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25/09/2016

Les déplacements de Kristalina Georgieva interrogent

Europe centrale

Les déplacements de Kristalina Georgieva interrogent

Kristalina Georgieva à l'ONU. New York, septembre 2015. [European Commission]

Un eurodéputé britannique a posé une question écrite à la Commission sur les dépenses et les voyages de la vice-présidente de la Commission, par ailleurs candidate à la présidence de l’ONU.

David Campbell Bannerman, eurodéputé du parti conservateur britannique, a déposé une question parlementaire sur les déplacements internationaux de la commissaire au budget et aux ressources humaines, Kristalina Georgieva, qui ne correspondent pas, selon lui, à son portefeuille.

En effet, le calendrier hebdomadaire officiel de la Commission indique que la commissaire voyage régulièrement, alors que sa responsabilité principale est de gérer le personnel de l’exécutif européen.

Certains de ces déplacements pourraient être mis en relation avec les ambitions onusiennes de la vice-présidente de la Commission. La Bulgare est en effet candidate au secrétariat général de l’ONU, au même titre que sa concitoyenne Irina Bokova, actuellement à la tête de l’Unesco.

Le 31 janvier, Kristalina Georgieva était en Éthiopie pour le 26e sommet de l’Union africaine. Deux jours plus tard, elle participe au forum Hoolbrooke, à Washington et prévoit ensuite de donner un discours à la conférence Horizons européens à l’université de Yale, et de présenter un rapport au groupe de travail de haut niveau sur le financement humanitaire à l’ONU, à New York. La commissaire a d’ailleurs le quasi-monopole des événements liés à l’ONU depuis deux ans, quel qu’en soit le sujet.

>> Lire : Georgieva lorgne le poste de secrétaire général de l’ONU

Dans sa question officielle, David Campbell Bannerman ne parle pas des aspirations onusiennes de Kristalina Georgieva, qu’elle n’a pas confirmé elle-même, mais de déplacements internationaux qui n’ont pas de lien direct avec son poste européen, selon lui.

L’eurodéputé souligne que la représentation de l’UE sur la scène internationale relève des responsabilités de Federica Mogherini, la haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité.

Il demande donc un résumé des objectifs de chaque visite de la commissaire et une liste de ses rencontres officielles, des précisions sur le personnel qui l’accompagne, les coûts liés notamment au logement pour chaque visite et une estimation du temps passé à faire des choses n’ayant rien à voir avec ses responsabilités européennes.

La réponse de la Commission sera directement envoyée à l’eurodéputé, mais la procédure est habituellement très longue.

« Il s’agit d’une Commission politique », a néanmoins réagi Alexander Winterstein, porte-parole de l’exécutif. « Le Président Juncker attend de ses commissaires qu’ils interagissent avec les parties prenantes et représentent la Commission dans l’UE et dans le monde. C’est particulièrement le cas pour les vice-présidents, comme Kristalina Georgieva. »

Le porte-parole souligne qu’elle a signé un accord de renforcement des liens entre la Commission et l’Union africaine et que son discours à la conférence « Horizons européens », à Yale, lui permettra de présenter le rôle de l’UE face aux défis de notre temps.

Selon lui, sa nomination comme co-présidente du groupe de travail de haut niveau sur l’aide humanitaire de l’ONU constitue clairement une reconnaissance de l’importance de l’UE, premier donateur mondial, dans ce domaine.

« Tensions organisationnelles »

Dick Roche, ancien ministre des Affaires européennes irlandais, souligne que Jean-Claude Juncker a établi une structure claire et précise. Or, sa lettre de mission à Kristalina Georgieva ne lui demande absolument pas de représenter la Commission à l’étranger pour des sujets qui relèvent d’autres commissaires, mais de se concentrer sur le budget européen. 

La Commission a décidé de ne pas faire de révision du budget européen cette année.

>> Lire : La révision du budget européen sacrifiée avant le référendum sur le Brexit

Juncker moins présent en 2016

La commissaire n’a pas confirmé sa candidature au poste de secrétaire général de l’ONU, mais un porte-parole de la Commission a indiqué qu’elle en avait parlé avec Jean-Claude Juncker. Celui-ci ne serait pas enchanté par l’idée de voir la commissaire quitter son poste avant la moitié de son mandat. Selon certaines rumeurs, il aurait récemment informé ses collaborateurs les plus proches qu’il serait moins présent en 2016, pour des raisons de santé, et aurait demandé à Frans Timmermans et Kristalina Georgieva de se préparer à assumer certaines de ses responsabilités.

Jean-Claude Juncker ne semble pas vouloir que l’on pense qu’il encourage ou appuie la candidature de sa vice-présidente. Elle ne doit en effet pas être perçue comme la candidate « de la Commission », parce que plusieurs États membres ont également proposé des candidats.

La Slovénie a ainsi avancé le nom d’un ancien président, Damilo Turk, la Croatie celui d’une ancienne ministre des Affaires étrangères, Vesna Pusi?, la Slovaquie de son ministre des Affaires étrangères actuel, Miroslav Laj?ák, et le Portugal a annoncé vouloir proposer la candidature du Haut-Commissaire de l’ONU pour les réfugiés, António Guterres. La Bulgarie qui a deux candidates très sérieuses, ne serait ce que parce qu’elles sont des femmes reconnues sur la scène internationale et que de nombreux pays militent pour donner le poste à une femmme, n’a pas encore officiellement tranché le sujet.