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27/07/2016

Les irrégularités des élections en Roumanie menacent le second tour

Europe centrale

Les irrégularités des élections en Roumanie menacent le second tour

Klaus Iohannis (à gauche) et Victor Ponta. [Ageperes]

Quelque 68 infractions ont déjà été soulevées par le ministère de l’Intérieur roumain. Les irrégularités et l’organisation douteuse du premier tour des élections roumaines, notamment à l’étranger, rendent le résultat du second tour incertain. Un article d’EurActiv Roumanie.

Les candidats Victor Ponta, du parti social-démocrate (PSD), et Klaus Iohannis, du parti national libéral (PNL), qui sont passés au second tour des élections présidentielles roumaines.

Les derniers résultats partiels officiels annoncent 40,33 % de voix pour Victor Ponta et 30,44 % pour Klaus Iohannis. Malgré les dix points d’avance du premier ministre Victor Ponta, rien n’est joué pour le second tour.

Les 12 autres candidats ont en effet récolté presque 30 % des voix et ils auront donc une grande influence sur le second tour. À eux seuls, C?lin Popescu T?riceanu, candidat indépendant et ancien premier ministre libéral, Elena Udrea, du Parti Mouvement populaire et ancienne ministre du Développement libérale-démocrate, et Monica Macovei, candidate indépendante et eurodéputée, ont convaincu 15 % des électeurs.

C?lin Popescu T?riceanu pourrait par exemple accéder au poste de premier ministre en échange de son soutien pour Victor Ponta lors du second tour. Le secrétaire général du parti social-démocrate, Liviu Dragnea, a cependant souligné que le vote des électeurs n’appartient de fait à aucun candidat, mais que des discussions en vue d’éventuelles alliances électorales allaient être lancées. Klaus Iohannis devrait, quant à lui, tenter de remporter le soutien des autres candidats de droite et d’établir une coalition anti-Ponta plus importante.

Toutefois, aucune de ces alliances potentielles ne garantirait le succès de l’un des candidats car, si la question de la corruption reste au cœur de la campagne, chacun des candidats se voit à présent confronté à de nouveaux défis qui pourraient compromettre ses chances de remporter un second tour qui s’annonce sportif.

Des procédures de vote douteuses décrédibilisent la campagne de Victor Ponta

Victor Ponta pensait pouvoir s’appuyer sur deux atouts dans cette campagne : la force de frappe formidable de son parti, le PSD, et ses activités gouvernementales quotidiennes en tant que premier ministre. Le social-démocrate a donc joué de son image de dirigeant d’un gouvernement fonctionnel et performant pour convaincre du potentiel qu’il apporterait à une administration présidentielle. Les incidents qui ont émaillé le processus électoral, en Roumanie et à l’étranger, ont toutefois eu un impact considérable sur cette stratégie. Aujourd’hui, des manifestants demandent même sa démission suite à des irrégularités et à des procédures douteuses dans l’organisation du scrutin.

Jusqu’ici, le ministre de l’Intérieur a recensé pas moins de 68 infractions liées aux élections et 57 personnes font l’objet d’enquêtes judiciaires. Les votes doubles et des tentatives d’influencer les électeurs constituent la majorité de ces infractions. De longues files d’attente attendaient également les électeurs aux bureaux de vote.

En Roumanie comme à l’étranger, les citoyens ont dû faire la queue pendant des heures avant d’accéder à l’isoloir. Nombre d’entre eux n’ont au final pas pu voter. Des milliers de Roumains résidant au Royaume-Uni, en France, en Allemagne, en Autriche, en Espagne, en Italie, et même aux États-Unis n’ont ainsi pas pu s’exprimer par les urnes suite à des problèmes d’organisation ou d’ordre logistique. La prolongation de la cession de vote exigée par les électeurs dans les ambassades et consulats à l’étranger n’a pas ailleurs pas été accordée.

C’est à Paris que les tensions les plus vives se sont fait sentir. La police a dû intervenir après que quelque 2000 Roumains aient investi l’ambassade en réclamant de pouvoir voter.

Ces incidents ont eu des répercussions en Roumanie également, où une manifestation a bloqué le ministère de l’Intérieur pendant deux heures et demie le 3 novembre. Les manifestants réclamaient la démission du ministre de l’Intérieur, Titus Corl??ean, et du premier ministre, Victor Ponta. Traian B?sescu, actuel président du pays, a également critiqué l’organisation des élections et demandé la démission des personnes responsables.

Les voix des électeurs roumains à l’étranger ont eu une grande influence sur les dernières élections présidentielles. Cette situation est donc extrêmement problématique pour le candidat Ponta. De fait, une bonne coalition de droite, associée à un vote décisif de l’étranger pourrait suffire à lui faire perdre le deuxième tour.

Des choix difficiles pour Klaus Iohannis

À première vue, le taux d’absentéisme – seuls 53 % des Roumains ont voté – et le mécontentement général vis-à-vis de l’organisation du scrutin par le gouvernement, semblent offrir à Klaus Iohannis l’occasion de convaincre les 47 % restants et de mobiliser une coalition de droite importante en s’associant aux anciens candidats de droite. Il serait cependant surprenant qu’il parvienne à cet objectif.

Entre autres épines dans le pied du candidat, il lui faudra par exemple résoudre la question d’une alliance complexe avec les autres partis de droite. Il lui sera en effet extrêmement difficile de gagner le soutien d’Elena Udrea et de Monica Macovei, qui ont toutes deux mené une campagne anti-Ponta et anti-Iohannis. Même si le candidat parvenait à obtenir le soutien des deux politiques, il est loin d’être certain que leur électorat suivrait cette décision.

Klaus Iohannis pourrait renforcer sa campagne en ligne pour tenter de séduire l’électorat à l’étranger et les jeunes générations, plus actives sur Internet. Les médias sociaux sont des éléments importants de cette campagne présidentielle et ont joué jusqu’à présent un rôle double. Ils permettent à la fois aux candidats de se promouvoir et aux citoyens de s’informer et de se conscientiser. En tirant profit de cette ressource considérable, le candidat libéral pourrait redonner un coup de fouet à la campagne présidentielle.

La seule façon pour Klaus Iohannis de marquer des points décisifs auprès de l’électorat serait de s’engager dans une confrontation directe avec son adversaire. À ce jour, il n’y a eu aucun débat électoral entre les candidats, une première en Roumanie. Le succès de Klaus Iohannis lors d’une telle confrontation ne serait toutefois pas assuré. Le candidat d’ethnie allemande est en effet connu des médias roumains comme étant un homme de peu de mots et manquant de charisme. Reste à voir s’il parviendra à convaincre ses détracteurs et à sortir la main haute d’une confrontation directe avec le premier ministre, Victor Ponta.

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