capacités en hiver.  La mise en place de stockage stratégique répond à une logique différente » estime Sylvie Cornot-Gandolphe.

Plusieurs directives encouragent les pays à disposer d’un taux de stockage minimum de leur consommation, mais elles ne sont pas contraignantes. Et le coût de l’opération est dissuasif. Vu la tendance à la baisse des cours du gaz naturel en Europe, concurrencés par le charbon, les gaziers n’ont pas intérêt à l’acheter à l’avance. Les réserves étaient donc peu importantes au début de l’hiver, avec une moyenne de 40 % en Europe en novembre 2013.

La Hongrie, la Bulgarie et la Roumanie exposées

Et après un des trois hivers les plus chauds depuis 30 ans, la situation reste sous contrôle. En France, GDF Suez le principal acteur du gaz naturel dépend à 17 % du gaz russe, mais  dispose de capacités de stockages importantes. « Pour l’heure nous n’avons constaté aucun problème d’approvisionnement en provenance de la Russie » assure un porte-parole de GDF Suez.

Les 10 milliards de mètres cubes de capacités de Storengy, filiale de GDF dans le stockage, sont remplis à 36 % à début mars 2014, contre 70 % en octobre dernier. En Allemagne, les stocks sont plus importants avec 60 % des réserves disponibles. En revanche, certains pays sont potentiellement exposés à une interruption des approvisionnements, comme la Hongrie dont les stocks ne sont remplis qu’à 20 %.

« La Hongrie, la Roumanie, la Bulgarie et dans une moindre mesure la Grèce et les Balkans sont les pays les plus exposés en cas de crise » estime Simon Issard.

Malgré le développement des énergies renouvelables et dans une moindre mesure des infrastructures, l’Europe conserve donc une certaine dépendance vis-à-vis de la Russie, qui devra être prise en compte lors de l’examen d’éventuelles mesures de sanction à son égard.

Une situation dénoncée par Connie Hedegaard, la commissaire au climat, qui a rappelé le 3 mars que l’Europe importait chaque année pour 400 milliards d’euros d’énergie fossile.

« L’Ukraine montre qu’il y a une vraie conséquence politique dans le fait d’être dépendant de l’énergie importée. J’espère que ce sujet fera partie du débat lors du Conseil européen portant sur le climat » a ajouté la commissaire. Le sommet aura lieu les 20 et 21 mars.

Contexte

En 2009, une crise d'approvisionnement du gaz naturel sans précédent avait perturbé le marché européen. Durant le mois de janvier, la Russie avait interrompu ses livraison de gaz naturel durant deux semaines, suite à un différend avec l'Ukraine.

La question du gaz demeure au cœur de la question ukrainienne, alors que la Russie a pris le contrôle de la Crimée illégalement. Les menaces de sanctions à l’encontre de la Russie auxquelles les européens réfléchissent doivent donc prendre en compte la question de l’approvisionnement en énergie.

Prochaines étapes

  • 6 marsRéunion extraordinaire des chefs d'État ou de gouvernement de l'UE sur l'Ukraine
  • 20 et 21 mars: Conseil européen consacré au climat et à  l'énergie